Ces sukuk souverains, émis par le Trésor public en janvier de cette année, adossés à un droit de jouissance immobilière sur des actifs de l’Etat, avaient permis de lever environ 300 milliards de dinars, soit plus de 2 milliards de dollars, l’une des plus importantes émissions domestiques de la région, intégralement souscrite.
Un fait notable a été rappelé lors du panel technique de la rencontre, sous le titre « Intégration des acteurs de l’industrie financière pour la mobilisation de l’épargne et la réalisation de l’inclusion financière », modéré par Sofiane Mazari, chef du département de finance islamique à Arab Bank : entre 75 et 80% des fonds collectés provenaient de capitaux jusque-là hors circuit bancaire.
Le chantier de cotation suppose désormais l’adaptation des systèmes informatiques et de la plateforme de négociation, en coordination avec le régulateur du marché, ainsi que la dématérialisation de titres actuellement émis sous forme papier.
Vers un marché secondaire, condition de futures émissions Sans cotation en Bourse, ces sukuk restent des actifs peu liquides, détenus jusqu’à échéance faute de marché où les revendre.
C’est précisément ce que doit corriger la phase d’admission désormais engagée, qui doit permettre aux détenteurs de titres de les céder avant terme et fixer un prix de marché reconnu. Les intervenants ont présenté cette liquidité secondaire comme une condition de confiance pour de futures émissions, tant souveraines que d’entreprises, ce dernier segment restant à ce jour sans cadre juridique propre.
Le Secrétaire général de Commission d’organisation et de surveillance des opérations de bourse (COSOB), Brahim Mihoubi, a indiqué qu’un bureau d’études internationales planche actuellement sur ce dossier, avec des conclusions attendues dans les prochains mois, et qu’une proposition d’intégration du concept de sukuk d’entreprises dans la loi de finances a été soumise, ce qui pourrait ouvrir la voie à une première émission de ce type en 2027.
Le montage retenu pour les sukuk souverains reste, par ailleurs, sous surveillance sur le plan de la conformité religieuse. Dr Hanan Sherif, experte en charia, a estimé que la question posée n’est plus de savoir si le produit est licite mais si le dispositif qui l’encadre est suffisamment solide.
Elle a pointé l’absence d’un avis unifié des instances religieuses sur la titrisation d’un droit de jouissance immobilière, la nécessité de clarifier la durée de transfert de ce droit par rapport à la durée de location qui lui est adossée, et recommandé que le remboursement à l’échéance se fasse à la valeur de marché plutôt qu’à la valeur nominale.
En revanche, elle a validé le principe d’un rendement fixe de 6% sur sept ans, ce produit relevant de la catégorie des sukuk de location et non d’un instrument de dette.
Un secteur à 10 milliards de dollars, encore loin de la demande Au-delà des seuls sukuk souverains, les intervenants du panel ont replacé l’opération dans l’ensemble du secteur de la finance islamique en Algérie, banque, assurance et marché confondus, estimé entre 1 200 et 1 300 milliards de dinars d’actifs, soit environ 10 milliards de dollars, avec une croissance annuelle de 20 à 25% selon les données citées de la Banque d’Algérie.
Ce rythme reste en retrait d’une demande jugée nettement plus large, une étude évoquant plus de 50% du marché intéressé par des produits financiers islamiques, une autre plus récente portant ce taux à plus de 90% chez les particuliers.
Sur le seul segment du Takaful, l’assurance islamique, les cotisations sont passées d’environ 749,49 millions de dinars en 2024 à 1,47 milliard à fin 2025, soit une croissance de 93% en un an, portant leur part dans le chiffre d’affaires global du marché des assurances de 0,4% à 0,7%, selon les chiffres présentés par Youcef Benmicia, président de l’UAR.
Sur les tendances internationales, le Pr Abderrahmane Senoussi, membre du Conseil Islamique Supérieur, a situé l’Algérie dans une dynamique mondiale portée par l’expansion géographique du secteur, la transformation numérique, le virage vers la finance durable et l’unification des normes de gouvernance.
Les actifs mondiaux dépassent officiellement 6 000 milliards de dollars selon les institutions soumises à notation, un chiffre qui pourrait atteindre 8 000 milliards en intégrant les établissements non déclarés. Le marché des sukuk durables a franchi les 50 milliards de dollars et devrait atteindre 60 milliards d’ici fin 2026, dont 15,4 milliards, soit 31%, réservés à des projets environnementaux.
Ses recommandations pour l’Algérie recoupent directement les chantiers en cours : dynamiser le marché secondaire, transformer une économie de rente en économie productive, et créer à terme des banques islamiques de plein exercice plutôt que de simples guichets adossés aux banques conventionnelles.
Il a cité en exemple des pays comme la Malaisie, les Émirats arabes unis ou la Turquie, où des infrastructures entières — routes, ponts, aéroports — ont été financées par sukuk sans que la trésorerie publique n’ait à en avancer les fonds, un modèle vers lequel la diversification des instruments de financement algériens pourrait progressivement converger si le segment des sukuk d’entreprises venait à s’ouvrir.
Le recteur de Djamaâ el-Djazaïr, le Cheikh Mohamed Maâmoun Al Kacimi Al Hoceini, ministre d’Etat, avait ouvert la rencontre en fixant un critère de réussite pour ce secteur : la finance islamique ne se juge pas au nombre de guichets ouverts mais à sa capacité à irriguer l’investissement productif, les PME et l’inclusion financière, dans la continuité de la Banque Al Baraka d’Algérie, premier établissement islamique du pays, fondé au début des années 1990.
T. A. L.
Lancement d’une caravane nationale de l’épargne
Une caravane nationale de l’épargne a été lancée, jeudi dernier, à l’initiative de l’Union Algérienne des Sociétés d’Assurance et de Réassurance (UAR), en partenariat avec la Grande Mosquée d’Alger. Le délégué général de l’UAR, Abdelhakim Berrah, a présenté cette cinquième édition, portée par l’incubateur AXXAM Business Hub, qui avait déjà couvert 37 wilayas lors d’éditions précédentes, y compris à l’étranger auprès de la diaspora en partenariat avec les ambassades et consulats algériens. Il a expliqué que cette nouvelle édition parcourra neuf wilayas : deux par région, (Est, Ouest, Sud et Centre), avant de revenir à Alger le 31 octobre prochain, journée mondiale de l’épargne. Il a annoncé une coopération avec le ministère de l’Education nationale pour sensibiliser les lycéens à la culture financière, ainsi que la publication d’articles scientifiques dans la revue de Dar el Qoran. L’événement est soutenu par l’Observatoire national de l’épargne et du financement de l’économie, créé sous l’égide du ministère des Finances il y a environ deux ans.Anis Ben Taleb, directeur de l’incubateur AXXAM Business Hub, a détaillé le programme de la caravane, structuré en trois volets. Le premier prévoit des ateliers et des expositions dans les wilayas concernées, ouverts aux jeunes, aux acteurs économiques, au tissu associatif et aux clubs universitaires. Le deuxième est un concours national destiné aux enfants, sous forme de jeu numérique, pour vulgariser la notion d’épargne. Le troisième est une initiative baptisée « 100 ambassadeurs », qui sélectionnera 100 jeunes Algériens actifs sur les réseaux sociaux dans l’ensemble des wilayas du pays pour relayer des campagnes de sensibilisation numérique à l’épargne. Il a précisé que les meilleures idées ou projets présentés par les enfants seraient ré- compensés à l’occasion du retour de la caravane à Alger, le 31 octobre.
T. A. L.


























