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Belkacem Haba biographie,spécialité et principales réalisations scientifiques

Belkacem Haba biographie,spécialité et principales réalisations scientifiques

Dans l'imaginaire algérien, il y a les footballeurs, les artistes et les héros de la Révolution. Depuis quelques années, il y a aussi un chercheur en microélectronique dont le nom circule dans les universités, sur les réseaux sociaux et dans la presse : Belgacem Haba. Présenté comme l'un des inventeurs les plus prolifiques de la planète, il a passé plus de quarante ans aux États-Unis et au Japon avant de revenir investir dans l'enseignement supérieur algérien. Voici son parcours, sa spécialité, ses réalisations et les nuances à garder en tête. Membres du Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger noms, missions et responsabilités

Un village sans électricité, une bourse pour les États-Unis

Belgacem Haba naît en 1957 à El M'Ghair, dans la wilaya d'El Oued, au sud-est de l'Algérie. Certains textes, dont l'introduction de sa fiche Wikipédia française, avancent 1967, mais la grande majorité des sources, y compris sa biographie dans l'Algerian Journal of Engineering and Technology, retiennent 1957. Il grandit dans une famille très modeste, dans un village où l'électricité relève encore du rêve. Il a lui-même raconté, dans des interviews, avoir vécu l'euphorie de l'indépendance, portée par un mot d'ordre simple : travailler, réussir, faire quelque chose pour le pays. Son parcours scolaire commence dans sa ville natale, puis au lycée Émir Abdelkader de Touggourt. Il poursuit ses études de physique à l'USTHB de Bab Ezzouar (Alger). En 1980, il quitte l'Algérie grâce à une bourse de l'État algérien pour poursuivre ses études aux États-Unis. C'est un point qu'il rappelle volontiers : sa trajectoire est aussi le produit d'une politique publique de formation à l'étranger.

Il intègre l'université Stanford, où il obtient :
  • deux masters, l'un en physique appliquée, l'autre en science des matériaux ;
  • un doctorat en science et ingénierie des matériaux, en 1988, dans le domaine de l'énergie solaire.

Une carrière à cheval sur trois continents

Après Stanford, Haba entre dans la recherche industrielle de haut niveau. De 1988 à 1996, il travaille pour deux références mondiales de la recherche appliquée : le centre de recherche IBM Watson (État de New York) et les laboratoires de recherche centraux de NEC à Tokyo. Son sujet de l'époque : les applications des lasers en microélectronique. En 1996, il rejoint Tessera, entreprise de la Silicon Valley devenue Xperi. Son objectif, tel que le rapportent les articles qui lui sont consacrés, est de réduire la taille des téléphones portables, alors volumineux et réservés à une minorité. Il y reste depuis, en tant que Senior Technical Fellow et vice-président, à la tête de l'équipe dite « pathfinding » de la R&D électronique, c'est-à-dire celle qui explore les technologies de rupture avant leur industrialisation. Sa carrière comprend aussi plusieurs passages ou créations d'entreprises :
  • SiliconPipe (2002) : start-up de la Silicon Valley spécialisée dans les interconnexions à haut débit, qu'il cofonde et qui sera rachetée par Samsung ;
  • Rambus : il y dirige la R&D en packaging avancé ;
  • Google : il travaille au sein de la division des plateformes de data centers, comme senior staff ;
  • Xperi / Adeia (2022) : il est associé aux deux entreprises issues de la scission de l'ancien groupe, Xperi cotée au NYSE et Adeia au Nasdaq. Une photo de lui a même été affichée sur un panneau à New York à cette occasion, ce qui a beaucoup circulé dans la presse algérienne.

Repères chronologiques

Année Étape
1957 Naissance à El M'Ghair (El Oued)
1980 Départ pour les États-Unis avec une bourse de l'État algérien
1988 Doctorat à Stanford (science et ingénierie des matériaux)
1988-1996 IBM Watson (New York) puis NEC (Tokyo) : lasers et microélectronique
1996 Entrée chez Tessera, devenue Xperi
2002 Cofondation de SiliconPipe, rachetée par Samsung
2017 Ouverture du Haba Institute en Algérie
Août 2022 Lancement du Numidia Institute of Technology à Alger
2022 Scission Xperi / Adeia, à laquelle il est associé

