Les participants aux travaux de la 2e session de ces Assises ont eu raison d’appeler à renforcer la protection de la mémoire nationale face aux mutations internationales et numériques. Ils proposent de le faire à travers la mise en place d’une gouvernance institutionnelle de la mémoire et la construction d’un récit national solide, capable de contrer les tentatives de désinformation et de falsification. Il est important également d’accorder son importance à la protection des lieux de mémoire dont certains n’ont fait l’objet à ce jour d’aucune attention. Des lieux de torture sont pratiquement effacés matériellement par la destruction de constructions qui ont été des endroits de supplice et d’exécutions sommaires de moudjahidine. Il arrive que des plaques de rues portant les noms de chouhada ne soient pas entretenues, et deviennent illisibles, c’est ainsi dans les petites ruelles des communes de banlieues, évidemment, pas les artères centrales des grandes villes.
Les Assemblées populaires communales (APC) ont un rôle à remplir dans la protection de la mémoire. Comme l’a dit Didouche Mourad : « Si nous venions à mourir, défendez notre mémoire ! ». C’est dans les détails apparemment insignifiants que doit se traduire le devoir de mémoire auquel appellent les pouvoirs publics et les chercheurs et historiens. La volonté de protéger la mémoire et l’histoire ne doit pas se limiter aux discours et aux communications dans les colloques mais se concrétiser sur le terrain.
Exemple : une stèle a été placée en septembre 1987, à Bouhandès (Chréa, Blida), à la mémoire des 80 chahids, sans sépulture, des commandos des zones I et II de la wilaya IV de l’Armée de libération nationale (ALN), tombés les armes à la main le vendredi 13 septembre 1957 lors d’un accrochage avec l’armée française. Cette stèle a été détruite, dans les années 1990, durant la décennie noire, et n’a pas été remplacée depuis. Sur place, rien n‘indique le sacrifice héroïque des 80 chahids, ni la bataille qu’ils ont menée contre l’armée française ; pourtant, si l’Algérie est aujourd’hui indépendante c’est aussi grâce à eux. Il y a un devoir de reconnaissance minimum.
La souveraineté narrative
Lors des Assises nationales sur la mémoire et l’histoire, lancées le 27 octobre dernier au Centre national d’études et de recherche sur la Résistance populaire, le Mouvement national et la Révolution du 1er Novembre 1954 (CNERMN 54), en présence d’enseignants, d’historiens, de membres de la famille révolutionnaire, ainsi que de cadres du ministère des Moudjahidine et des Ayants-droit, le professeur de relations internationales, Mohamed Amroune, a souligné, dans une conférence qu’il a animée, intitulée « La mémoire nationale, l’identité et la souveraineté à l’ère des mutations internationales et numériques », que la notion de souveraineté dépasse désormais les domaines traditionnels, compte tenu de la multiplicité des domaines de mesure de la puissance des Etats et du recul du rôle des médias traditionnels dans la formation de la conscience chez les nouvelles générations, face à l’émergence de médias numériques échappant au contrôle de l’Etat. Mohamed Amroune, également président de la Commission des Affaires étrangères, de la coopération internationale et de la communauté algérienne à l’étranger au Conseil de la nation, a également abordé le concept de souveraineté narrative, soulignant que les Etats ne peuvent contrôler l’ensemble des contenus diffusés dans l’espace numérique, d’où la nécessité de construire un récit national solide, capable de faire face aux récits erronés.
De son côté, le membre du Comité scientifique de la Commission nationale Histoire et Mémoire, également doyen de la Faculté des sciences humaines et sociales de l’Université de Relizane, Abdelkader Baghdad Bey, a formulé plusieurs recommandations, dont l’élaboration d’un inventaire national des fonds d’archives disponibles à l’intérieur et à l’extérieur du pays, la création d’un portail numérique unifié permettant aux chercheurs d’accéder aux archives, ainsi que le lancement d’un programme national d’histoire orale visant à recueillir et à documenter les témoignages des moudjahidine et des témoins de la Révolution, en collaboration avec les universités et conformément à un protocole unifié d’enregistrement et de conservation. Ces Assises s’inscrivent dans le cadre de la mise en œuvre des orientations du Président Tebboune, au regard de l’importance de la mémoire nationale dans la protection de l’identité, le renforcement du sentiment d’appartenance et la consolidation des connaissances historiques.
