LogoNews
Algérie, géant touristique qui s’éveille et cherche à se révéler

Algérie, géant touristique qui s’éveille et cherche à se révéler

  • L’Algérie possède Méditerranée, plus de mille deux cents kilomètres de littoral, montagnes, forêts, steppes, oasis et patrimoine historique exceptionnel.
  • Le pays est multiple et change de visage du littoral aux Hauts-Plateaux puis au désert saharien.
  • Le tourisme nécessite accessibilité, entretien, narration et valorisation pour que le visiteur puisse rester, découvrir et revenir.
  • L’hospitalité, la gastronomie, les traditions et les savoir-faire constituent une richesse touristique aussi importante que les paysages.
  • Une nouvelle génération d’Algériens voyage à l’intérieur du pays et devient ambassadeur via photos, vidéos et récits partagés.

 L’Algérie, un pays touristique qui s’ignore. Cette phrase peut sembler provocatrice. Elle ne l’est pas.

Par Hafit Zaouche

Elle résume au contraire un paradoxe qui devrait nous interpeller collectivement : comment un pays qui possède la Méditerranée, plus de mille deux cents kilomètres de littoral, des plages par centaines, de hautes montagnes, des forêts profondes, des steppes à perte de vue, des oasis, des sources thermales, des paysages sahariens parmi les plus fascinants de la planète et un patrimoine historique exceptionnel peut-il encore avoir autant de difficultés à transformer ces richesses en une véritable destination touristique ?
L’Algérie possède presque tout.
Il lui reste désormais à faire de ce «presque tout» une véritable expérience touristique.
Car notre pays n’est pas seulement vaste. Il est multiple. Il change de visage au fil des kilomètres. La mer laisse place à la montagne, la montagne aux hauts plateaux, les hauts plateaux au désert. Une forêt peut précéder les paysages minéraux des Aurès, tandis qu’une oasis du Sud ouvre quelques heures plus tard les portes d’un autre monde.
C’est peut-être cela, finalement, l’exception algérienne : un seul pays capable de donner au voyageur l’impression de traverser plusieurs continents.
Nous avons tout… sauf le réflexe touristique
Rares sont les pays qui peuvent proposer autant de mondes différents dans une seule destination.
Et pourtant, nous continuons encore à parler de «potentiel touristique», comme si ce potentiel était une promesse lointaine, un trésor que nous découvririons demain.
Mais demain est déjà là.
L’Algérie n’a plus besoin de prouver qu’elle est belle. Elle doit apprendre à mieux raconter sa beauté, à mieux l’organiser, à mieux l’accueillir et surtout à permettre au visiteur de la vivre.
Une plage ne devient pas automatiquement une destination parce qu’elle possède du sable et une mer magnifique.
Une montagne ne devient pas une destination parce qu’elle est spectaculaire.
Un village ne devient pas touristique uniquement parce qu’il possède une histoire.
Le tourisme commence lorsque ces richesses sont accessibles, entretenues, racontées, animées et valorisées.
Il commence lorsqu’un visiteur peut arriver quelque part et se dire : ici, je peux rester, découvrir, marcher, manger, dormir, rencontrer, apprendre et revenir.
C’est là que se trouve notre véritable défi.

Transformer les paysages en expériences

Nous avons longtemps considéré le tourisme comme la simple mise en valeur de sites.
Or le touriste d’aujourd’hui recherche davantage qu’un paysage. Il veut une histoire. Il veut une rencontre. Il veut goûter un plat préparé localement, écouter une légende, découvrir un artisan, marcher sur un ancien sentier, dormir dans une maison traditionnelle, partager un moment avec une famille, photographier un lever de soleil dans le Sahara ou entendre le silence d’une montagne. Il veut ressentir quelque chose.
Et l’Algérie possède justement cette matière humaine qui ne s’invente pas.
Notre hospitalité, nos traditions, notre gastronomie, nos musiques, nos villages, nos marchés, nos fêtes, nos savoir-faire et notre mémoire constituent une richesse touristique aussi importante que nos paysages.
Le véritable produit touristique algérien ne sera jamais seulement une plage, une montagne ou une oasis. Ce sera l’ensemble : le lieu, les hommes, l’histoire et l’émotion.

