Il existe peu de trajectoires aussi singulières que celle d'Elias Zerhouni. Né dans une petite ville de l'ouest algérien, il a dirigé la plus puissante agence de recherche médicale du monde, les National Institutes of Health (NIH), avant de piloter la recherche et développement d'un géant pharmaceutique français. Cet article retrace son parcours : ses origines, ses travaux scientifiques, ses années aux NIH, sa carrière dans l'industrie et son lien avec l'Algérie.
Membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger noms, missions et responsabilités
Il grandit à Alger, du côté de la pointe Pescade, au bord de la mer. Il est l'un de sept frères, et l'école occupe une place centrale dans la famille. Pendant les troubles de la guerre d'indépendance, les cours étaient parfois interrompus et son père les assurait à la maison. Sa mère, privée d'études dès l'âge de neuf ans, soutenait cet acharnement, et elle l'a regretté toute sa vie. Le résultat est éloquent : parmi les frères figurent des ingénieurs, un médecin anesthésiste, un officier de port, et l'un d'eux a été le premier boursier algérien aux États-Unis.
En 1961, la situation se dégrade à Alger et la famille se replie à Nedroma jusqu'à l'indépendance, qu'Elias, alors âgé de onze ans, vit sans en mesurer tout le sens. Adolescent, il pratique la natation en compétition.
Nature jugeait en 2006 que son bilan était contrasté, tout en soutenant la direction de ses réformes. Zerhouni a annoncé sa démission fin 2008 et quitté ses fonctions le 31 octobre. Francis Collins lui a succédé.
Le 13 juin 2020, en pleine pandémie de Covid-19, le président Abdelmadjid Tebboune l'a nommé conseiller spécial de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), à sa création. L'agence, dirigée par le Pr Kamel Senhadji, fait office de conseiller scientifique du Président en matière de sécurité sanitaire et de réforme du système de santé. Certains articles parlent de 2021, mais les sources de 2020 sont concordantes. Le Président l'a reçu à Alger en décembre 2022, puis de nouveau le 15 décembre 2025.
Une enfance entre Nedroma et Alger
Elias Zerhouni est né le 12 avril 1951 à Nedroma, près de Tlemcen, à proximité de la frontière marocaine. Certaines sources, comme Britannica, indiquent le 1er avril, mais la date du 12 avril est celle que retiennent les NIH et la plupart des biographies.
Il grandit à Alger, du côté de la pointe Pescade, au bord de la mer. Il est l'un de sept frères, et l'école occupe une place centrale dans la famille. Pendant les troubles de la guerre d'indépendance, les cours étaient parfois interrompus et son père les assurait à la maison. Sa mère, privée d'études dès l'âge de neuf ans, soutenait cet acharnement, et elle l'a regretté toute sa vie. Le résultat est éloquent : parmi les frères figurent des ingénieurs, un médecin anesthésiste, un officier de port, et l'un d'eux a été le premier boursier algérien aux États-Unis.
En 1961, la situation se dégrade à Alger et la famille se replie à Nedroma jusqu'à l'indépendance, qu'Elias, alors âgé de onze ans, vit sans en mesurer tout le sens. Adolescent, il pratique la natation en compétition.
Formation : médecine à Alger, radiologie à Johns Hopkins
Après ses baccalauréats algérien et français, il étudie la médecine à l'université d'Alger. Classé cinquième de sa promotion, il choisit une spécialité alors peu recherchée : la radiologie. Il obtient son doctorat en médecine en 1975 et part la même année aux États-Unis, à 24 ans, avec son épouse Nadia, pédiatre, et très peu de moyens. À la faculté de médecine de Johns Hopkins, il suit un internat en radiologie diagnostique, qu'il achève en 1978 comme résident en chef. Il y devient professeur adjoint en 1979, puis professeur associé en 1985. Entre 1981 et 1985, il exerce aussi à l'Eastern Virginia Medical School. Il a expliqué avoir voulu rentrer en Algérie en 1984, sans s'y sentir accueilli, ce qui l'a conduit à poursuivre sa carrière outre-Atlantique.Le chercheur : quand l'image médicale devient outil de précision
C'est en imagerie médicale que Zerhouni s'impose d'abord. Ses travaux ont fait progresser deux technologies majeures, le scanner (tomodensitométrie) et l'IRM. Ses principales contributions :- La densitométrie par scanner : une technique affinée par ses soins pour distinguer les nodules pulmonaires bénins des nodules cancéreux, ce qui évite des interventions inutiles.
