Le président de la FIFA peut encore compter sur des soutiens. Mais leur multiplication ne doit pas masquer une réalité : le front de la contestation s’élargit et les voix qui réclament des comptes deviennent de plus en plus nombreuses. Infantino est en train de chercher à sauver sa majorité plutôt qu’à démontrer qu’il la possède encore. Le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Union des associations arabes de football et Samuel Eto’o ont affiché leur fidélité au président de la FIFA. Donald Trump lui-même lui a apporté un soutien spectaculaire. Mais cette démonstration de force révéle une certaine fébrilité.
Car derrière cette mobilisation se dessine une autre réalité. L’UEFA, la CONCACAF et l’AFC ont publiquement contesté la manière dont la FIFA a géré le projet d’ouverture de la Coupe du monde aux investisseurs privés. Et voilà maintenant que six pays nordiques demandent une enquête sur la gouvernance de l’instance mondiale. Le cas de l’AFC est particulièrement révélateur. La confédération asiatique a contesté la démarche de la FIFA, tandis que le Qatar et les Émirats arabes unis, deux de ses membres, ont refusé de s’aligner sur cette position. Le Qatar est même allé plus loin en contestant le droit de l’AFC à parler au nom de ses fédérations sans consultation préalable.
Ce paradoxe mérite d’être souligné : les soutiens les plus visibles d’Infantino ne constituent pas nécessairement un bloc majoritaire. Ils défendent aussi leurs propres intérêts et l’influence qu’ils ont acquise au sein de la FIFA. Le soutien de Samuel Eto’o doit, lui aussi, être replacé à sa juste dimension. L’ancien capitaine camerounais défend personnellement Infantino et met en avant l’élargissement de la Coupe du monde et les opportunités offertes à l’Afrique. Mais son intervention ne saurait être assimilée à une position collective du Comité exécutif de la CAF. Il est lui-même contesté dans son pays où l’opinion sportive est agacé par son comportement qualifié d’opportuniste.
Infantino peut donc ameuter ses soutiens. Il peut multiplier les rencontres, rappeler les bénéfices de son bilan et s’appuyer sur ceux qui lui sont restés fidèles. Mais une question demeure : combien de ces soutiens constituent une véritable adhésion à sa gouvernance et combien relèvent de la défense d’intérêts et d’influences établies ? L’annonce d’Aleksander Ceferin de ne pas se présenter contre lui ne signifie d’ailleurs pas que le président de l’UEFA a renoncé à son opposition. Bien au contraire. Le Slovène affirme qu’il pourrait y avoir un candidat face à Infantino et laisse entendre que la bataille présidentielle est loin d’être jouée.
Mais pour le moment, le président de la FIFA reste seul candidat déclaré pour mars 2027. Mais être seul candidat ne signifie pas être assuré d’être réélu. À mesure que les soutiens d’Infantino s’affichent, ses adversaires se structurent. Et les demandes d’enquête, les critiques sur la gouvernance et les fractures entre confédérations donnent à la crise une dimension nouvelle. Infantino n’est plus maître du jeu. Et il
est difficile de ne pas constater qu’il joue désormais une partie beaucoup plus incertaine. Le précipice n’est peut-être pas encore devant lui. Mais il s’en rapproche.
– YANIS B.




























