La scène politique espagnole est en pleine ébullition ces dernières semaines. Le président du gouvernement Pedro Sanchez y est pour grand-chose. Il en est même le principal instigateur depuis qu’il a dissous les Cortes (Parlement dans ses deux chambres) et a convoqué des élections générales anticipées pour le 29 novembre prochain. Le motif direct de cette décision était le rejet par le Congrès des députés de deux décrets qui proposent, pour mettre fin à la crise du logement, une limitation des hausses de loyers et l’interdiction de l’expulsion des personnes vulnérables jusqu’en 2030. La coalition formée autour du Parti socialiste ouvrier (PSOE) étant déjà fragilisée depuis la reconduction de Sanchez au pouvoir en novembre 2023, en raison de la montée en puissance de l’alliance parlementaire de l’extrême droite. Au Parlement, la coalition au pouvoir a perdu le vote du plan de sortie de crise de Sanchez malgré les voix, qui comptent certes, de l’alliance de gauche (Sumar) avec le soutien opportuniste de partis régionalistes (catalans et basques), mais qui n’ont pas fait le poids. Quant à la raison sous-jacente, elle était le résultat d’une succession d’évènements fâcheux qui ont entravé l’aboutissement des réformes de l’homme fort de la gauche espagnole. Sur le plan interne, Sanchez fait face à une explosion sociale liée à la crise du logement. Sanchez est fragilisé par une cascade d’affaires de corruption. Son épouse est inculpée, son frère est traîné dans les tribunaux tandis que des figures clés de son parti sont condamnées par la justice. Sur le plan extérieur, le gouvernement espagnol résiste sur deux fronts majeurs. Sanchez a d’abord payé le prix de son alignement sur la question palestinienne et contre l’axe Washington – Tel Aviv. Secundo, il a été appelé, malgré lui, à gérer, vaille que vaille, la grave crise migratoire orchestrée par le Makhzen à Ceuta. Sanchez n’a pas eu la vie facile. Ses réformes sont entravées. Entre décembre 2025 et mai 2026, l’espoir de reconquérir l’électorat de la base lors des élections régionales majeures s’est évaporé avec le recul du PSOE, donnant ainsi l’avantage à la droite (PP) et à l’extrême droite (Vox). Face aux coups essuyés de partout, Sanchez contre-attaque. Il tente un coup de poker à travers des élections anticipées. Le pari est risqué, mais Sanchez, comme il se plait à le faire, joue le tout pour le tout. Au moment où il a été donné quasiment pour mort politiquement dans les sondages qui placent les adversaires conservateurs en tête, Sanchez tire un plan B de son chapeau. Qui est ? Transformer la crise du logement en un atout capable de remobiliser la gauche à l’occasion des prochaines élections anticipées. Le jeu en vaut la chandelle pour un homme politique qualifié de rempart contre la montée de l’extrême droite en Europe.
Farid Guellil

























