Dans l'imaginaire algérien, il y a les footballeurs, les artistes et les héros de la Révolution. Depuis quelques années, il y a aussi un chercheur en microélectronique dont le nom circule dans les universités, sur les réseaux sociaux et dans la presse : Belgacem Haba. Présenté comme l'un des inventeurs les plus prolifiques de la planète, il a passé plus de quarante ans aux États-Unis et au Japon avant de revenir investir dans l'enseignement supérieur algérien. Voici son parcours, sa spécialité, ses réalisations et les nuances à garder en tête.
Membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger noms, missions et responsabilités
Il intègre l'université Stanford, où il obtient :
Le domaine de Haba, c'est ce que l'on appelle le packaging avancé de semi-conducteurs :
Cette progression s'explique en partie par la nature des brevets : une même invention est souvent déposée dans plusieurs pays, ce qui gonfle le total « mondial ». Il faut donc distinguer le nombre d'inventions du nombre de dépôts.
En 2017, il ouvre le Haba Institute, une structure destinée à accompagner les jeunes entrepreneurs, sur le modèle d'un accélérateur de start-up.
En août 2022, il franchit un cap avec le Numidia Institute of Technology (NIT), à Rahmania, dans la wilaya d'Alger. L'établissement a obtenu l'accréditation du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et est présenté comme la première université privée du pays à ce niveau de spécialisation. Il s'inspire, dans son ambition, du MIT américain.
Les filières mises en avant sont les suivantes :
Un village sans électricité, une bourse pour les États-Unis
Belgacem Haba naît en 1957 à El M'Ghair, dans la wilaya d'El Oued, au sud-est de l'Algérie. Certains textes, dont l'introduction de sa fiche Wikipédia française, avancent 1967, mais la grande majorité des sources, y compris sa biographie dans l'Algerian Journal of Engineering and Technology, retiennent 1957. Il grandit dans une famille très modeste, dans un village où l'électricité relève encore du rêve. Il a lui-même raconté, dans des interviews, avoir vécu l'euphorie de l'indépendance, portée par un mot d'ordre simple : travailler, réussir, faire quelque chose pour le pays. Son parcours scolaire commence dans sa ville natale, puis au lycée Émir Abdelkader de Touggourt. Il poursuit ses études de physique à l'USTHB de Bab Ezzouar (Alger). En 1980, il quitte l'Algérie grâce à une bourse de l'État algérien pour poursuivre ses études aux États-Unis. C'est un point qu'il rappelle volontiers : sa trajectoire est aussi le produit d'une politique publique de formation à l'étranger.- deux masters, l'un en physique appliquée, l'autre en science des matériaux ;
- un doctorat en science et ingénierie des matériaux, en 1988, dans le domaine de l'énergie solaire.
Une carrière à cheval sur trois continents
Après Stanford, Haba entre dans la recherche industrielle de haut niveau. De 1988 à 1996, il travaille pour deux références mondiales de la recherche appliquée : le centre de recherche IBM Watson (État de New York) et les laboratoires de recherche centraux de NEC à Tokyo. Son sujet de l'époque : les applications des lasers en microélectronique. En 1996, il rejoint Tessera, entreprise de la Silicon Valley devenue Xperi. Son objectif, tel que le rapportent les articles qui lui sont consacrés, est de réduire la taille des téléphones portables, alors volumineux et réservés à une minorité. Il y reste depuis, en tant que Senior Technical Fellow et vice-président, à la tête de l'équipe dite « pathfinding » de la R&D électronique, c'est-à-dire celle qui explore les technologies de rupture avant leur industrialisation. Sa carrière comprend aussi plusieurs passages ou créations d'entreprises :- SiliconPipe (2002) : start-up de la Silicon Valley spécialisée dans les interconnexions à haut débit, qu'il cofonde et qui sera rachetée par Samsung ;
- Rambus : il y dirige la R&D en packaging avancé ;
- Google : il travaille au sein de la division des plateformes de data centers, comme senior staff ;
- Xperi / Adeia (2022) : il est associé aux deux entreprises issues de la scission de l'ancien groupe, Xperi cotée au NYSE et Adeia au Nasdaq. Une photo de lui a même été affichée sur un panneau à New York à cette occasion, ce qui a beaucoup circulé dans la presse algérienne.
