Le projet SoutH2 Corridor franchit une nouvelle étape. La deuxième réunion ministérielle des pays partenaires s’est tenue jeudi 1er octobre 2026 au Centre international de conférences Abdelatif-Rahal, à Alger, dans le prolongement du processus lancé l’an dernier à Rome, selon l’APS. Elle s’est conclue par la signature d’une Déclaration commune d’intentions politiques.
L’enjeu est de taille. D’après l’APS, le projet prévoit l’acheminement de 4 millions de tonnes d’hydrogène vert par an de l’Algérie vers l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche, sur 3 000 km, soit 10% de la demande européenne attendue pour ce combustible propre à l’horizon 2040. L’hydrogène transiterait par la Tunisie et emprunterait les gazoducs de gaz naturel existants, après leur modernisation et leur adaptation.
L’hydrogène vert se construira ensemble
Côté algérien, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, Mourad Adjal, a donné le ton. Selon l’APS, il a réitéré «l’engagement total de l’Algérie» et sa détermination à «préserver son rôle d’acteur central dans les relations énergétiques avec l’Europe».
Pour le ministre, le Corridor Sud de l’hydrogène n’est pas un simple projet de création d’infrastructures énergétiques, mais le socle de la future économie de l’hydrogène dans le bassin méditerranéen, selon l’APS.
Du côté européen, le ministre fédéral autrichien de l’Économie, de l’Énergie et du Tourisme, Wolfgang Hattmannsdorfer, a livré l’une des déclarations les plus appuyées.
À l’issue de l’audience accordée par le président Abdelmadjid Tebboune aux ministres des pays engagés dans le projet, il a affirmé, dans des propos recueillis par l’APS, que le SoutH2 Corridor est «bien plus qu’un réseau de pipelines énergétiques», un projet qui rapproche cinq pays dans un contexte de mutations géopolitiques où il faut déterminer «qui sont nos amis fiables». Pour Vienne, l’Algérie est un «partenaire solide».
La dimension industrielle est centrale. «Nous voulons sécuriser les approvisionnements en hydrogène pour notre industrie», a-t-il déclaré, selon la même source, estimant que le maintien de l’industrie en Autriche, en Allemagne et en Italie passe par une relation étroite avec l’Algérie et la Tunisie.
Il a ajouté que le projet offre à l’économie autrichienne de grandes possibilités d’investissement direct en Algérie, notamment dans les énergies renouvelables, où son pays revendique un leadership technologique.
Le secrétaire d’État au ministère fédéral allemand de l’Économie et de l’Énergie, Frank Wetzel, a mis l’accent sur l’urgence. «Nous ne devons pas perdre de temps», a-t-il averti, d’après l’APS, soulignant que l’industrie européenne, notamment en Allemagne et en Autriche, a besoin d’approvisionnements en hydrogène pour accompagner sa transformation industrielle.
Constatant «un large terrain d’entente», il a jugé que le projet constitue une «formidable opportunité» dont «les principaux fondements sont déjà en place», selon les déclarations recueillies par l’APS.
Reçu séparément par le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures, Mohamed Arkab, M. Wetzel a salué, selon un communiqué du ministère rapporté par l’APS, «la place centrale» de l’Algérie en tant que partenaire énergétique majeur, et l’intérêt des entreprises allemandes à renforcer leur présence sur le marché algérien.
Étaient présents des représentants de Bosch, Siemens Energy, VNG et Thyssenkrupp Nucera. M. Arkab a, pour sa part, appelé ces entreprises à participer à l’appel à concurrence «Algeria Bid Round 2026».
Le ministre italien de l’Environnement et de la Sécurité énergétique, Gilberto Pichetto Fratin, a salué le soutien du chef de l’État algérien. «J’ai eu l’honneur de rencontrer le président de la République, qui nous a reçus chaleureusement et qui a réaffirmé son soutien à ce grand projet», a-t-il déclaré, selon l’APS.
Pour lui, l’initiative doit «créer toutes les conditions à même d’assurer un avenir meilleur, non seulement sur le plan énergétique, mais aussi pour le bien-être de nos citoyens».
Le ministre tunisien de l’Équipement et de l’Habitat, chargé de la gestion du ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Slah Zouari, a pour sa part qualifié le SoutH2 Corridor d’infrastructure stratégique pour l’énergie propre appelée à relier l’Afrique du Nord à l’Europe. Il a indiqué que toutes les études réalisées à ce jour «confirment l’importance de ce projet».
