L’IA élargit les usages du cloud bien au-delà de l’hébergement de logiciels et de bases de données. Les entreprises développent des applications métiers, intègrent l’IA à leurs outils et testent des agents automatisés. Cet essor accroît la demande en puissance de calcul et en centres de données, a expliqué Abdelmalek Chetta, membre du conseil d’administration du Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN).
Il modifie aussi la structure des coûts. Selon l’intervenant, l’énergie pourrait représenter plus de la moitié du coût de production des « tokens», ces unités de texte traitées par les modèles d’IA.
L’avantage énergétique de l’Algérie pourrait, estime Abdelmalek Chetta, soutenir la production de services à valeur ajoutée. Il plaide pour des solutions destinées d’abord au marché national, puis à l’exportation, en complément de l’hébergement et de la vente de capacités de calcul. Le marché local demeure, selon lui, le terrain indispensable pour tester les offres et établir leur viabilité.
Le premier écueil tient aux pratiques des grands donneurs d’ordre. Beaucoup privilégient leurs propres serveurs et le développement interne de logiciels, sans toujours mesurer le temps que réclament la maintenance et l’évolution des systèmes, a relevé Abdelmalek Chetta.
Les petites et moyennes entreprises (PME) se montrent plus ouvertes, mais les offres locales restent peu intégrées. Éditeurs, hébergeurs, intégrateurs et opérateurs doivent donc réunir leurs compétences pour proposer, ensemble, infrastructure, logiciels et accompagnement.
La connectivité pèse également dans l’équation. Omar Medjahed, responsable du segment interentreprises chez Ooredoo Algérie, a évoqué l’érosion des marges sur les services de télécommunications et la recherche de revenus dans le cloud, l’IA et la cybersécurité. Il a ajouté que l’absence de grands fournisseurs mondiaux de cloud laisse un espace aux opérateurs locaux.
La fibre optique et le réseau mobile de cinquième génération (5G) doivent rapprocher les entreprises de leurs données et des ressources de calcul. Il a plaidé pour des partenariats technologiques et pour un cadre réglementaire favorable à la valorisation des données.
Chez Djezzy, le cloud s’étend aux usages métiers. Fayçal Ouyed, chargé du marketing cloud, a présenté des services hébergés localement : outils collaboratifs, agents conversationnels en dialecte algérien et solutions de cybersécurité. L’opérateur propose aussi l’analyse des réseaux sociaux et a cité une solution développée par une start-up algérienne pour accompagner les projets de jeunes entreprises.
Du côté de Huawei, Larbi Ishak, architecte de solutions cloud, a centré sa présentation sur l’adaptation des infrastructures déjà en place. Il a décrit Huawei Cloud Foundation comme une plateforme de cloud privé qui réunit machines virtuelles, conteneurs, stockage, réseau et sécurité dans les centres de données des entreprises, et qui peut intégrer des équipements de plusieurs fournisseurs.
Le constructeur met en avant une offre modulaire, assortie de licences perpétuelles ou par abonnement, adaptées aux budgets comme aux investissements déjà réalisés.
Au-delà de la souveraineté des données
La souveraineté des données ne suffira pas à convaincre les entreprises, a prévenu Abdelmalek Chetta. Les start-up et les développeurs attendent des services abordables, des ressources accessibles et des environnements de test.
Les fournisseurs, eux, doivent garantir la fiabilité de leurs offres et gagner la confiance de clients étrangers. L’avantage énergétique n’aura de retombées que si la connectivité, les compétences et la qualité des services suivent.
Le cloud apparaît ainsi comme un relais de croissance pour les opérateurs et un levier de transformation pour les entreprises. Le corollaire est clair : la demande liée à l’IA ne créera de valeur locale que si un marché de solutions existe.
L’intégration des acteurs, la maîtrise des coûts et l’accès aux ressources détermineront la capacité de l’écosystème à servir les entreprises et à tirer son épingle du jeu sur les marchés extérieurs.
T. A. L.



























