Ce n’est pas la première fois que le Secrétaire Général de l’Organisation des Producteurs de Pétrole Africains (APPO), Farid Ghezali expose cette problématique cruciale. S’il revient sur ce sujet dans son éditorial de ce mois de juillet c’est pour proposer des voies de sortie de cet engrenage qui pénalise tant les économies africaines depuis des années.
«C’est dans ce contexte, écrit-il, qu’APPO, en collaboration avec l’Association des raffineurs Africains, ARDA, œuvre à la mise en place d’un modèle de raffinage africain adapté aux réalités du continent».
Selon lui, «cette initiative n’est pas qu’un simple projet technique». Elle répond à un impératif stratégique : celui de mieux transformer nos ressources sur place, pour nos populations, nos industries et nos économies.
Farid Ghezali touche au cœur du problème de la valorisation des ressources du continent africain. «L’Afrique produit du pétrole et du gaz, mais elle ne raffine pas suffisamment ses propres volumes», affirme le Secrétaire Général de l’APPO avant d’énumérer les conséquences majeures de cette situation : «dépendance aux importations de combustibles, coûts logistiques élevés, vulnérabilité aux chocs externes, insécurité d’approvisionnement et fuite d’une part importante de la valeur ajoutée du continent».
Selon lui, «en renforçant les capacités de raffinage africaines, nous pouvons commencer à corriger cette anomalie historique». «Il ne s’agit pas seulement, explique-t-il, d’accroître les capacités existantes, mais de concevoir un modèle plus cohérent, intégré et réaliste, qui tienne compte de la demande locale, de la taille du marché, des contraintes de financement, des exigences environnementales et des impératifs de rentabilité».
«La collaboration avec ARDA vise à définir un cadre de raffinage africain fondé sur des solutions pragmatiques», indique M. Ghezali en faisant savoir qu’il ne sert à rien de «copier mécaniquement des modèles externes, souvent inadaptés à nos marchés, mais de construire une approche africaine du raffinage, basée sur plusieurs principes».
Le responsable de l’APPO propose, en effet, trois axes de travail. «Premièrement, la complémentarité entre pays producteurs, pays consommateurs et corridors logistiques doit être mieux organisée. Deuxièmement, les capacités de raffinage doivent être dimensionnées en fonction des besoins réels des marchés nationaux et régionaux. Enfin, les questions de distribution, de stockage, de produits intermédiaires et d’infrastructures de transport doivent être intégrées dès la conception».
«Le raffinage, un maillon central d’une chaîne de valeur énergétique africaine intégrée»
Selon lui, «ce modèle repose également sur une idée fondamentale : le raffinage ne doit plus être considéré comme une activité isolée, mais comme un maillon central d’une chaîne de valeur énergétique africaine intégrée».
«La mise en œuvre de cette initiative se fera progressivement, selon une approche structurée et inclusive». Farid Ghezali met l’accent sur trois étapes : «La première étape consiste à recenser les capacités de raffinage existantes, les projets en cours, les besoins non satisfaits et les perspectives de marché dans les différentes sous-régions africaines. Ce travail de cartographie permettra d’identifier les points de convergence et les opportunités de coopération. La deuxième étape sera consacrée à la définition d’un cadre technique et institutionnel commun, élaboré avec l’ARDA, afin d’orienter les États, les organismes de réglementation, les investisseurs et les opérateurs vers des solutions de raffinage plus adaptées. La troisième étape consistera à mobiliser les parties prenantes, notamment les gouvernements, les entreprises nationales, les opérateurs privés, les institutions financières et les experts techniques, autour de projets concrets pouvant être développés aux niveaux national, sous-régional ou continental».
Ce modèle devra, affirme-t-il, «s’accompagner de mécanismes de financement, de politiques incitatives et de cadres réglementaires favorables pour rendre les projets bancables et durables».
Selon lui, «l’objectif final est clair : raffiner davantage pour importer moins, créer plus de valeur localement et renforcer la sécurité énergétique du continent». «Cela devrait permettre à l’Afrique de réduire sa dépendance aux produits raffinés importés, de stabiliser ses approvisionnements, de soutenir l’industrialisation, de créer des emplois qualifiés et d’améliorer la résilience économique des pays membres».
«L’Afrique ne doit pas seulement produire pour exporter ; elle doit aussi se transformer pour consommer, s’industrialiser et prospérer», tranche Farid Ghezali, en soulignant qu’avec la collaboration avec l’Association des raffineurs africains, ARDA, «APPO confirme son engagement à promouvoir des solutions africaines aux défis africains».
Ce partenariat, écrit-il, «témoigne d’une conviction profonde : notre avenir énergétique dépendra de notre capacité à mieux organiser nos ressources, à mieux structurer nos marchés et à mieux valoriser nos produits».
S. R.




























