De l’extraction à la transformation, en passant par le transport et la valorisation, le projet de phosphate intégré, dont la première pierre a été posée à la fin de la semaine écoulée à l’est du pays, s’inscrit dans une logique de développement d’une véritable filière industrielle, avec pour objectifs de renforcer la valeur ajoutée des ressources minières nationales, de soutenir la sécurité alimentaire et de développer les exportations hors hydrocarbures.
Par Fatima Arab
Le projet de phosphate intégré franchit une nouvelle étape avec le lancement officiel, jeudi à Tébessa, des travaux de réalisation de l’usine d’enrichissement et de transformation du phosphate brut de Bled El Hadba. Supervisée par le ministre d’Etat, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, en présence notamment du ministre des Mines et des Industries minières, Mourad Hanifi, et du ministre des Travaux publics et des Infrastructures de base, Abdelkader Djellaoui, cette opération constitue l’une des principales étapes de concrétisation d’un projet appelé à structurer une filière industrielle intégrée autour du phosphate. Cette étape est la concrétisation des orientations et descriptions fournies à plusieurs reprises par le chef de l’Etat qui en fait une priorité.
Au-delà de l’exploitation de la ressource minière, l’enjeu réside dans la mise en place d’une chaîne de valeur permettant de transformer le phosphate extrait localement en produits à plus forte valeur ajoutée. Le pôle de Bled El Hadba constitue ainsi le premier maillon de cette chaîne, compte tenu des importantes ressources phosphatières de la région.
Selon la fiche technique de ce projet, le dispositif prévu à Bled El Hadba repose sur une capacité d’extraction de 10,5 millions de tonnes de phosphate brut par an. Cette matière première sera destinée à l’enrichissement afin d’obtenir 5,5 millions de tonnes de phosphate enrichi commercialisable, tandis que la production de phosphate concentré devrait atteindre 3,2 millions de tonnes par an. Cette production est destinée notamment à alimenter les unités de transformation chimique de Oued Keberit, dans le cadre d’une organisation industrielle conçue pour assurer la continuité entre les différentes étapes de la chaîne.
L’objectif est ainsi de dépasser le modèle fondé sur la simple extraction et l’écoulement de la matière première pour développer, à l’intérieur du pays, les opérations d’enrichissement, de transformation chimique et de production d’engrais. Une telle approche permet, selon les calculs, de conserver une part plus importante de la valeur créée au niveau national.
La réussite de cette stratégie industrielle dépend également de la mise en place d’infrastructures capables d’assurer l’acheminement des minerais et des produits issus de leur transformation.
Dans ce cadre, le projet de ligne minière Est, reliant Annaba à Tébessa sur 422 kilomètres, constitue une infrastructure structurante. Les travaux de cette ligne ont fait l’objet d’ailleurs d’une visite de terrain jeudi des ministres concernés et du président-directeur général de Sonatrach, à l’occasion de laquelle l’avancement des travaux de deux ouvrages d’art situés aux points kilométriques 25 et 26, sur le territoire de la commune de Bekkaria, a été constaté.
Ces deux ouvrages illustrent l’importance des infrastructures ferroviaires dans l’accompagnement du projet minier. Le premier pont, situé au PK 25, s’étend sur environ 550 mètres, avec une hauteur pouvant atteindre 42 mètres, tandis que le second, au PK 26, atteint 750 mètres de longueur pour une hauteur de 32 mètres.
Relevant du quatrième tronçon de la liaison de contournement Tébessa-Tenoukla, long de 43 kilomètres, les deux ouvrages sont désormais dans leur phase finale, notamment pour les opérations de réglage du nivellement et du tracé.
Cette infrastructure doit permettre de relier plus efficacement les zones d’extraction et de transformation aux réseaux de transport et aux infrastructures portuaires, notamment dans la région de Annaba. Elle constitue ainsi un maillon essentiel de la chaîne logistique du projet.
L’un des principaux enjeux économiques du projet réside dans la valorisation, sur le territoire national, d’une ressource minière stratégique. En intégrant l’extraction, l’enrichissement, la transformation chimique et la production d’engrais, le projet doit contribuer à accroître la valeur ajoutée générée par le phosphate algérien. Il ouvre également la voie à une diversification des exportations, en favorisant l’exportation de produits transformés plutôt que de matières premières uniquement.
Selon les observateurs, un projet de cette dimension mobilise de nombreux opérateurs économiques et favorise la création d’un tissu de sous-traitance autour des différentes activités de la chaîne.
Un enjeu pour la sécurité alimentaire
La dimension agricole constitue également un volet important du projet dont les meneurs ne cessent de parler. La transformation du phosphate doit permettre de produire les matières nécessaires à la fabrication d’engrais, destinés à répondre aux besoins du secteur agricole. Le développement d’une capacité nationale de production d’engrais peut ainsi contribuer à sécuriser l’approvisionnement du marché intérieur en intrants agricoles, tout en réduisant la dépendance aux importations pour certains produits.
Le projet phosphatier prend ainsi une dimension qui dépasse le secteur minier. En reliant les ressources du sous-sol aux besoins de l’agriculture et de l’industrie, il participe à la construction d’une chaîne économique intégrée, depuis l’extraction de la matière première jusqu’à son utilisation dans la production agricole, sans oublier les emplois qui en découleront. En effet, les activités minières, industrielles, ferroviaires et logistiques, nécessitent des compétences dans des domaines aussi variés que l’exploitation minière, la chimie, la maintenance industrielle, le transport, l’ingénierie et la gestion des infrastructures. Le projet représente donc une opportunité pour le développement du contenu local et la montée en compétence des entreprises et des travailleurs algériens. Il peut également favoriser le transfert de technologies et l’émergence de nouvelles capacités industrielles liées à la filière phosphatière. Rappelons qu’en novembre 2024, Mohamed Arkab avait déjà supervisé l’ouverture de la mine de phosphate de Bled El Hadba, dans la région de Djebel El Onk, ainsi qu’une visite du site destiné à accueillir l’usine d’enrichissement. Le lancement des travaux de cette dernière constitue donc une nouvelle étape dans la concrétisation progressive du projet.
F. A.


























