Six fédérations soutiennent le président de la FIFA. Trois de leurs signataires siègent au Conseil de la FIFA. Et l’on voudrait y voir la voix du monde arabe… Elles ont apporté leur soutien à Gianni Infantino. Présentée comme un soutien du football arabe, l’initiative mérite pourtant d’être regardée de plus près. Car l’Union des associations arabes de football compte 22 membres. Et le communiqué ne porte que six signatures.
Les voici : Hamad ben Khalifa Al Thani, vice-président de l’Union arabe et président de la Fédération qatarie ; Hany Abou Rida, président de la Fédération égyptienne ; Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine ; Ahmed Yahya, président de la Fédération mauritanienne ; Hashem Haidar, président de la Fédération libanaise ; et Moatasem Gafar, président de la Fédération soudanaise.
Tous affirment leur « soutien total » à Gianni Infantino et réaffirment leur confiance en son leadership ainsi qu’en son engagement en faveur du développement du football mondial. Mais un détail n’est pas anodin : quatre des six signataires : les africains — Fouzi Lekjaa, Hany Abou Rida et Ahmed Yahya et le qatari Hamad ben Khalifa Al Thani — siègent au Conseil de la FIFA. Autrement dit, parmi les six voix présentées comme celles du football arabe, quatre appartiennent à des dirigeants qui participent directement aux instances dirigeantes de la FIFA. Soit au total 4 africains et 2 asiatiques
Dès lors, une question se pose : s’agit-il véritablement d’une initiative arabe ou d’une opération de soutien à Infantino portée, en première ligne, par des membres africains de son Conseil ? Le paradoxe est d’autant plus intéressant que le continent africain lui-même n’est pas unanime autour du président de la FIFA. Et voilà que trois de ses représentants les plus en vue se retrouvent parmi les signataires de cette déclaration, plus le Soudanais. Plus encore, l’Asie où se situe le Liban et le Qatar a rejoint le camp des « opposants » menés par l’UEFA.
C’est ici que l’amalgame devient intéressant. Six fédérations ne représentent pas les 22 membres de l’Union arabe. Et les 22 membres de l’UAFA ne sont pas davantage les porte-parole automatiques des 22 États de la Ligue arabe. Alors, qui parle au nom du monde arabe ? La Ligue arabe a-t-elle été informée de cette démarche ? A-t-elle été consultée ? Lui a-t-on demandé de prendre position ? Ou cette initiative relève-t-elle exclusivement de quelques fédérations de football ? L’exemple de l’Union européenne demande une réflexion approfondie et salutaire.
Pour l’heure, il y a pas de réponses, des projections analytiques seulement. Mais les questions méritent d’être posées. Car où sont les autres ? Où est l’Arabie saoudite pourtant présidente de l’Union arabe de Football (UAFA) ? Où est l’Algérie ? Pourquoi ces deux poids lourds du monde arabe ne figurent-ils pas parmi les signataires ? Et surtout, pourquoi le soutien de six fédérations est-il présenté sous une bannière qui pourrait laisser croire à une position collective du football arabe ?
Le Qatar apparaît particulièrement visible dans cette opération. Mais avec une seule voix sur 22, il est loin de pouvoir parler au nom de l’ensemble du monde arabe. Il devra donc compter avec ceux qui n’ont pas signé. L’Arabie saoudite restera-t-elle silencieuse ? L’Algérie également ? La Ligue arabe laissera-t-elle les fédérations de football parler seules au nom d’un espace politique de 22 États ? Autant de questions auxquelles il faudra bien répondre si cette bataille autour d’Infantino prend une dimension politique.
Pour l’instant, une seule certitude : six voix ne font pas 22. Et derrière ces six voix, trois membres du Conseil de la FIFA semblent occuper les premières places. Simple coïncidence ? Organisation d’un soutien ? Ou début d’une opération de collecte de voix en faveur d’Infantino ? La réponse se trouve peut-être moins dans les six signatures que dans les silences des seize autres. Bref, la campagne pour la démission de l’actuel locataire de la maison de Zurich continue.
Ahmed Bessol Lahouari





























