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Exportations algériennes hors hydrocarbures

Exportations algériennes hors hydrocarbures

L'Algérie répète depuis des années le même objectif : sortir de sa dépendance au pétrole et au gaz. Sur le papier, les chiffres de 2026 donnent raison aux autorités. Les exportations hors hydrocarbures progressent, les records tombent les uns après les autres et le gouvernement multiplie les annonces triomphantes. Mais derrière cette success story affichée se cache une réalité plus complexe. Que vend vraiment l'Algérie au reste du monde en dehors de son pétrole ? À qui ? Et surtout, ce modèle est-il aussi solide qu'on le présente ? La réponse tient en quelques chiffres qui méritent d'être décortiqués.

Des chiffres qui donnent le vertige, mais qui cachent une réalité fragile

Le contraste est saisissant. En 2019, les exportations hors hydrocarbures algériennes plafonnaient à peine à 1,7 milliard de dollars. Un montant dérisoire pour un pays aux ambitions économiques affichées. Sept ans plus tard, la trajectoire s'est complètement inversée. L'année 2022 avait déjà marqué un tournant avec un pic à 7 milliards de dollars, avant que le chiffre ne se stabilise autour de 5 milliards les années suivantes. En 2024, la barre des 7 milliards de dollars a de nouveau été franchie, avec une hausse spectaculaire de 45 % sur un an. Sur les neuf premiers mois de 2025, les exportations hors hydrocarbures ont atteint 4,3 milliards de dollars, soit une progression de 26 % par rapport à la même période de 2024. Sur l'ensemble de l'année 2025, la hausse annuelle s'est établie à 23 %, et le mouvement ne s'est pas arrêté en 2026 : le premier trimestre a enregistré une croissance de 16 % par rapport à la même période de 2025.
Année / période Exportations hors hydrocarbures Évolution
2019 1,7 milliard $ —
2022 7 milliards $ (pic) —
2023-2024 Stabilisation autour de 5 Mds $, puis 7 Mds $ en 2024 +45 % en 2024
Jan-sept 2025 4,3 milliards $ +26 %
Année 2025 — +23 %
T1 2026 — +16 %
Le détail mensuel de 2025 illustre bien cette accélération : les exportations sont passées de 296 millions de dollars en janvier (-12 % sur un an) à 452 millions de dollars en octobre (+42 % sur un an). Ces performances doivent néanmoins être relativisées. Le gouvernement vise un objectif de 29 à 30 milliards de dollars d'exportations hors hydrocarbures d'ici 2030. Or, certaines projections évoquent un niveau autour de 7,8 milliards de dollars seulement pour 2026, à peine un quart de l'ambition affichée pour la fin de la décennie. La marche à franchir reste considérable.

Ce que l'Algérie vend vraiment au monde

C'est ici que l'intrigue prend tout son sens. Quand on parle d'exportations hors hydrocarbures, on imagine volontiers une diversification économique réussie, avec des produits industriels sophistiqués, de l'agroalimentaire transformé ou des services à forte valeur ajoutée. La réalité est bien différente : huit produits représentent à eux seuls 88 % des exportations hors hydrocarbures algériennes, et trois filières en dominent 80 % — les engrais, la sidérurgie et le ciment. Les principaux produits exportés, par valeur :
  • Engrais minéraux et azotés — environ 1,25 milliard de dollars, plus de 3,5 millions de tonnes
  • Clinker (ciment non pulvérisé) — environ 753 millions de dollars, près de 9,74 millions de tonnes
  • Solvants naphta — environ 678 millions de dollars
  • Produits sidérurgiques (barres, fils machine, demi-produits en fer et acier)
  • Ammoniac anhydre
  • Phosphate de calcium naturel
  • Sucre de canne
  • Dattes — environ 73 millions de dollars, 83 000 tonnes
  • Hydrogène
Les dattes, souvent mises en avant comme symbole du savoir-faire agricole algérien, pèsent en réalité bien moins lourd que les industries chimiques et sidérurgiques dans la balance. C'est précisément ce que pointe la Banque mondiale : malgré une amélioration réelle, la diversification et la sophistication des exportations algériennes, mesurées par l'indice de complexité économique, restent limitées. L'Algérie exporte davantage, mais pas forcément mieux. Elle continue de vendre essentiellement des matières premières transformées ou semi-transformées, à forte intensité énergétique et carbone — des secteurs qui seront directement exposés au mécanisme européen d'ajustement carbone aux frontières (CBAM), qui va taxer le carbone généré par la production de ciment, fer, acier, engrais, aluminium, électricité et hydrogène.

À qui l'Algérie vend-elle ses produits ?

Autre point sensible : la concentration géographique des débouchés. Dans chaque filière, un ou deux pays absorbent l'essentiel des volumes exportés.
Produit Principaux marchés
Produits chimiques France (29 %)
Engrais Brésil (29,2 %), États-Unis (18,4 %)
Fer et acier Turquie (29,8 %), États-Unis (28,6 %)
Cette concentration constitue un risque structurel. Une décision politique, une nouvelle taxe douanière ou un simple ralentissement économique chez l'un de ces partenaires suffirait à fragiliser des pans entiers des exportations algériennes. C'est cette vulnérabilité que les autorités tentent aujourd'hui de corriger, en misant sur un nouveau relais de croissance : l'Afrique.

