De Tokyo, le président de l’AFC, le Bahreini Cheikh Salman annonce le soutien de l’Asie à Gianni Infantino pour un nouveau mandat à la tête de la FIFA. Un ralliement, à quelques mois de l’élection prévue en mars 2027. Mais une question demeure : où sont les voix ? Le Japon n’a pas encore arrêté sa position. Le Qatar soutient le président de la FIFA, la Jordanie s’y oppose. L’unité proclamée à Tokyo reste donc à démontrer.
Le patron du football asiatique ne dirige pas 47 bulletins de vote. Il préside une confédération composée de 47 associations, chacune disposant de sa propre voix au Congrès de la FIFA. Affirmer que l’Asie est derrière Infantino ne signifie pas que les 47 fédérations ont donné leur accord. D’ailleurs, Cheikh Salman lui-même parle du sentiment de la majorité de ses membres. Ce n’est déjà plus l’unanimité.
Le Japon mérite une attention particulière. Son président, Tsuneyasu Miyamoto, a reconnu que les positions des fédérations asiatiques n’étaient pas toutes identiques. La fédération japonaise souhaite s’aligner sur l’AFC, mais n’avait pas encore arrêté sa décision. Une nuance qui compte. Le Qatar a affiché son soutien à Infantino, tandis que la Jordanie a exprimé son opposition. L’Asie n’avance donc pas au même pas.
Le plus étonnant reste le retournement de situation. En août, l’AFC s’était associée à l’UEFA et à la CONCACAF pour dénoncer la gestion du projet d’ouverture de certains actifs commerciaux de la FIFA à des investisseurs privés. Les trois confédérations avaient évoqué une rupture fondamentale de confiance. En octobre, après l’abandon du projet et les excuses d’Infantino, les désaccords semblent rangés au placard.
Il y a pourtant matière à s’interroger. Cheikh Salman affirme avoir parlé à de nombreux dirigeants asiatiques. Très bien. Mais combien ? Lesquels ? Une consultation formelle a-t-elle eu lieu ? Existe-t-il un décompte interne permettant de vérifier la majorité annoncée ? Les fédérations ont-elles été invitées à se prononcer ou doivent-elles simplement suivre la parole de leur président ?
Alors, coup de bluff ou démonstration de force ? Une majorité n’est pas une unanimité. Et une déclaration de président ne vaut pas procuration signée par ses membres. Cheikh Salman doit expliquer comment il passe d’une majorité supposée à un soutien continental. En attendant, une question reste suspendue au-dessus de Tokyo : Cheikh Salman a annoncé la majorité. Mais les voix, elles, sont où ?
Ahmed Bessol




























