L’extension des réseaux numériques en Algérie ouvre une nouvelle étape, celle de l’efficacité des services. C’est l’enjeu que dégage le deuxième numéro d’Algeria Digital Brief, consacré à août-octobre 2026. Dans cette publication du Cercle d’action et de réflexion pour l’entreprise (CARE), signée par son vice-président, Ali Kahlane, les progrès des infrastructures sont établis.
Leur traduction en usages réguliers, en démarches simplifiées et en capacités technologiques appelle une appréciation plus rigoureuse.
Le paiement électronique révèle les limites d’une évaluation fondée sur le seul parc d’équipements. Selon les données du Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE Monétique) reprises dans la note, le parc de terminaux de paiement électronique (TPE) a augmenté de 47 % entre janvier et juillet 2026, contre 28 % pour les transactions.
Le nombre moyen de paiements par terminal est ainsi passé de quinze en janvier à treize en juillet. L’élargissement du parc ne se traduit donc pas par une utilisation moyenne plus soutenue. CARE recommande de publier un taux d’activité réel des terminaux pour mieux mesurer la diffusion du paiement par carte.
Les règlements sur Internet appellent, eux aussi, à distinguer montants échangés et fréquence des usages. Entre janvier et août 2026, les opérations recensées ont atteint 376,19 milliards de dinars, soit 2,6 fois la valeur enregistrée durant toute l’année 2025. Leur nombre, à 22,89 millions, représente toutefois 84 % du total de l’année précédente.
Plusieurs pics de valeur correspondent notamment aux versements du programme de location-vente et aux paiements du Hadj, selon les explications du GIE Monétique rapportées par CARE. Ces règlements témoignent d’un recours croissant aux circuits dématérialisés pour certaines dépenses importantes. Ils ne suffisent pas à établir une généralisation comparable des achats courants en ligne.
Le paiement mobile interbancaire révèle aussi l’écart entre disponibilité et adoption du service. À fin août, DZ Mob Pay totalise 131 705 comptes particuliers et 18 730 comptes commerçants, pour 4 938 paiements par code QR durant ce mois.
Les retraits aux distributeurs ont, pour leur part, atteint 431,73 milliards de dinars en août. Ces opérations différentes ne sont pas directement comparables. Leur coexistence souligne néanmoins la place que les espèces conservent dans les pratiques.
L’interopérabilité constitue un acquis technique dont la portée économique dépend encore de l’élargissement des usages.
La simplification suppose de pouvoir achever une formalité depuis un compte unique
La numérisation administrative se heurte à une exigence similaire. Le million d’inscrits atteint par Dzaïr Digital Services au 21 septembre, moins de trois mois après son ouverture, mesure l’audience du portail. Il ne renseigne pas sur le nombre de procédures menées à leur terme sans déplacement.
CARE propose de suivre les démarches intégralement réalisées en ligne, les délais de traitement et les justificatifs supprimés. Pour l’usager, la simplification suppose de pouvoir achever une formalité depuis un compte unique, sans saisir à nouveau des informations déjà transmises à l’administration.
L’organisation des échanges de données devient aussi décisive que la création de services. Le président de la République a ordonné, le 20 septembre, l’élaboration d’un décret sur l’interopérabilité numérique sécurisée. CARE préconise un calendrier, des référentiels communs et une liste des administrations concernées.
Les droits d’accès, les responsabilités et les règles de mise à jour doivent donner à ces échanges un cadre durable. L’efficacité de la connexion repose ainsi sur des règles communes d’exploitation des données.
L’intelligence artificielle soulève, enfin, la question des capacités réellement mobilisables. Quatre grands modèles de langage ont été annoncés, dont deux présentés comme achevés. Les informations publiques examinées par CARE au 30 octobre ne permettent cependant d’établir ni la puissance de calcul disponible, ni le nombre de processeurs graphiques, ni le budget consolidé.
Le nombre de projets ne suffit donc pas à apprécier la capacité technologique. De même, la certification Tier III Design obtenue le 2 septembre pour le deuxième Centre national de données de Blida valide sa conception, sans attester sa mise en exploitation.
Avec quatre millions d’abonnements à la fibre optique jusqu’au domicile début octobre, l’Algérie dispose d’une base de connectivité plus étendue. L’enjeu est désormais de convertir cette capacité en services fiables et accessibles. Pour l’entreprise, les gains se mesurent au temps consacré aux formalités, à l’accès aux ressources de calcul et à la facilité de recevoir un paiement.
T. A. L.




