Sa spécialité : rendre l'électronique plus petite et plus dense

Pour comprendre le travail de Haba sans être ingénieur, il faut partir d'une idée : une puce électronique ne fonctionne pas nue. Elle doit être montée dans un boîtier, relié à une carte, avec des milliers de connexions minuscules. Ce boîtier est le packaging. Pendant longtemps, il était bien plus grand que la puce elle-même, ce qui limitait la miniaturisation des appareils. Le domaine de Haba, c'est ce que l'on appelle le packaging avancé de semi-conducteurs :
  • le packaging à l'échelle de la puce (chip-scale packaging), où le boîtier a presque la même taille que la puce ;
  • les interconnexions à haut débit, qui permettent aux composants de s'échanger des données très rapidement ;
  • l'intégration tridimensionnelle (3D), qui consiste à empiler des puces plutôt qu'à les étaler sur une surface.
Selon les articles publiés à son sujet, c'est en 1996, chez Tessera, qu'il participe avec une équipe restreinte et environ 30 millions de dollars d'investissement à la mise au point d'un packaging au format même de la puce. L'ajustement paraît simple en apparence, mais il ouvre la voie à une petite révolution industrielle. Très vite, les brevets liés à ces travaux se retrouvent dans les téléphones portables, les caméras miniatures, les cartes mémoire et même des consoles de jeu. Ses activités les plus récentes concernent le développement de technologies 3D pour les mobiles et les serveurs, ce qui correspond à l'une des grandes tendances de l'industrie : empiler et connecter les puces plutôt que de miser uniquement sur des transistors toujours plus fins.

Principales réalisations

1. Un portefeuille de brevets hors norme

C'est ce qui lui vaut son surnom. Il détient plus de 1 600 brevets dans le monde, dont plus de 500 à 700 aux États-Unis selon les sources. Il est régulièrement classé parmi les 100 inventeurs les plus prolifiques au monde. Haba lui-même a une vision particulière du brevet : il estime, dans une interview rapportée par Arab News, que déposer un brevet consiste à faire évoluer le travail d'autres chercheurs. Attention : ces chiffres ont beaucoup varié au fil des années et des médias.
Période de publication Nombre de brevets annoncé Source type
2018 environ 1 300 presse algérienne
2021 plus de 1 500 (dont 500 aux États-Unis) TSA Algérie
2022 1 500 à 1 700 (dont environ 700 aux États-Unis) presse en ligne, DzairDaily
2025 plus de 1 600 (dont plus de 700 aux États-Unis) Jeune Afrique, autres
Cette progression s'explique en partie par la nature des brevets : une même invention est souvent déposée dans plusieurs pays, ce qui gonfle le total « mondial ». Il faut donc distinguer le nombre d'inventions du nombre de dépôts.

2. Une contribution à la miniaturisation des appareils

Haba affirme que 95 % à 100 % des entreprises de téléphonie utilisent, dans la partie caméra de leurs appareils, des technologies développées par ses sociétés. C'est une déclaration de sa part, difficile à vérifier de façon indépendante, mais elle donne la mesure de l'influence que ces entreprises, spécialisées dans la propriété intellectuelle, exercent dans l'industrie. Elias Zerhouni biographie,parcours scientifique et principales fonctions

3. Des distinctions

Il a reçu la médaille du mérite national « Achir » en Algérie. La presse le présente aussi comme l'un des « hommes les plus inventifs » de la Silicon Valley, un titre honorifique qui relève davantage de la presse que d'une distinction officielle.

4. Des publications et des conférences

Il est l'auteur de nombreuses publications techniques et a participé à de multiples conférences dans le monde. Son profil Google Scholar recense ses travaux.

Le retour vers l'Algérie : former plutôt qu'exporter

Ce qui distingue Haba d'autres « cerveaux exportés », c'est son engagement institutionnel en Algérie. En 2017, il ouvre le Haba Institute, une structure destinée à accompagner les jeunes entrepreneurs, sur le modèle d'un accélérateur de start-up. En août 2022, il franchit un cap avec le Numidia Institute of Technology (NIT), à Rahmania, dans la wilaya d'Alger. L'établissement a obtenu l'accréditation du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et est présenté comme la première université privée du pays à ce niveau de spécialisation. Il s'inspire, dans son ambition, du MIT américain. Les filières mises en avant sont les suivantes :
  • intelligence artificielle ;
  • cybersécurité ;
  • systèmes autonomes ;
  • cloud computing.
Les étudiants peuvent choisir leur spécialité au cours du quatrième semestre. Le porte-parole de l'ambassade des États-Unis à Alger a visité l'institut, signe de l'intérêt diplomatique que le projet a suscité. Haba a aussi multiplié les conférences dans les universités algériennes, en particulier dans le Sud (Touggourt, Ouargla, Biskra) puis à Khenchela et ailleurs. Son discours est constant : il manque en Algérie un écosystème d'innovation. Pour lui, un inventeur est à la fois un ingénieur et un entrepreneur, et la technologie du futur repose sur le virtuel. Il a évoqué son désir d'écrire un livre.

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