De la Méditerranée au Sahara, un pays à raconter

Il suffit parfois de prendre la route pour comprendre l’immensité de ce que nous possédons.
Partir de Skikda, longer la côte, monter vers les villages de montagne, traverser les Hauts-Plateaux, découvrir Constantine suspendue au-dessus de ses gorges, poursuivre vers les Aurès, puis descendre progressivement vers le Sud…
À mesure que le paysage change, une autre Algérie apparaît.
Et c’est peut-être là que réside notre plus grande richesse : nous ne sommes pas une destination, nous sommes une multitude de destinations réunies dans un même pays.
Le littoral offre ses criques, ses caps et ses villages de pêcheurs.
Les montagnes offrent la randonnée, l’aventure, l’écotourisme et la découverte des territoires ruraux.
Les Hauts-Plateaux racontent une autre Algérie, faite d’espaces immenses, de traditions et de paysages souvent méconnus.
Les villes racontent des siècles de civilisations.
Et le Sahara… Le Sahara ne se raconte presque pas. Il faut le voir. Il faut marcher dans ses immensités, regarder la lumière changer sur les dunes, écouter le silence, rencontrer ses habitants et comprendre pourquoi tant de voyageurs qui y sont allés en reviennent transformés.

Le tourisme commence aussi chez nous

Mais il serait illusoire de construire une grande destination touristique sans commencer par nos propres citoyens.
Avant d’attendre davantage de visiteurs étrangers, il faut donner aux Algériens l’envie de redécouvrir leur propre pays.
Combien de nos concitoyens n’ont jamais vu les paysages extraordinaires de leur propre wilaya ?
Combien ignorent encore les villages, les montagnes, les plages, les sources, les sites historiques ou les sentiers situés à quelques dizaines de kilomètres de chez eux ?
Le tourisme intérieur peut devenir le premier moteur de cette renaissance.
Un Algérien qui voyage en Algérie devient naturellement un ambassadeur de son pays.
Il photographie. Il raconte.
Il partage. Il recommande.
Et aujourd’hui, une simple publication sur les réseaux sociaux peut donner envie à des milliers de personnes de découvrir un endroit dont elles ignoraient jusqu’au nom.
Le voyageur algérien est ainsi devenu, parfois sans le savoir, un véritable ambassadeur touristique.
Nous devons également apprendre à regarder notre pays autrement.
Trop souvent, nous cherchons ailleurs ce que nous ne savons pas encore apprécier chez nous.
Nous admirons les aménagements des plages étrangères, les sentiers balisés, les villages touristiques, les marchés artisanaux, les transports, la propreté ou la qualité de l’accueil… et nous oublions de nous demander comment construire ces mêmes expériences chez nous.
Il ne s’agit pas de copier.
Il s’agit d’apprendre.
De prendre ce qui fonctionne ailleurs et de l’adapter à notre réalité, à notre culture et à notre identité.
Pourquoi une plage algérienne ne pourrait-elle pas devenir
un espace familial propre, sécurisé, animé et accessible toute l’année ?
Pourquoi nos montagnes ne pourraient-elles pas être parcourues par des sentiers balisés et entretenus ?
Pourquoi nos villages ne pourraient-ils pas devenir des destinations d’écotourisme et de tourisme solidaire ?
Pourquoi nos artisans ne seraient-ils pas davantage intégrés aux circuits touristiques ?
Pourquoi nos produits du terroir ne seraient-ils pas présentés comme de véritables signatures de nos territoires ?
Ces questions ne sont pas utopiques. Elles sont simplement devenues nécessaires.

