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Solidarité : Quand Aokas prend la route de Darguina

Solidarité : Quand Aokas prend la route de Darguina

 Vendredi 4 septembre 2026. Au petit matin, plusieurs fourgons et voitures quittent Aokas. À leur bord, des cartons de denrées alimentaires, des bouteilles d’eau, des médicaments et des produits de première nécessité. Mais, au fond, ce convoi transporte quelque chose de bien plus précieux : la solidarité.

Par Hafit Zaouche

Il y a des moments où les mots deviennent insuffisants. Des moments où il ne reste qu’une chose à faire : prendre la route et aller vers ceux qui souffrent. Ce vendredi 4 septembre, Aokas a choisi de ne pas rester spectatrice du malheur qui a frappé Darguina. Plusieurs véhicules, chargés de dons collectés grâce à la générosité des citoyens, ont pris la direction des villages durement meurtris par les terribles incendies qui ont ravagé la région.
Derrière chaque carton, chaque bouteille d’eau, chaque médicament, il y avait une main tendue. Derrière chaque don, il y avait un visage, une famille, un citoyen qui avait simplement voulu dire : «Nous sommes avec vous».
La caravane, organisée par la section d’Aokas du Croissant-Rouge algérien avec la mobilisation de nombreux citoyens, s’est rendue notamment à Aït Anane et Aït Boudjit, deux villages profondément touchés par les derniers feux de forêt.
Mais cette journée n’a pas été seulement une opération de distribution. Elle a été une rencontre avec la douleur.
À Aït Anane, nous sommes d’abord passés par la maison de la famille du regretté Abdelmadjid Nabet, victime de ces incendies et décédé des suites de ses graves brûlures à l’hôpital de Zéralda, à Alger. Nous y sommes entrés avec le cœur lourd.
Abdelmadjid n’était pas un inconnu à Aokas. Fonctionnaire aux PTT d’Aokas pendant plusieurs années, il y avait travaillé, vécu des années de sa vie et noué des liens avec de nom breuses personnes. Il connaissait Aokas, et Aokas le connaissait. À vrai dire, Abdelmadjid avait une partie d’Aokas en lui.
Alors, en franchissant le seuil de sa maison, nous avions le sentiment de ne pas être simplement venus présenter des condoléances.
Nous étions venus au nom de toute une ville, au nom de toutes celles et ceux qui l’avaient connu, pour dire à sa famille que son souvenir ne s’éteindra pas avec les flammes qui ont emporté tant de choses.
Nous avons présenté nos sincères condoléances à sa famille, avec cette douleur particulière de savoir qu’un homme que nous considérions comme l’un des nôtres était parti dans des circonstances aussi cruelles. Qu’Allah, le Tout-Miséricordieux, l’accueille dans Son vaste Paradis et accorde patience et courage à sa famille. Puis nos pas nous ont conduits vers une autre maison.
Celle de Lyazid Nabet, actuellement hospitalisé à Zéralda après avoir été grièvement brûlé lors des incendies. Son fils nous a donné une nouvelle qui, dans cette journée chargée de tristesse, a réchauffé nos cœurs : Lyazid souffre d’une brûlure du deuxième degré et son état évolue favorablement. Selon les informations communiquées par sa famille, il devrait pouvoir quitter l’hôpital avant la fin de la semaine prochaine. Quelle bonne nouvelle !
Dans une région où les flammes ont laissé derrière elles tant de blessures, apprendre qu’unevie est en train de reprendre le dessus est déjà une petite victoire.À Aït Anane comme à Aït Boudjit, nous avons ensuite distribué des dons à plusieurs familles sinistrées. Mais surtout, nous avons pris le temps de les écouter.
Car derrière les oliviers calcinés et les paysages devenus méconnaissables, il y a des femmes et des hommes. Des parents. Des enfants. Des familles qui ont vécu des heures que personne ne devrait avoir à vivre. Ils nous ont raconté l’enfer.
Le feu qui approche. La fumée qui étouffe. La peur. Les nuits sans sommeil. Les maisons menacées. Les animaux qu’on tente de sauver. Les biens auxquels on s’accroche. Et, au milieu de cette catastrophe, cette extraordinaire bravoure de simples citoyens qui ont refusé de fuir sans avoir tenté de protéger leurs voisins, leurs maisons, leurs villages.
Nous les avons écoutés longuement. Et nous avons compris que chaque récit mériterait à lui seul un roman. Peut-être même un film. Parce que dans ces villages meurtris, il n’y a pas seulement des victimes. Il y a aussi des histoires de courage, de solidarité et de dignité.
Cette journée nous a rappelé une vérité essentielle : dans les grandes épreuves, les frontières entre les villages n’existent plus. La souffrance d’Aït Anane devient celle d’Aokas. Celle d’Aït Boudjit devient celle de Béjaïa. Celle de Darguina devient celle de toute l’Algérie.
Nous leur avons dit que notre cœur battait pour toutes les régions touchées du pays. Nous leur avons également promis, autant que nos moyens nous le permettront, de faire vivre cette campagne de solidarité dans le temps.Car après le passage des caméras, après le départ des caravanes, après les premiers élans de générosité, il restera le plus difficile : vivre avec les conséquences du désastre et reconstruire.
Il ne faudrait surtout pas que ceux qui ont tout perdu aient, en plus, le sentiment d’avoir été oubliés. Aujourd’hui, Aokas leur a apporté de l’eau, de la nourriture, des médicaments et des produits de première nécessité. Mais elle leur a surtout apporté une présence.
Un regard. Une poignée de main. Une épaule. Et parfois, dans les moments les plus sombres, savoir simplement que quelqu’un pense à vous peut devenir une immense lumière.
La caravane est rentrée. Mais nos pensées, elles, sont restées là-bas. À Aït Anane. À Aït Boudjit. À Darguina.
Auprès de ces familles qui tentent désormais de reconstruire leur quotidien sur une terre encore noire de cendres. Aokas est venue avec des dons. Elle repart avec des histoires, des visages et des blessures gravées dans la mémoire.
Et peut-être est-ce cela, au fond, la véritable solidarité : ne pas seulement donner ce que l’on possède, mais donner un peu de son temps, de sa présence et de son cœur à ceux qui traversent l’épreuve.
Parce qu’une forêt peut renaître.
Une maison peut être reconstruite.
Un village peut se relever.
Mais pour cela, il faut d’abord que ceux qui souffrent sachent qu’ils ne sont pas seuls. Vive la solidarité citoyenne. Vive la fraternité. Et vive l’Algérie.

H. Z.

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