- Le « tagging » magnétique en IRM : une méthode non invasive qui permet de suivre en trois dimensions les mouvements du cœur.
- Une alternative à la biopsie mammaire invasive : il a contribué à mettre au point une approche guidée par l'image pour le diagnostic du cancer du sein.
- L'IRM fonctionnelle et moléculaire : il a contribué à faire passer l'IRM de la simple photographie de l'anatomie à la visualisation du fonctionnement du corps, jusqu'au niveau moléculaire.
L'entrepreneur : cinq entreprises nées de la recherche
Une partie de ses inventions et de celles de son équipe d'IRM de Johns Hopkins a débouché sur des sociétés. Zerhouni a fondé ou cofondé cinq entreprises :- Computerized Imaging Reference Systems (CIRS), fondée en 1982, dont il a été président pendant plusieurs années ;
- Advanced Medical Imaging, fondée en 1989 puis revendue à une société cotée ;
- Biopsys Medical, cofondée et rachetée par Johnson & Johnson en 1997 ;
- une société de services d'imagerie ambulatoire créée avec des radiologues de ville, qu'il a dirigée jusqu'en 2002 ;
- SurgiVision, spécialisée dans la chirurgie guidée par IRM.
Le grand chantier : diriger les NIH (2002-2008)
Un poste inattendu
Après avoir dirigé le département de radiologie de Johns Hopkins puis occupé les fonctions de vice-doyen à la recherche et de vice-doyen exécutif de la faculté de médecine, il est contacté en 2002 par la Maison-Blanche. George W. Bush le nomme 15e directeur des NIH. Le Sénat le confirme en avril 2002 et il prend ses fonctions le 2 mai. Il est le premier immigré à occuper ce poste. Les NIH regroupent 27 instituts et centres et financent des projets d'universités, d'hôpitaux et d'entreprises aux États-Unis et à l'étranger. Son profil tranche avec celui de son prédécesseur, le biologiste fondamental Harold Varmus. Beaucoup d'observateurs ont estimé que son expérience de gestionnaire le désignait pour une période de resserrement : le doublement du budget des NIH entre 1998 et 2003 touchait à sa fin.La Roadmap for Medical Research
Sa réforme phare est la Roadmap for Medical Research, lancée en 2003 après de vastes consultations de la communauté scientifique. Son idée : financer des projets ambitieux qu'aucun institut ne pouvait porter seul, pour accélérer le passage des découvertes de laboratoire vers le lit du patient. Elle a d'abord été financée par une contribution prélevée sur chaque institut.Autres réalisations et décisions
- des programmes pour encourager la recherche à haut risque, interdisciplinaire, et les jeunes chercheurs ;
- un triplement du financement international des NIH consacré à la santé mondiale ;
- une interdiction faite aux scientifiques de l'agence de travailler comme consultants pour l'industrie pharmaceutique ;
- la loi de réforme des NIH de 2006, qui a institutionnalisé plusieurs de ses réformes.
