Six mois après l’annonce initiale, faite en janvier à l’issue d’une réunion à Alger, le PDG d’Opel, Florian Huettl, était de retour cette semaine. Il était accompagné d’une délégation de haut niveau, comprenant notamment Xavier Chéreau, président du conseil d’administration de la marque.
Une semaine plus tôt, Falk Zimpel, responsable d’Opel pour le Moyen-Orient et l’Afrique, avait effectué un déplacement en Algérie. Cette succession de visites traduit en effet la volonté du constructeur allemand d’avancer rapidement sur ce dossier.
Si aucun détail n’a, pour l’instant, été communiqué sur l’état d’avancement concret du projet d’usine, le président du Conseil du renouveau économique algérien (CREA), Kamel Moula, qui s’est entretenu mercredi dernier avec les responsables de la marque allemande Opel, a précisé que cette visite visait à accélérer le développement de l’industrie automobile en Algérie, notamment à travers le renforcement de la base industrielle locale.
«Cette visite avait pour objectif d’accélérer le développement de l’industrie automobile en Algérie, notamment en renforçant la base industrielle, ainsi que d’explorer les perspectives de développement futur de la marque Opel sur le marché algérien», a indiqué le président de la principale organisation patronale algérienne.
Une déclaration qui confirme à la fois l’intérêt des Allemands pour une implantation en Algérie et que le projet d’usine d’Opel est sur la bonne voie.
D’ailleurs, des experts et spécialistes s’attendent à ce qu’une annonce importante soit faite sur ce projet, la semaine prochaine, lors de la visite d’État du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, à Berlin.
Opel, deuxième marque du groupe Stellantis à parier sur l’Algérie
Le projet avait été dévoilé en janvier par Samir Cherfan, directeur des opérations de Stellantis pour l’Afrique et le Moyen-Orient, qui avait présenté le choix de l’Algérie comme celui d’un nouveau site de production hors d’Europe pour la marque allemande. Une décision présentée comme une étape importante, non seulement pour Opel, mais aussi pour l’Algérie, qui ambitionne de devenir un véritable pôle industriel de l’automobile.
Grâce à sa position géographique, à ses infrastructures de base performantes, à une énergie à coût compétitif et à une main-d’œuvre qualifiée, l’Algérie dispose d’atouts importants pour atteindre cet objectif. D’autant que la marque italienne Fiat, implantée dans le pays depuis 2023, poursuit le développement de ses activités.
Une dynamique confirmée par les responsables de la marque, qui entendent faire de leur usine d’Oran une plaque tournante pour l’exportation vers les marchés africains, asiatiques et du Moyen-Orient.
En effet, le choix du constructeur Opel de s’implanter en Algérie n’est pas fortuit. Il s’appuie, selon Samir Cherfan, sur le lancement commercial réussi de la marque en Algérie dès 2023 et sur la dynamique créée depuis entre le constructeur et le marché algérien. «Opel a choisi l’Algérie pour son nouveau site de production hors d’Europe», a indiqué le directeur général d’Opel Automotive GmbH, Florian Huettl, sur le réseau social professionnel LinkedIn.
«L’Algérie est une région qui retient particulièrement notre attention depuis deux ans. L’approfondissement constant de nos partenariats nous a conduits à une nouvelle étape : une unité de production dédiée en Algérie, conçue pour servir les clients algériens et compléter le réseau de fabrication européen bien établi d’Opel», a-t-il ajouté, faisant état d’une récente réunion de travail avec des responsables algériens.
Le dirigeant de la marque allemande a également souligné que « la production locale, l’intégration industrielle et l’investissement à long terme sont des moteurs essentiels d’une croissance durable, tant pour les clients et les partenaires que pour l’industrie algérienne ».
Ni la taille ni la localisation exacte de la future usine n’ont, pour l’heure, été précisées. Le constructeur allemand affiche néanmoins des ambitions claires : faire de ce site algérien un maillon complémentaire de son réseau de production européen, capable de desservir non seulement le marché algérien, mais aussi l’ensemble de la région Moyen-Orient et Afrique. La logique affichée par le groupe est de produire dans la région pour la région.
Opel affiche également l’ambition de développer l’écosystème automobile algérien, de créer de nouvelles opportunités pour les clients, les partenaires et l’industrie locale, tout en apportant sur place le savoir-faire de l’ingénierie allemande.
Un pari qui s’inscrit dans une stratégie mondiale de Stellantis
Cette offensive d’Opel en Algérie s’inscrit dans une stratégie plus large du groupe Stellantis, qui a dévoilé en mai dernier son plan « FaSTLAne 2030 », prévoyant un investissement de 60 milliards d’euros pour soutenir sa croissance à l’échelle mondiale.
Dans la région Afrique et Moyen-Orient, le groupe ambitionne d’atteindre, d’ici à 2030, une production annuelle d’un million de véhicules, avec un taux d’intégration locale pouvant atteindre 90 %.
Ainsi, le projet Opel ne se limite pas à l’assemblage final : il s’accompagne d’une mobilisation croissante des équipementiers allemands. Une délégation d’industriels spécialisés dans l’automobile et la sous-traitance a récemment effectué une tournée à Alger et à Oran, sous l’égide de la Chambre algéro-allemande de commerce et d’industrie (AHK Algérie) et du ministère fédéral allemand de l’Économie.
Parmi les premiers projets concrets figure l’implantation, à Oran, d’une usine de systèmes d’échappement à capitaux allemands, dont Stellantis sera le premier client. Un signal fort de la constitution progressive d’un écosystème industriel autour du futur site Opel.
Selon le dernier rapport de l’agence Germany Trade & Invest (GTAI), l’Allemagne figurait déjà, en 2024, parmi les principaux fournisseurs de véhicules de l’Algérie, aux côtés de la France et de la Chine. Le même rapport souligne toutefois que l’industrie algérienne de la sous-traitance reste largement à construire.
Selon les chiffres officiels, le pays ne compterait aujourd’hui qu’environ 200 sous-traitants et fabricants de pièces automobiles, principalement actifs sur le marché de la pièce de rechange, très loin des besoins qu’impliquerait une production automobile à grande échelle.
H. O.
Un marché algérien encore largement sous-approvisionné
L’enjeu, pour l’Algérie, dépasse le seul symbole industriel. Selon le rapport de Germany Trade & Invest, les besoins annuels du marché algérien sont estimés à près de 500 000 véhicules, un volume que ni la production locale ni les importations ne parviennent aujourd’hui à satisfaire. Le ministre de l’Industrie, Yahia Bachir, a fait état de plus de96 000 véhicules importés en 2025, en grande partie par des particuliers, faute de nouveaux quotas attribués aux concessionnaires depuis2023. Dans ce contexte de pénurie structurelle, plusieurs constructeurs, notamment asiatiques, ont déjà annoncé des projets d’investissement en Algérie, parmi lesquels Hyundai, Geely, Chery et Jetour. Toutefois, Stellantis demeure à ce jour le seul groupe à produire effectivement des véhicules particuliers sur le sol algérien, grâce à son usine de Tafraoui. En somme, l’éventuelle arrivée d’Opel en Algérie ouvrirait une nouvelle phase de développement de l’industrie automobile nationale. Ce projet pourrait jouer un rôle structurant dans la création d’un réseau de sous-traitance, l’intégration progressive de composants fabriqués localement et le renforcement des compétences industrielles avec pour objectif de faire émerger un pôle automobile compétitif, capable de répondre aux besoins du marché national et de conquérir de nouveaux marchés régionaux.
H. O.




























