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SILA 2026 : Bilan du Salon international du livre d’Alger et affluence record de visiteurs

SILA 2026 : Bilan du Salon international du livre d’Alger et affluence record de visiteurs

  • Le Salon international du livre d’Alger a accueilli plus de 6,2 millions de visiteurs pour sa 29e édition au Palais des expositions.
  • L’Arabie saoudite était l’invitée d’honneur de cette édition, tandis que le sultanat d’Oman lui succèdera en 2027.
  • Les jeunes lecteurs se sont tournés vers la fantasy, les romans d’épouvante, les enquêtes criminelles et le développement personnel.
  • Les bibliothèques publiques algériennes ont enregistré environ 146 000 lecteurs inscrits et 229 000 prêts de livres selon le bilan de 2025.
  • Faute d’enquête nationale régulière récente, il reste difficile de mesurer précisément les habitudes de lecture de l’ensemble de la population.

Le Salon international du livre d’Alger a accueilli plus de 6,2 millions de visiteurs en 2026, un chiffre que peu de salons au monde atteignent. Mais cette affluence reflète-t-elle un vrai goût pour la lecture ? Bilan du salon, livres les plus recherchés, bibliothèques publiques et enquêtes disponibles : ce que disent les chiffres.

SILA 2026 : plus de 6,2 millions de visiteurs en dix jours

La 29e édition du Salon international du livre d’Alger a fermé ses portes le samedi 7 novembre, au Palais des expositions des Pins maritimes. Elle a accueilli 6 270 427 visiteurs jusqu’au vendredi 6 novembre à 20 heures, selon le commissaire du salon, Mohamed Iguerb. La journée du vendredi a, à elle seule, attiré un record de 886 546 visiteurs.

Le salon a réuni 1 567 maisons d’édition de 51 pays, sur 45 500 m² : 350 éditeurs algériens, 554 éditeurs arabes et 663 venus du reste du monde. Ils ont proposé près de 300 000 titres. Près de 1 000 activités culturelles, entre conférences, rencontres et soirées poétiques, ont aussi animé cette édition, dont notre guide du SILA 2026 présentait le programme.

L’Arabie saoudite était l’invitée d’honneur de cette édition. Le sultanat d’Oman lui succédera en 2027. Le salon reste ainsi l’un des plus grands rendez-vous du livre dans le monde arabe et en Afrique.

Fréquentation du SILA : un record, mais une hausse modeste sur un an

Le chiffre de 2026 confirme la popularité du salon, mais la hausse reste limitée par rapport à 2025. L’édition précédente avait accueilli 6 241 718 visiteurs. D’après nos calculs, la progression atteint donc environ 28 700 visiteurs, soit à peine 0,5 %.

Le bilan de 2026 ne compte toutefois pas la dernière journée, le samedi 7 novembre. Le total final sera donc un peu plus élevé. Sur deux ans, la progression reste spectaculaire : le salon avait accueilli 4,3 millions de visiteurs en 2024, soit environ 46 % de moins qu’en 2026.

ÉditionVisiteursPic journalierMaisons d’édition
2024 (27e)4,3 millions863 000—
2025 (28e)6 241 718850 9141 254
2026 (29e)6 270 427 (jusqu’au vendredi)886 5461 567

L’offre a, elle, nettement progressé : le nombre de maisons d’édition a augmenté d’environ 25 % en un an. Il faut aussi garder en tête une limite du comptage. Les visiteurs ne sont pas des personnes uniques : un même lecteur peut venir plusieurs fois au salon.

Que lisent les Algériens ? Fantasy, épouvante et livres de psychologie en tête

Dans les allées du salon, les jeunes lecteurs se sont surtout tournés vers la fantasy, les romans d’épouvante et les enquêtes criminelles. Les stands de maisons d’édition spécialisées dans ces genres ont attiré de longues files d’attente. Le folklore et les légendes algériennes inspirent aussi de nouveaux romans d’épouvante, très prisés des adolescents.

Les livres de psychologie et de développement personnel ont connu un succès record. Les titres consacrés à l’anxiété, aux blessures de l’enfance ou au charisme figuraient parmi les meilleures ventes de nombreux stands. Les réseaux sociaux, qui diffusent largement ces thèmes, alimentent cette demande.

Les grands classiques gardent leur public, mais sous une nouvelle forme. De nombreux éditeurs proposent désormais des versions abrégées d’ouvrages majeurs, comme la Muqaddima d’Ibn Khaldoun. Ces formats courts séduisent des lecteurs pressés, qui veulent l’essentiel sans s’engager dans des milliers de pages.

