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Une mobilisation qui s’installe dans la durée

Une mobilisation qui s’installe dans la durée

À Beyrouth, la campagne « Un million de livres pour le Liban » a franchi mercredi 7 octobre une nouvelle étape. Lancée par Tālīd, le Réseau national pour la protection des bibliothèques, des archives et du patrimoine culturel au Liban, l’initiative vise à reconstituer les collections détruites ou dispersées, à soutenir les établissements touchés et à redonner accès aux livres aux populations déplacées.

Le rendez-vous, fixé à 17 heures au Syndicat de la presse libanaise, à Raouché, devait donner une nouvelle visibilité à une mobilisation déjà engagée dans plusieurs régions du pays. Avant cette étape beyrouthine, plus de 40 000 ouvrages avaient été réunis. Ce chiffre, communiqué au début du mois, constituait le dernier bilan disponible au moment de la rencontre. La collecte devait se poursuivre au-delà du 7 octobre. Tālīd appelle à la mobilisation de tous les acteurs de la chaîne du livre : particuliers, éditeurs, auteurs, traducteurs, libraires, bibliothèques, établissements scolaires et universitaires, municipalités, associations et membres de la diaspora. Les contributions ne se limitent pas aux dons d’ouvrages. Le réseau recherche également des soutiens pour la remise en état des livres et des lieux qui pourront les accueillir.

Une campagne lancée dès juillet

Le projet avait été lancé le 10 juillet à la Bibliothèque nationale du Liban, dans le quartier de Sanayeh, à Beyrouth. Tālīd avait alors présenté son « Appel mondial de Beyrouth », destiné à mobiliser les institutions et les professionnels de la culture autour de la sauvegarde du patrimoine documentaire libanais.

La collecte s’est ensuite déplacée vers plusieurs régions. Tripoli a accueilli une première étape à la mi-août, en partenariat avec la Ligue culturelle de la ville. D’autres opérations ont suivi à Baakline, puis à Barja. Le rendez-vous du 7 octobre à Beyrouth s’inscrivait donc dans une campagne déjà largement amorcée sur le terrain.

Pour Tālīd, la question dépasse d’ailleurs la seule récupération des livres. Le réseau souhaite également dresser un état des lieux des dégâts subis par les bibliothèques, les archives et différentes institutions culturelles, afin que les pertes puissent être documentées et que les opérations de reconstruction soient préparées.

Plus de 40 000 livres à trier et à redistribuer

Réunir des milliers de livres ne constitue toutefois que la première partie du travail. Les ouvrages collectés doivent désormais être enregistrés, classés et répartis en fonction de leur langue, de leur contenu et des besoins des établissements auxquels ils seront destinés.

La diversité des dons reflète celle du paysage culturel libanais. Des ouvrages en arabe, en français, en anglais, en espagnol ou encore en arménien figurent parmi les collections réunies. Certains volumes doivent également être réparés avant de pouvoir retrouver une place dans une bibliothèque.

Cette étape de tri sera déterminante pour éviter que l’objectif du million ne se résume à un simple chiffre. L’ambition est de faire parvenir les livres aux endroits où ils seront réellement utiles, en priorité dans les établissements qui ont perdu une partie importante de leurs fonds.

Des bibliothèques au cœur des communautés

À Bint Jbeil, l’ampleur des pertes donne une idée concrète du défi. La bibliothèque publique comptait plus de 15 000 ouvrages et accueillait chaque mois environ 1 500 visiteurs. Elle proposait également de nombreuses activités culturelles avant d’être entièrement détruite.

D’autres bibliothèques publiques ont également disparu ou subi de lourds dégâts, notamment à Aïtaroun et Taybeh. Dans certaines régions, Tālīd envisage par ailleurs des solutions temporaires afin de maintenir un accès aux livres pour les populations déplacées. Des locaux provisoires pourraient ainsi accueillir des collections destinées aux habitants de villages comme Houla, Odaisseh ou Bint Jbeil.

L’objectif affiché reste la collecte d’un million de livres. Mais derrière ce nombre se joue une ambition plus vaste : reconstruire des bibliothèques, préserver des fonds documentaires et permettre à des lieux qui étaient aussi des espaces de rencontre et de transmission de retrouver leur fonction. campagne entre ainsi dans une phase où la quantité devra désormais laisser place à l’organisation et à la redistribution. Après les premières dizaines de milliers de livres rassemblés, l’enjeu sera de transformer cette mobilisation en collections accessibles et durables, au service des lecteurs et des communautés qui ont perdu leurs bibliothèques. R. C.

Source : La Nouvelle République

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