Du Sahara aux rivages de la Méditerranée, des milliers de kilomètres parcourus pour un même élan du cœur. Il y a des moments où les kilomètres cessent de compter. Où les frontières administratives entre les wilayas s’effacent. Où une route devient bien plus qu’un simple itinéraire : elle devient un chemin de fraternité.
Par Hafit Zaouche
Au lendemain des terribles incendies qui ont meurtri plusieurs régions du pays, et particulièrement la wilaya de Jijel, les caravanes de solidarité ont commencé à affluer de toutes parts. Des femmes et des hommes ont chargé leurs véhicules d’aides, de denrées, d’aliments pour le bétail, mais surtout d’une chose que les flammes ne peuvent jamais détruire : la solidarité.
De Tamanrasset, Adrar, El Méniaa, In Salah, Timimoun, Djanet, Illizi, mais aussi de Tindouf, Sétif, Tizi Ouzou et de toutes les wilayas, des citoyens ont pris la route. Certains ont parcouru près de 2 100 kilomètres, pendant quatre jours, depuis Tamanrasset jusqu’à Jijel. D’autres sont partis de Tindouf, aux confins du Sahara, pour rejoindre l’Est du pays.
Deux mondes que des milliers de kilomètres semblent séparer. Pourtant, dans ces circonstances, la distance n’a plus aucune importance. Du sable du désert aux embruns de la Méditerranée, une même émotion a traversé l’Algérie.
À Jijel, les caravanes ont été accueillies avec chaleur et émotion. Les habitants ont ouvert leurs portes et leurs cœurs à ceux qui avaient traversé le pays pour leur dire simplement : «Nous sommes avec vous». Et la solidarité s’est aussi exprimée autour de la table.
Dans un restaurant jijélien, les visiteurs venus du Sud ont découvert l’un des grands emblèmes de la gastronomie locale : le couscous au poisson. Un plat qui, ce jour-là, avait une saveur particulière. Ce n’était plus seulement un repas.
C’était une rencontre entre le Sud et la Méditerranée, entre deux patrimoines, deux territoires et des traditions différentes réunies autour d’une même table.
Le couscous devenait alors un langage universel : celui du partage et de l’hospitalité. D’autres caravanes sont venues avec des aides destinées aux agriculteurs et aux éleveurs. Des agriculteurs de Sétif ont notamment acheminé des aliments pour le bétail, venant au secours d’éleveurs dont les troupeaux ont été durement touchés par les incendies.
Tizi Ouzou, elle-même confrontée aux flammes, n’a pas oublié Jijel. Ses enfants ont pris la route pour apporter leur soutien à une wilaya meurtrie. Ainsi, au milieu du drame, une autre image de l’Algérie s’est imposée.
Une Algérie qui donne. Une Algérie qui partage. Une Algérie qui se déplace pour l’autre. Sur l’autoroute Est-Ouest, les drapeaux algériens flottant sur les véhicules des caravanes ont offert des images particulièrement fortes. À l’aller comme au retour, les couleurs nationales accompagnaient ces hommes et ces femmes qui avaient décidé de transformer leur véhicule en symbole de solidarité.
Les incendies ont détruit des forêts, des maisons, des exploitations agricoles et des souvenirs. Ils ont endeuillé des familles et laissé derrière eux des paysages meurtris. Mais ils n’ont pas réussi à brûler les liens qui unissent les Algériens.
Et c’est peut-être là l’une des images les plus fortes que notre pays puisse offrir au monde. Car le tourisme ne se résume pas aux paysages, aux plages, aux montagnes ou aux monuments. Il est aussi une affaire d’hommes, de valeurs et d’émotions. Un voyageur ne découvre pas seulement une destination : il découvre un peuple, son hospitalité, sa générosité et sa manière d’accueillir l’autre.
À Jijel, au cœur de l’épreuve, cette hospitalité s’est exprimée avec une force exceptionnelle. Le visiteur venu du Sud n’y a pas trouvé une simple halte après des milliers de kilomètres. Il y a trouvé une famille.
Et peut-être est-ce cela, finalement, la plus belle richesse touristique d’un pays : pouvoir accueillir l’étranger comme un frère, partager son pain avec lui et lui faire comprendre, sans grands discours, qu’il n’est jamais seul. De Tamanrasset à Jijel, de Tindouf à l’Est algérien, les routes ont raconté une magnifique histoire.
Une histoire où les kilomètres séparent les territoires, mais où le cœur rapproche les peuples. Les flammes ont meurtri Jijel. L’Algérie, elle, s’est levée pour la serrer dans ses bras. Merci à toutes ces caravanes. Merci à toutes ces wilayas. Merci à toutes ces femmes et à tous ces hommes qui ont pris la route. Merci pour Jijel. Merci pour l’Algérie.
H. Z.



