Un bilan salué mais discuté
| Points salués | Critiques formulées |
| Coordination accrue entre les 27 instituts | Financement de la Roadmap jugé aux dépens des bourses individuelles classiques |
| Soutien du Congrès et de la communauté scientifique à ses initiatives | Chute du taux de succès des demandes de subvention, d'environ 30 % à 20 %, quand le budget a cessé de croître |
| Emphase sur la recherche translationnelle et interdisciplinaire | Reproche de ne pas assez convaincre son personnel et les chercheurs financés qu'il était de leur côté (Nature, 2006) |
| Réforme législative de 2006 | Débat politique difficile, notamment sur les cellules souches embryonnaires |
Après les NIH : diplomatie scientifique, fondation Gates, Sanofi
Diplomatie scientifique et santé mondiale
En 2009, Barack Obama le nomme parmi les premiers envoyés spéciaux des États-Unis pour la science et la technologie. Ses déplacements l'ont mené notamment en Libye et en Inde. Il devient aussi senior fellow de la Fondation Bill & Melinda Gates, dans le programme de santé mondiale (2009-2010). Entre 2008 et 2011, il conseille diverses organisations via sa structure Zerhouni Holdings et siège au conseil de la Mayo Clinic.Sanofi : la R&D à l'échelle mondiale
En 2011, le groupe pharmaceutique français Sanofi le nomme président de la R&D mondiale, poste qu'il occupe jusqu'en 2018 et qui l'intègre au comité exécutif du groupe. Selon ModeX, il a mené la transformation de l'organisation de R&D, améliorant sa productivité : sous sa présidence, 30 programmes ont été conduits, dont 11 ont obtenu une autorisation réglementaire et été commercialisés. Il a aussi créé au sein de Sanofi les « Breakthrough Laboratories » avec Gary Nabel, pour explorer des technologies inédites.ModeX et OPKO
Avec Gary Nabel, il cofonde en 2020 ModeX Therapeutics, qui développe des thérapies immunitaires multispécifiques contre le cancer et les maladies virales. OPKO Health rachète ModeX en 2022, et Zerhouni devient alors vice-président du conseil et président d'OPKO. Belkacem Haba biographie,spécialité et principales réalisations scientifiquesChronologie des grandes étapes
| Période | Étape |
| 1951 | Naissance à Nedroma |
| 1975 | Doctorat en médecine à Alger, départ pour les États-Unis |
| 1978 | Fin de l'internat de radiologie à Johns Hopkins |
| 1985 / 1988 | Consultant pour la Maison-Blanche (Reagan), puis pour l'OMS |
| 1988 | Direction de la division IRM de Johns Hopkins |
| 1996-2002 | Chef de radiologie, puis vice-doyen exécutif de la faculté de médecine |
| 2002-2008 | Directeur des NIH |
| 2009-2010 | Envoyé scientifique présidentiel ; senior fellow à la Fondation Gates |
| 2011-2018 | Président de la R&D mondiale de Sanofi |
| 2020 | Conseiller spécial de l'Agence nationale de sécurité sanitaire d'Algérie ; cofondation de ModeX |
| Depuis 2022 | Président et vice-président du conseil d'OPKO Health |
| 2025 | Publication de ses mémoires |
Distinctions et responsabilités
Parmi les reconnaissances de sa carrière, on retient :- la Légion d'honneur, remise en avril 2008 à l'Élysée par Nicolas Sarkozy ;
- l'élection à l'Académie nationale de médecine française en 2010 et à l'Académie des technologies en 2013 ;
- une chaire annuelle d'innovation technologique Liliane Bettencourt au Collège de France ;
- des sièges au conseil de Danaher (depuis 2009), de Research!America, de la Lasker Foundation, de la Foundation for the NIH et du King Abdullah University of Science and Technology (KAUST) ;
- le rôle de premier rédacteur scientifique en chef de la revue Science Translational Medicine de l'AAAS.
Le 13 juin 2020, en pleine pandémie de Covid-19, le président Abdelmadjid Tebboune l'a nommé conseiller spécial de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSS), à sa création. L'agence, dirigée par le Pr Kamel Senhadji, fait office de conseiller scientifique du Président en matière de sécurité sanitaire et de réforme du système de santé. Certains articles parlent de 2021, mais les sources de 2020 sont concordantes. Le Président l'a reçu à Alger en décembre 2022, puis de nouveau le 15 décembre 2025.
Ce que son parcours nous apprend
Plusieurs enseignements se dégagent :- L'éducation comme moteur : de l'école à la maison pendant la guerre jusqu'à Johns Hopkins, le savoir structure tout son itinéraire.
- La science comme travail d'équipe : sa Roadmap reposait sur la collaboration entre instituts, disciplines et secteurs.
- Le pont entre laboratoire et patient : de l'imagerie aux NIH puis à Sanofi, il a toujours cherché à transformer les découvertes en soins.
- La science au-dessus des clivages : sa devise résume ce combat, la maladie ne connaît pas la politique.






























