Au nord-ouest de la wilaya de Sétif, accrochée aux flancs des Bibans et des Babors, se trouve une région que ses habitants appellent avec une fierté tranquille Ith Yaala, le pays des Beni Yaala. À son centre, la bourgade de Guenzet, modeste chef-lieu de daïra, porte dans son nom et dans ses pierres une mémoire millénaire. Histoire d'une tribu kabyle qui a traversé les siècles sans se laisser effacer.
Autrefois prospère grâce à l'agriculture et l'élevage, la région est aujourd'hui l'une des plus pauvres de Kabylie. Les principales activités restent l'arboriculture de montagne.
Les Guenzetiens parlent un dialecte particulier du kabyle, celui de la Kabylie maritime, et leur commune représente depuis toujours un point de rencontre entre la Kabylie et les régions arabophones de Sétif. Une identité de frontière, entre deux mondes, sans se confondre avec aucun des deux.
Histoire de Beni Yaala
Mouloud Gaïd, dans sa monographie sur la tribu des Beni Yala, a repris les sources locales en les combinant aux récits d'Ibn Khaldoun. Il fit remonter l'histoire des Beni Yala à la période où les populations de la Kalâa de Beni Hammad commencèrent à émigrer dès les premiers signes de l'arrivée des Beni-Hillal, et la ville fut totalement abandonnée en 1152.Des populations se fixèrent dans les montagnes voisines, d'autres remontèrent vers le nord, jusqu'aux points les plus lointains des Kabylies, dans le Djurdjura, les Biban et les Babors, constituant une ceinture de sécurité autour du royaume de Béjaïa. C'est dans ce mouvement que naît la région telle qu'on la connaît. Selon les historiens, Yaala s'est installé à Guenzet après avoir quitté la Kalâa des Beni Hammad, dans l'actuelle wilaya de M'sila, en 1061, fuyant l'invasion des Banu Hilal. Selon la tradition orale, c'est une source trouvée par son bouc qui l'aurait conduit à choisir définitivement cet endroit.
D'où viennent les Ath Yaala ? Origines
Le nom de Guenzet est la forme arabisée du terme amazigh tagenza, dont la variante berbère tawenza signifie « front » et, dans la toponymie, « flanc de montagne » ou « barrière montagneuse ». Au XIXe siècle, le géographe français Charrette avait cru l'identifier avec l'antique Equizetum, station romaine sur la route de Setifis. Cette étymologie a depuis été rejetée. Les lignées d'antan ont donné les patronymes que l'on retrouve encore aujourd'hui dans la région : Bouzidi, Yacoub, Bouzerara, Chati, Meziani, Lahmar, Ménaa, Maache, Haddadj, Hammache, Rahim, Guessoum, Khelfoune. D'autres familles sont venues ultérieurement : les Aïth Maati, venus de Tizi Lasfah ; les Aïth Cheikh Zitouni, Aïth Oumer et Aïth Kerri, arrivés bien après Yaala pour enseigner le Coran et les préceptes de l'Islam ; et les Ichekah, venus des plaines de Bordj Bouarreridj.Patrimoine et traditions
Les Ith Yaala vivent en communauté dans des villages à l'habitat essentiellement rural. Les maisons sont construites sur des lieux géographiques stratégiques pour des raisons de sécurité. Depuis leurs villages hauts perchés, les villageois pouvaient voir venir les ennemis de loin. Guenzet « Ath Yaala »… Une localité algérienne unique au cœur d’une nature envoûtante Les maisons sont disposées tout autour de la mosquée et de la place du village, regroupées et se faisant face, chacune entourée d'une cour clôturée de buissons d'épineux ou d'un mur en pierres sèches. Cette cour peut englober plusieurs maisons dont les chefs de famille sont de mêmes parentés. On y trouve thakhamt n'tmess, littéralement la chambre du feu, où les fagots de bois sont entassés. Selon le chercheur Messemene Salah, chaque village des Ath Yaala a sa mosquée, l'édifice le plus important tant par sa grandeur que par son architecture. La zaouia Oukari a de tout temps été un centre de rayonnement par la pensée qu'elle véhicule. Elle fut fondée par Si M'hand Oukari, venu de la lointaine Saguia el Hamra avec pour seuls bagages le savoir et la connaissance. Les zaouias, comme celle des Ath Querri perchée au sommet du djebel Sidi-Yahia, les imams et les chouyoukhs ont joué un rôle prépondérant dans la préservation de l'identité religieuse de la région face à la politique d'assimilation coloniale. Au XIXe siècle, Carette décrit à Guenzet des maisons à étages construites sur le modèle de celles d'Alger, plusieurs mosquées dont une à minaret, un artisanat actif et un marché hebdomadaire fréquenté par différentes tribus et par des gens venus du versant arabophone du Guergour.
Autrefois prospère grâce à l'agriculture et l'élevage, la région est aujourd'hui l'une des plus pauvres de Kabylie. Les principales activités restent l'arboriculture de montagne.
Les Guenzetiens parlent un dialecte particulier du kabyle, celui de la Kabylie maritime, et leur commune représente depuis toujours un point de rencontre entre la Kabylie et les régions arabophones de Sétif. Une identité de frontière, entre deux mondes, sans se confondre avec aucun des deux.
