La fidélité aux chouhada
C’est le ministre des Moudjahidine et des Ayants-droit, Abdelmalek Tacherift, qui a présidé, jeudi à Alger, l’ouverture des travaux de la 2e session des Assises nationales sur la mémoire et l’histoire, placées sous le haut patronage du Président Abdelmadjid Tebboune.
Dans son allocution d’ouverture, Abdelmalek Tacherift a souligné l’importance de la rigueur terminologique et conceptuelle, estimant qu’elle constitue le socle du travail scientifique et un élément indispensable pour contextualiser méthodologiquement les contenus, élaborer les thématiques scientifiques et réaliser des recherches et des études précises sur l’histoire et la mémoire nationale.
«La fidélité au serment des Chouhada et la défense de la mémoire nationale imposent d’accompagner la démarche nationale visant à consolider les fondements de l’identité, et à préserver une mémoire historique vivante et influente dans la conscience de la nation», a-t-il souligné. Le ministre a, en outre, insisté sur l’importance de conjuguer les efforts et de renforcer la complémentarité entre les organismes et les secteurs concernés, ainsi qu’entre les institutions académiques, de recherche, médiatiques et éducatives, en vue d’élaborer un glossaire national unifié des concepts et des terminologies liés à la mémoire et à l’histoire, et de consolider la conscience collective afin de prémunir les générations contre les tentatives de désinformation et de déformation du récit historique.
Les Assises nationales sur la mémoire et l’histoire constituent un espace national de dialogue scientifique, de production de connaissances, d’échange d’expériences et d’élaboration de propositions au service de la mémoire nationale et du développement des mécanismes de sa préservation.
L’Etoile nord-africaine
Les participants aux travaux du colloque national sur l’Etoile nord-africaine, organisé par l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), qui se sont ouverts mercredi à Alger, ont mis en avant, ce jeudi à Alger, l’importance de développer la recherche sur l’histoire du parti et de créer une base de données consacrée aux figures emblématique de l’histoire nationale à travers ses différentes étapes.
Lors de la clôture des travaux de ce
colloque organisé durant deux jours par l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), les intervenants ont estimé que l’Etoile nord-africaine, fondée en 1926, constitue «une expérience pionnière dans l’élaboration du projet national».
Les recommandations ont également porté sur la nécessité de «renforcer la recherche sur les concepts politiques ayant façonné la conscience nationale algérienne, tout en liant la recherche historique à la mémoire nationale en vue de transmettre le savoir aux générations futures».
A ce titre, les participants ont suggéré «d’investir dans la numérisation et l’intelligence artificielle pour développer la recherche historique et préserver la mémoire nationale», ainsi que «de créer, au sein de l’INESG, une unité de recherche chargée de constituer une base de données spécialisée dans la biographie des personnalités algériennes ayant marqué l’histoire nationale à travers ses différentes étapes».
Ils ont, par ailleurs, recommandé de consacrer le prochain colloque au thème des « écrits historiques sur le mouvement national à la lumière des nouvelles approches cognitives et méthodologiques ».
Les enseignants et les chercheurs ont passé en revue, dans leurs communications présentées lors de la deuxième et dernière journée des travaux du colloque, ‘’le contexte historique et le rôle des mutations intellectuelles et culturelles dans la genèse de l’Etoile nord-africaine’’. Ce colloque, organisé à l’occasion du centenaire de l’Etoile nord-africaine sous le thème « De la mémoire de la lutte au renouveau de la connaissance historique », a été animé par des enseignants universitaires et des spécialistes de l’histoire de l’Algérie et du mouvement national.
Il a permis notamment d’aborder les prémices de la création de ce parti en 1926, sa portée intellectuelle et politique, et la maturation de la revendication de l’indépendance parmi ses militants, outre la mise en avant de la notion d’indépendance et de libération dans son discours.


