La Déclaration d’Alger : un cadre politique pour un dialogue structuré
Au terme des travaux, les cinq partenaires ont signé la Déclaration d’Alger, une Déclaration commune d’intentions politiques, selon l’APS. Ils y ont réaffirmé l’importance stratégique du SoutH2 Corridor, présenté comme un levier d’intégration régionale, de coopération énergétique et de compétitivité industrielle, destiné à favoriser le développement conjoint de la filière de l’hydrogène vert entre l’Afrique du Nord et l’Europe.
Le texte consacre aussi l’engagement commun des ministres à sécuriser et à diversifier les approvisionnements énergétiques de la région. D’après l’APS, ils se sont engagés à renforcer la coopération entre toutes les parties concernées : gestionnaires de réseaux de transport, autorités nationales de régulation, institutions financières, producteurs et acheteurs.
Surtout, les participants ont affiché leur soutien politique à la poursuite du projet par l’instauration d’un dialogue régulier et structuré entre les pays partenaires, indique la même source. L’objectif est de créer les conditions d’une filière de l’hydrogène «compétitive, durable et intégrée», articulée autour du corridor.
Les ministres ont par ailleurs pris connaissance des progrès de l’Alliance Algérie-Europe pour l’hydrogène (ALTEH2A) et échangé avec les représentants du secteur énergétique des cinq pays sur les opportunités d’investissement en Algérie.
ALTEH2A : les premiers résultats de l’étude de faisabilité attendus en 2027
C’est le ministre Mourad Adjal qui a fixé l’échéance. Selon le communiqué du ministère, il a annoncé que les premiers résultats de l’étude de faisabilité du projet ALTEH2A seront publiés en 2027.
Les travaux, a-t-il indiqué, ont «franchi une étape importante» avec le lancement de cette étude, qui porte sur l’identification et l’analyse des sites potentiels de production d’hydrogène renouvelable en Algérie, la détermination du coût du projet, l’étude des différentes options de transport et l’évaluation des capacités du marché européen.
Il convient de distinguer les deux volets, précise l’APS : ALTEH2A vise à exploiter les énergies renouvelables pour produire de l’hydrogène vert en Algérie, tandis que le SoutH2 Corridor concerne les infrastructures et les gazoducs transfrontaliers chargés de l’acheminer vers l’Europe.
Les partenaires n’entendent pas s’arrêter là. Le ministre tunisien Slah Zouari a indiqué, selon l’APS, que la réunion avait permis de «convenir de la réalisation d’études complémentaires, afin de passer, dans un avenir proche, à l’annonce des modalités de réalisation de ce projet».
Le chemin parcouru est déjà notable, rappelle l’APS : en octobre 2024, Sonatrach et Sonelgaz ont signé à Oran un mémorandum d’entente avec VNG, Snam, S Corridor et Verbund Green Hydrogen pour évaluer la faisabilité d’un projet intégré. L’agence relève que le coût de production de l’hydrogène vert en Algérie oscille entre 1,2 et 2 dollars le kilogramme, contre 5 à 6 dollars en Europe.
S. I.
Un potentiel réel, des défis à lever
Deux publications récentes éclairent le contexte du SoutH2 Corridor. Dans son article du 27 juillet 2026, Eco Times, citant la plateforme attaqa.net, rappelle que l’Algérie vise 30 % d’énergies renouvelables dans son mix électrique d’ici 2035 et a lancé quatre projets pilotes d’hydrogène vert avant fin 2024, dont trois gérés par Sonatrach (2 à 4 MW). Le site d’Arzew, d’une capacité de 50 MW, est cofinancé par l’Allemagne à hauteur de 20 millions d’euros. La stratégie nationale s’étale sur trois phases : 2023-2030, 2030-2040 et 2040-2050. Le budget dédié est estimé entre 20 et 25 milliards de dollars. L’Algérie est aussi pressentie pour d’autres corridors européens, comme SunsHyne 3 400 km et SEEHyC 3 132 km.
Côté marché, Mordor Intelligence estime la capacité renouvelable installée à 2,23 GW en 2026, contre 14,59 GW attendus en 2031, soit une croissance annuelle de 45,6 %. Le solaire représentait 61,95 % du parc en 2025, tandis que l’éolien devrait passer de 52 MW à 5 010 MW. Le cabinet cite parmi les freins la dominance de Sonelgaz, qui retarde les contrats d’achat d’électricité, les faiblesses du réseau dans le Sud et le risque de change. La suppression de la règle des 51/49 pour les investisseurs étrangers, relèvet-il, a ouvert le secteur aux capitaux privés. Mordor évalue le corridor à 3 500 – 4 000 km, et table sur plus d’un million de tonnes exportées par an après 2031.
S. I.





