Une nouvelle génération de voyageurs

Quelque chose est pourtant en train de changer.
Une nouvelle génération d’Algériens voyage davantage à l’intérieur du pays. Elle marche, photographie, filme, partage et raconte.
Des associations de randonnée emmènent des familles et des jeunes sur des sentiers autrefois inconnus.
Des guides locaux font découvrir des territoires oubliés.
Des artisans redonnent vie à des savoir-faire.
Des associations s’engagent dans la protection de la nature.
Des habitants accueillent des visiteurs.
Des créateurs de contenu font découvrir au monde des paysages algériens extraordinaires.
Cette dynamique mérite d’être encouragée.
Parce que le tourisme ne naît pas uniquement dans les grands hôtels.
Il naît aussi dans un village, autour d’un couscous, sur un sentier de montagne, dans l’atelier d’un artisan, chez une famille qui ouvre sa porte ou autour d’un feu de camp dans le désert.

Le tourisme, c’est aussi une question d’image

Dans un monde où l’image voyage plus vite que les avions, chaque visiteur devient un média.
Une photographie d’une plage propre. Une vidéo d’un sentier de montagne. Un coucher de soleil à Djanet. Une table familiale dans un village. Une randonnée dans les Babors. Une vieille maison restaurée. Un artisan au travail. Une rencontre.
Tout cela participe à raconter l’Algérie.
Et c’est pourquoi nous devons prendre conscience d’une chose essentielle : notre image touristique se construit chaque jour.
Elle se construit dans nos villes, nos villages, nos hôtels, nos restaurants, nos routes, nos plages, mais aussi sur nos téléphones.
Elle se construit par ce que nous montrons et par ce que nous faisons vivre.

L’Algérie ne manque pas de merveilles

Alors, peut-être faut-il cesser de répéter que l’Algérie possède un immense potentiel touristique.
Cette phrase est devenue trop petite pour décrire notre réalité.
Nous avons déjà les paysages. Nous avons l’histoire. Nous avons la culture. Nous avons la gastronomie. Nous avons l’hospitalité. Nous avons une jeunesse passionnée.
Nous avons des femmes et des hommes qui, partout dans le pays, commencent à raconter autrement leurs territoires.
Ce qui nous manque encore, c’est une vision suffisamment ambitieuse pour relier toutes ces richesses.
Une vision qui fasse du tourisme non pas une activité secondaire, mais un véritable projet de territoire.
Un tourisme qui crée des emplois, protège les paysages, valorise les villages, fait vivre l’artisanat, soutient les agriculteurs, encourage les guides et donne une nouvelle vie aux patrimoines oubliés.
Un tourisme qui profite aux territoires et à leurs habitants.
Et si nous commencions simplement par regarder autrement ?
Peut-être que le plus grand obstacle au tourisme algérien n’est finalement pas ce que nous n’avons pas.
C’est ce que nous ne regardons plus.
Une montagne que nous traversons sans nous arrêter. Une plage que nous fréquentons sans la respecter. Un village que nous considérons comme ordinaire alors qu’il serait extraordinaire pour un visiteur venu d’ailleurs. Une vieille maison que nous laissons disparaître. Un sentier que personne ne balise. Une source que nous connaissons depuis l’enfance mais que nous n’avons jamais pensé à raconter.
Le tourisme commence souvent par un changement de regard. Regarder notre pays avec les yeux d’un voyageur. Redécouvrir l’Algérie avec étonnement. S’émerveiller de ce qui nous semblait familier.
Alors seulement, peut-être, comprendrons-nous que nous ne sommes pas simplement un pays qui possède du potentiel touristique.
Nous sommes déjà un pays touristique. Il nous reste à le croire. À le raconter. À le préserver. À l’aménager. À l’ouvrir au monde.
Et surtout, à apprendre à aimer notre pays aussi avec les yeux de ceux qui viennent le découvrir.
L’Algérie est peut-être l’un des plus beaux voyages que nous n’ayons pas encore complètement commencé.

H. Z.

Source : Le jour d'Algérie

A lire également