L'arsenal institutionnel déployé pour accélérer la cadence

Face à ces constats, l'État algérien a multiplié les réformes ces derniers mois pour structurer sa politique d'exportation. La vieille agence Algérie Export a été dissoute au profit de deux structures spécialisées : l'une dédiée à la promotion des exportations hors hydrocarbures, l'autre chargée du suivi et de l'encadrement des importations. Dans la foulée, l'Organisme algérien des exportations (OAE) a vu le jour par décret exécutif en septembre 2025, avec pour mission d'accompagner les entreprises dans leur stratégie d'internationalisation, à travers des études de marché et l'orientation des opérateurs vers les débouchés les plus prometteurs. Un guichet unique des exportateurs est également en cours de préparation, pour accélérer les procédures administratives liées à l'acte d'export. Sur le plan financier, le Fonds spécial de promotion des exportations a pris en charge près de 1 800 dossiers de remboursement rien qu'en 2025, couvrant une partie des coûts de transport international et des frais de participation aux foires. La loi de finances 2026 a acté le doublement de la dotation de ce fonds, désormais portée à 10 % du produit de la taxe intérieure de consommation. Une réduction de 50 % des frais de transport international a même été mise en place pour soutenir les premières opérations bénéficiant de ce dispositif. Pour 2026, un programme de 22 participations à des foires internationales a été établi, dont la moitié sur le continent africain.

Le pari africain, nouvel horizon des exportateurs algériens

C'est sans doute l'axe le plus stratégique de cette nouvelle politique. Depuis le 1er janvier 2025, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) a engagé la suppression progressive des barrières douanières entre plusieurs États membres. Un marché de plus de 1,3 milliard de consommateurs s'ouvre ainsi progressivement aux opérateurs algériens, dans l'industrie, l'agriculture, la pharmacie ou les services. Le ministre du Commerce extérieur, Kamel Rezig, présente régulièrement la ZLECAf comme un levier stratégique majeur. En avril 2026, il a supervisé depuis Tizi Ouzou le lancement d'une vaste opération d'exportation impliquant treize wilayas et couvrant des produits aussi divers que les tomates cerises, les dattes, les produits laitiers, les appareils électroménagers ou les pièces de rechange. Sur le plan logistique, l'Algérie muscle également ses infrastructures vers ses frontières sud : le réseau routier national atteint désormais 14 014 kilomètres, le réseau ferroviaire 6 323 kilomètres, dont 5 661 kilomètres de lignes exploitées. De nouvelles plateformes logistiques sont prévues aux frontières méridionales, point de passage stratégique vers le Sahel et l'Afrique subsaharienne.

L’hydrogène vert, une nouvelle perspective pour les exportations algériennes

La diversification des exportations algériennes pourrait également passer par le développement de l’hydrogène vert, considéré comme une nouvelle filière énergétique à fort potentiel. Produit par électrolyse de l’eau grâce à une électricité issue de sources renouvelables, notamment l’énergie solaire, il pourrait à terme être destiné aussi bien à la consommation locale qu’aux marchés internationaux. Cette perspective s’appuie notamment sur les importantes ressources solaires dont dispose l’Algérie, mais aussi sur ses infrastructures énergétiques existantes et sa proximité géographique avec l’Europe. Le développement de cette filière pourrait ainsi permettre au pays de diversifier ses activités énergétiques et de créer de nouvelles opportunités dans les domaines des équipements, de l’ingénierie, du transport et du stockage. À l’échelle internationale, le SoutH2 Corridor constitue l’un des principaux projets associés à cette ambition. Ce corridor doit relier l’Afrique du Nord aux marchés européens en passant notamment par l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Le projet prévoit le transport d’hydrogène renouvelable à travers un réseau d’environ 3 300 kilomètres, avec un potentiel d’importation de plus de 4 millions de tonnes par an depuis l’Afrique du Nord. Pour l’Algérie, l’enjeu ne se limite donc pas à exporter une nouvelle ressource énergétique. Le développement de l’hydrogène vert pourrait également favoriser l’émergence d’une chaîne de valeur locale, avec des investissements dans les énergies renouvelables, les unités d’électrolyse, les infrastructures de transport et de stockage ainsi que dans les services et technologies associés. Hydrogène vert un corridor stratégique entre l’Algérie et l’Europe

Les obstacles qui freinent encore les exportateurs

Malgré cette dynamique institutionnelle, le terrain reste semé d'embûches. Lors du salon agroalimentaire IFSA Africa 2026 à Tunis, le président de l'Association nationale des exportateurs algériens a dressé un état des lieux lucide : la fiabilité des délais de livraison demeure essentielle pour les clients étrangers, qui exigent un approvisionnement régulier, et l'accès au foncier économique reste un point à optimiser. Un meilleur accès aux financements bancaires a néanmoins permis, ces derniers mois, de finaliser plusieurs projets d'investissement. Il faut aussi replacer ces performances dans un contexte macroéconomique plus large. Au premier semestre 2025, l'Algérie affichait un déficit commercial de près de 5,5 milliards de dollars, avec un taux de couverture des importations en recul à 81,1 %. Les termes de l'échange se sont également dégradés sur la période. Autant de signaux qui rappellent que la progression du hors-hydrocarbures, aussi réelle soit-elle, ne suffit pas encore à rééquilibrer les comptes extérieurs du pays.

Un cap encore loin d'être atteint

L'Algérie a incontestablement changé de braquet en matière d'exportations hors hydrocarbures. Les chiffres le confirment, les réformes institutionnelles s'accélèrent et le marché africain ouvre des perspectives inédites. Mais l'objectif de 29 à 30 milliards de dollars fixé pour 2030 reste, à ce jour, hors de portée immédiate. La véritable question n'est donc pas de savoir si l'Algérie exporte davantage, ce qui est déjà acquis, mais si elle parvient à diversifier réellement son offre, à réduire sa dépendance aux marchés concentrés et à préparer ses industries lourdes aux nouvelles contraintes environnementales internationales. C'est là que se jouera, dans les années à venir, la crédibilité de ce pari économique que l'Algérie a résolument engagé.

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