En effet, le recul des échanges s’explique en grande partie par les mesures de régulation des importations mises en place par l’Algérie depuis juillet 2025.
Le Programme prévisionnel d’importation (PPI), désormais exigé par les banques nationales avant toute domiciliation, ainsi que le Droit additionnel pour la protection et la sauvegarde de l’économie nationale (DAPS), dont les taux oscillent entre 30 % et 120 % sur les produits concurrençant la production locale, traduisent une volonté claire : protéger et stimuler le tissu industriel national.
L’obligation d’étiquetage en arabe pour les produits destinés à la revente s’inscrit dans la même logique de renforcement du contrôle sur le marché intérieur.
Résultat, les exportations françaises vers l’Algérie chutent à 4 milliards d’euros, avec des baisses marquées dans l’agroalimentaire (-60 %), l’automobile (-37 %) et la sidérurgie (-36,4 %). Ces secteurs sont précisément ceux où l’Algérie développe une production nationale de substitution, portée par les investissements industriels récents, notamment dans l’assemblage automobile et la sous-traitance.
Les exportations algériennes d’hydrocarbures vers la France ont diminué de 22 %, s’établissant à 3,5 milliards d’euros. Les produits pétroliers raffinés ont reculé de 6,7 %, à 823 millions d’euros.
Si les exportations algériennes vers la France reculent également, à 4,9 milliards d’euros, l’Algérie ne mise plus sur un partenaire unique. Les échanges avec la Chine ont dépassé 9 milliards de dollars sur le seul premier semestre 2026, confirmant la montée en puissance de Pékin comme partenaire commercial de premier plan.
Cette dynamique s’accompagne d’un renforcement des liens avec la Russie et l’Italie, qui deviennent des débouchés de plus en plus structurants pour l’économie algérienne.
Une recomposition stratégique des équilibres commerciaux
Cette recomposition des équilibres commerciaux traduit une lecture stratégique assumée par Alger : ne plus dépendre d’un seul marché, mais multiplier les partenaires pour sécuriser ses approvisionnements et diversifier ses débouchés, notamment hydrocarbures.
Du côté français, les signaux de recul sont nombreux. La part de marché de la France en Algérie est passée de 12 % en 2023 à 11 % en 2024, et le nombre d’entreprises françaises exportatrices vers l’Algérie a diminué de 150 par mois en moyenne entre janvier et octobre 2025.
Paris a par ailleurs perdu son rang de premier fournisseur de gaz de l’Algérie vers la France, désormais devancé par la Russie, tandis que le déficit commercial français vis-à-vis de l’Algérie reste substantiel, à 865 millions d’euros.
Ce repli s’inscrit dans un contexte politique tendu entre les deux pays depuis l’été 2024, marqué par le soutien de Paris à la proposition marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental. L’Algérie a choisi de répondre par le renforcement de sa souveraineté économique plutôt que par l’escalade, en consolidant ses instruments de régulation commerciale.
Malgré la baisse en valeur des échanges bilatéraux, l’Algérie conserve un excédent commercial vis-à-vis de la France et demeure le deuxième débouché des exportations françaises en Afrique, derrière le Maroc, preuve que la relation économique, bien que recalibrée, reste significative.
Pour Alger, ce contexte est avant tout l’occasion de consolider une trajectoire déjà engagée : réduire la dépendance aux importations, encourager la production nationale et diversifier ses partenaires stratégiques, dans une logique de long terme au service de la souveraineté économique du pays.
K. B.





























