Dans un moment qualifié par les spécialistes de tournant majeur dans la trajectoire de transition énergétique, l’Algérie a officiellement rejoint le club du “gigawatt” dans le domaine des énergies renouvelables, avec une production nationale effective atteignant environ 1,09 gigawatt d’électricité propre, portée principalement par la mise en service de deux nouvelles centrales solaires à El Meghaïer et Biskra.
Derrière ce chiffre, en apparence purement technique, se cache une portée stratégique bien plus large, qui dépasse la simple augmentation des capacités de production. Il s’agit en réalité d’une transition progressive d’un modèle énergétique traditionnel fortement dépendant des hydrocarbures vers un mix énergétique plus diversifié et durable.
Selon les déclarations du directeur général du groupement algérien des énergies vertes, cette avancée représente les premiers résultats concrets du programme national des énergies renouvelables estimé à 3200 MW dans sa première phase. Les deux centrales nouvellement mises en service, d’une capacité totale d’environ 400 MW, ont ainsi permis de faire passer la capacité nationale d’environ 609 MW à plus du seuil symbolique du gigawatt.
Mais au-delà des chiffres, c’est toute une logique de transformation qui se dessine. Le chemin engagé par l’Algérie ne se limite pas à augmenter la production, il vise également à repenser les modes de financement et de gestion des grands projets énergétiques. Des experts du secteur appellent ainsi à accélérer le passage au-delà du programme des 3200 MW, en ouvrant davantage le financement aux partenaires étrangers et aux mécanismes multilatéraux, afin d’alléger la charge du budget public et d’accélérer la mise en œuvre des projets.
Cette orientation ne cherche pas uniquement à mobiliser des fonds, mais aussi à créer un nouvel environnement d’investissement, capable de renforcer la confiance du secteur privé et de poser les bases d’une économie énergétique plus ouverte, fondée sur la concurrence et la diversification des acteurs.
Sur le plan concret, cette transition prend tout son sens lors des pics de consommation estivaux, période durant laquelle la demande en électricité explose en Algérie. Traditionnellement, ces pics sont couverts par des centrales à gaz mobilisées en urgence, dans des conditions coûteuses et temporaires.
Avec l’intégration de nouvelles capacités solaires, une nouvelle dynamique s’installe progressivement. La production solaire coïncide en effet avec les périodes de forte demande estivale, grâce à l’intensité du rayonnement et à la durée plus longue des journées. Cela pourrait, à terme, réduire la pression sur les centrales à gaz et diminuer les coûts d’exploitation.
Même si le chemin vers l’objectif de 15 000 MW à l’horizon 2035 reste long et complexe, le franchissement du seuil du gigawatt revêt une forte valeur symbolique. Il marque le passage d’une ambition stratégique à une réalité progressivement tangible.





