Repères chronologiques
| Année | Étape |
| 1957 | Naissance à El M'Ghair (El Oued) |
| 1980 | Départ pour les États-Unis avec une bourse de l'État algérien |
| 1988 | Doctorat à Stanford (science et ingénierie des matériaux) |
| 1988-1996 | IBM Watson (New York) puis NEC (Tokyo) : lasers et microélectronique |
| 1996 | Entrée chez Tessera, devenue Xperi |
| 2002 | Cofondation de SiliconPipe, rachetée par Samsung |
| 2017 | Ouverture du Haba Institute en Algérie |
| Août 2022 | Lancement du Numidia Institute of Technology à Alger |
| 2022 | Scission Xperi / Adeia, à laquelle il est associé |
Sa spécialité : rendre l'électronique plus petite et plus dense
Pour comprendre le travail de Haba sans être ingénieur, il faut partir d'une idée : une puce électronique ne fonctionne pas nue. Elle doit être montée dans un boîtier, relié à une carte, avec des milliers de connexions minuscules. Ce boîtier est le packaging. Pendant longtemps, il était bien plus grand que la puce elle-même, ce qui limitait la miniaturisation des appareils.
Le domaine de Haba, c'est ce que l'on appelle le packaging avancé de semi-conducteurs :
- le packaging à l'échelle de la puce (chip-scale packaging), où le boîtier a presque la même taille que la puce ;
- les interconnexions à haut débit, qui permettent aux composants de s'échanger des données très rapidement ;
- l'intégration tridimensionnelle (3D), qui consiste à empiler des puces plutôt qu'à les étaler sur une surface.
Principales réalisations
1. Un portefeuille de brevets hors norme
C'est ce qui lui vaut son surnom. Il détient plus de 1 600 brevets dans le monde, dont plus de 500 à 700 aux États-Unis selon les sources. Il est régulièrement classé parmi les 100 inventeurs les plus prolifiques au monde. Haba lui-même a une vision particulière du brevet : il estime, dans une interview rapportée par Arab News, que déposer un brevet consiste à faire évoluer le travail d'autres chercheurs. Attention : ces chiffres ont beaucoup varié au fil des années et des médias.| Période de publication | Nombre de brevets annoncé | Source type |
| 2018 | environ 1 300 | presse algérienne |
| 2021 | plus de 1 500 (dont 500 aux États-Unis) | TSA Algérie |
| 2022 | 1 500 à 1 700 (dont environ 700 aux États-Unis) | presse en ligne, DzairDaily |
| 2025 | plus de 1 600 (dont plus de 700 aux États-Unis) | Jeune Afrique, autres |
2. Une contribution à la miniaturisation des appareils
Haba affirme que 95 % à 100 % des entreprises de téléphonie utilisent, dans la partie caméra de leurs appareils, des technologies développées par ses sociétés. C'est une déclaration de sa part, difficile à vérifier de façon indépendante, mais elle donne la mesure de l'influence que ces entreprises, spécialisées dans la propriété intellectuelle, exercent dans l'industrie. Elias Zerhouni biographie,parcours scientifique et principales fonctions3. Des distinctions
Il a reçu la médaille du mérite national « Achir » en Algérie. La presse le présente aussi comme l'un des « hommes les plus inventifs » de la Silicon Valley, un titre honorifique qui relève davantage de la presse que d'une distinction officielle.4. Des publications et des conférences
Il est l'auteur de nombreuses publications techniques et a participé à de multiples conférences dans le monde. Son profil Google Scholar recense ses travaux.Le retour vers l'Algérie : former plutôt qu'exporter
Ce qui distingue Haba d'autres « cerveaux exportés », c'est son engagement institutionnel en Algérie.
En 2017, il ouvre le Haba Institute, une structure destinée à accompagner les jeunes entrepreneurs, sur le modèle d'un accélérateur de start-up.
En août 2022, il franchit un cap avec le Numidia Institute of Technology (NIT), à Rahmania, dans la wilaya d'Alger. L'établissement a obtenu l'accréditation du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et est présenté comme la première université privée du pays à ce niveau de spécialisation. Il s'inspire, dans son ambition, du MIT américain.
Les filières mises en avant sont les suivantes :
- intelligence artificielle ;
- cybersécurité ;
- systèmes autonomes ;
- cloud computing.
