Influenceurs, ChatGPT : comment les jeunes choisissent leurs livres

Les files d’attente les plus longues se sont formées devant les stands d’influenceurs devenus auteurs. Des milliers de jeunes de 17 à 24 ans ont attendu des heures pour obtenir un livre et une photo avec leur créatrice préférée. Ces scènes posent une question : achète-t-on le livre pour le lire, ou pour appartenir à une communauté en ligne ?

Autre nouveauté de cette édition, de nombreux jeunes visiteurs choisissent désormais leurs livres avec des applications d’intelligence artificielle. Devant les rayons, ils décrivent leurs goûts à ChatGPT ou à Gemini, qui leur suggèrent des titres précis. Face à des centaines de milliers d’ouvrages, l’outil leur fait gagner du temps.

Les grands noms de la littérature algérienne continuent toutefois d’attirer les foules. Les séances de dédicace de Waciny Laredj, Yasmina Khadra ou Amine Zaoui ont rassemblé de nombreux lecteurs. Les classiques et les auteurs reconnus gardent ainsi une place à côté des nouveaux phénomènes de librairie.

Bibliothèques publiques : 146 000 lecteurs inscrits en 2025

Hors du salon, les bibliothèques publiques donnent une autre mesure de la lecture. Selon le bulletin statistique 2025 du ministère de la Culture, l’Algérie compte 177 bibliothèques de lecture publique. Elles ont enregistré environ 146 000 lecteurs inscrits et 229 000 prêts de livres sur l’année.

D’après nos calculs, cela représente en moyenne un peu plus d’un prêt et demi par lecteur inscrit et par an. Ces bibliothèques proposent plus de 227 000 titres en arabe et en tamazight, et environ 61 000 en langues étrangères. Ces chiffres restent très éloignés des 6,2 millions de visiteurs du salon.

Les Algériens lisent-ils ? Ce que disent les enquêtes

Faute d’enquête nationale régulière, il reste difficile de mesurer la lecture en Algérie. La principale étude publiée date de 2018. Le Centre national du livre l’a menée avec l’École nationale supérieure de statistique et d’économie appliquée, auprès de 1 000 personnes dans dix wilayas.

Selon ce sondage, 95,6 % des personnes interrogées disent aimer lire, et 52 % préfèrent les romans et les contes. Le nombre de livres lus reste toutefois modeste : plus d’un tiers des sondés lisent entre 1 et 5 livres par an, et près d’un sur cinq un seul livre. L’échantillon comptait surtout des jeunes, des femmes et des étudiants interrogés dans les bibliothèques, et ne reflète donc pas l’ensemble de la population.

Une autre étude, l’indice arabe de la lecture 2016, donne des chiffres plus optimistes. Réalisée par le Programme des Nations unies pour le développement et la Fondation Mohammed Ben Rashid Al Maktoum, elle attribue aux Algériens 36 heures de lecture et 18 livres par an. L’écart entre ces deux études montre surtout combien il manque des données récentes et fiables.

Librairies, école, numérique : comment transformer les visiteurs en lecteurs

Les personnes interrogées en 2018 citaient elles-mêmes plusieurs freins à la lecture. Elles évoquaient l’omniprésence des réseaux sociaux, le manque de librairies et le rôle insuffisant des parents et de l’école. Loin des foules du salon, la réalité peut être plus rude : en octobre, l’écrivain Hamed Yassine a attendu en vain des lecteurs lors d’une séance de dédicace dans sa ville de Bir El Ater, dans la wilaya de Tébessa, comme le racontait notre article sur cette dédicace sans lecteurs.

Pour les spécialistes, le numérique ne fait pas disparaître la lecture, mais en change les formes. Les lecteurs passent désormais du livre papier au téléphone et aux plateformes en ligne, selon leurs besoins. La ministre de la Culture, Malika Bendouda, a d’ailleurs appelé à faire du salon un rendez-vous professionnel, tourné vers la traduction et le livre numérique.

C’est peut-être là le paradoxe du SILA. Son succès montre que le désir de livres existe, mais il révèle aussi un accès limité au livre le reste de l’année. Des bibliothèques plus attractives, la lecture-plaisir à l’école et une enquête nationale régulière permettraient de transformer ces millions de visiteurs en lecteurs réguliers.

Source : Algérie 360

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