Ursula von der Leyen est connue depuis des années désormais pour aimer la provocation et tenir des positions souvent antagonistiques, que ce soit sur la guerre en Ukraine, la crise du Covid-19 ou encore les relations avec la Maison-Blanche. Or, la présidente de la Commission européenne n’hésite pas à mettre en avant une proposition qui ulcérera sans conteste le président américain, Donald Trump, menant à des relations bilatérales encore plus tendues qu’elles ne le sont déjà. En effet, Ursula von der Leyen a proposé hier que le Canada puisse devenir le premier pays «membre associé» de l’UE, devant son Premier ministre Mark Carney, longuement applaudi par les eurodéputés. «Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible (…) Je voudrais donc œuvrer avec vous à la possibilité pour le Canada de devenir le premier membre associé de l’UE», a-t-elle déclaré à Carney, invité au Parlement européen à Strasbourg pour son discours annuel de rentrée. Elle a également proposé que ce pays nord-américain rejoigne le futur «Conseil européen de sécurité», qu’elle appelle de ses vœux. Mark Carney, premier Chef de gouvernement étranger à assister à ce «discours sur l’état de l’Union», doit prendre la parole aujourd’hui devant le Parlement de Strasbourg. Le Canada, en pleine guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump, cherche de nouveaux partenaires. De son côté, l’Europe, dont les relations avec Washington sont tout aussi houleuses, est en quête d’appuis à sa stratégie de rééquilibrage entre les deux super-puissances, Chine et États-Unis. «Nous voyons le monde avec les mêmes yeux : de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique», a souligné von der Leyen, appelant Ottawa et Bruxelles à «bâtir un avenir commun». Le statut de membre associé n’est pas juridiquement défini par les traités de l’UE. Mais l’Allemagne a récemment proposé que l’Ukraine en bénéficie. Pour leur part, Ottawa et Bruxelles entendent surtout renforcer leur partenariat, de l’intelligence artificielle à l’énergie. Ballottés par les droits de douane américains et la concurrence de la Chine, les deux blocs cherchent à capitaliser sur un niveau de coopération déjà considérable. Les échanges entre l’UE et le Canada ont bondi de 80 % depuis 2016, grâce à l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange, qui a supprimé presque tous les droits de douane. Et cette année, le Canada est devenu le premier pays non membre de l’UE à rejoindre le programme de défense européen Safe. Il reste toutefois une marge d’amélioration. Les deux parties vont examiner les domaines «où nous avons des capacités et des besoins complémentaires, qui sont stratégiquement importants pour garantir notre souveraineté, comme l’énergie, l’IA et les matières premières critiques et notamment les terres rares», a précisé cette semaine à l’AFP l’ambassadeur canadien à Bruxelles, Jonathan Wilkinson. Ottawa espère également conclure un accord permettant à la Banque européenne d’investissement (BEI) de financer des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, afin de réduire la dépendance à la Chine, a encore expliqué l’ambassadeur canadien. Parmi les pistes, une application entière de l’accord de libre-échange. Dix pays de l’UE, dont la France, l’Italie et la Pologne, n’ont pas encore ratifié cet accord, en partie en raison de contestations dans le monde agricole. Il est également question que le Canada contribue au prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine, en participant à des projets de défense en faveur de l’Ukraine. Reste à voir toutefois comment ce partenariat, qui n’est pas encore acté, fonctionnera sur le long terme, avec un changement possible de gouvernance du Canada, changeant totalement la doctrine que soutien Mark Carney, qui concorde si parfaitement avec celle de von der Leyen. La réaction de Donald Trump risque également d’être flamboyante, lui qui avait très mal réagi il y a quelques mois à l’accord commercial sino-canadien. L’UE prend ainsi le risque d’ajouter aux vives tensions qui existent déjà avec Washington et de revenir au point de départ dans plusieurs dossiers avec la Maison-Blanche.



























