« Les fruits pourris finissent par tomber tout seuls. » Le Maroc apprend le sens de ce dicton à ses dépens. Les résultats de sa politique étrangère, marquée notamment par la poursuite de l’occupation du Sahara occidental, les alliances contre nature concoctées avec des forces extérieures à la région et l’attitude belliqueuse à l’égard du voisin de l’Est, commencent à lui revenir en pleine figure. Tous les indicateurs de la carte géopolitique et des rapports de forces en Afrique du Nord et dans la région sahélo-saharienne donnent le Maroc comme candidat favori à l’isolement géopolitique. Face aux vents contraires, et contrairement à Tariq ibn Ziyad, le légendaire guerrier berbère et chef musulman qui a conquis l’Espagne sous le cri de combat encourageant ses troupes : « La mer est derrière vous et l’ennemi est devant vous, il n’y a aucune fuite possible », le Makhzen est mal parti pour être en droit ou en capacité de s’emparer des enclaves espagnoles de Ceuta et de Melilla, objet des convoitises marocaines. Étant déjà peu gâté par la géographie, le Maroc a vu son cas aggravé par la situation et les évolutions géopolitiques en cours. Bordé par la mer Méditerranée et les territoires ibériques au nord, le Maroc est, malheureusement pour lui, en mauvais termes avec l’Espagne. À cause de la crise migratoire de Ceuta et des positions diplomatiques espagnoles contraires aux siennes et à celles de ses alliés sionistes et émiratis, le Maroc perd le nord. Au Sud, il est explicitement établi que le Makhzen a des soucis avec la légalité et le droit international à cause de son occupation du Sahara occidental. À l’ouest, l’allié américain semble préoccupé par des problèmes bien plus compliqués comme les tensions avec l’Europe et la Chine ou encore le conflit explosif au Moyen-Orient. Quant à la récente réunion tenue à New York entre Israël et le Maroc – pour une histoire d’élever leurs représentations diplomatiques au statut d’ambassades – sous l’égide de l’Oncle Sam, l’impact recherché à travers ce spectacle a mal tourné. Et pour cause, après les accords d’Abraham, le Maroc ne pouvait plus se permettre de faire machine arrière. D’où ce que vient de révéler notre diplomate Amar Belani, à propos des dernières manœuvres maroco-émiraties dans la région. En effet, depuis quelques jours, Rabat et Abou Dabi multiplient les initiatives à l’égard de la Mauritanie, un pays qu’ils tentent « d’attirer dans l’orbite des Accords d’Abraham ». L’objectif étant de chercher une échappatoire un peu vers le sud, surtout que l’initiative Atlantique qui promet l’illusion d’un accès aux pays de la région sur l’océan est mort-née. À l’est, les ponts étant coupés et les frontières étant fermées, le Makhzen bute, en plus, sur la reconquête diplomatique de l’Algérie dans la région. C’est pourquoi, le Maroc est sous le coup d’un isolement géopolitique imminent.
Farid Guellil
























