Liban : quelle trêve ?
Le Sud-Liban a de nouveau été pilonné. Al-Mansouri, Zawtar Al-Charkiya, Mayfadoun, Hadatha, Wadi al-Houjayr, Aïnana… Ces noms ne disent rien au reste du monde, et c’est précisément ce qui arrange l’armée d’occupation sioniste. L’on a certes connu l’invasion de 1978, celle de 1982, l’occupation qui s’est prolongée jusqu’en 2000 et la guerre de l’été 2006. Mais rarement l’entité sioniste aura violé un accord avec autant de désinvolture, comme on s’acquitte d’une corvée de routine. Artillerie, frappes aériennes, rafales de mitrailleuses, opérations de ratissage, maisons dynamitées, le cessez-le-feu n’est plus qu’un décor derrière lequel la guerre continue, sans tambour ni trompette.
Le procédé est connu. Pas de grande offensive qui réveillerait les consciences, mais une pression constante, assez basse pour ne jamais faire la une, assez forte pour vider les villages, éloigner les paysans de leurs champs et rappeler aux Libanais que la paix n’est qu’un mot. Personne n’est dupe. Il s’agit d’user le Liban, de l’épuiser, pour lui arracher par la fatigue ce que la force n’a jamais obtenu. Cette violence «à bas bruit» est aussi un message, celui que Tel-Aviv garde la main et fixera seul le moment où il lui plaira de s’arrêter.
Que font les garants de l’accord ? Rien. Les mêmes capitales qui s’étaient empressées de saluer la trêve ont perdu la voix. Pas une condamnation qui pèse, pas une sanction, pas le moindre rappel à l’ordre. À force de fermer les yeux, elles ont fini par rendre l’impunité aussi banale que les bombardements. Le droit international, on le sait, ne s’applique qu’à ceux qui n’ont pas de parrains puissants. D’un autre côté, le Liban ne peut compter que sur la cohésion de ses enfants et sur la ténacité de ceux qui, au sud, restent accrochés à leur terre.
Pendant ce temps, les victimes de la folie sioniste savent ce que vaut un accord signé avec la main rouge des occidentaux au Moyen-orient. Ils comptent leurs champs inaccessibles, leurs enfants retenus à l’intérieur, leurs retours sans cesse repoussés. On leur demande de la patience, comme on l’a toujours demandé aux Palestiniens. La leçon vaut bien au-delà de Beyrouth. Elle dit ce que devient une trêve quand elle n’est adossée à aucun rapport de force ni à aucune volonté de la faire respecter : un papier, et rien d’autre. Elle dit aussi que le Liban, pris en étau entre ses fragilités internes et l’appétit de son voisin, ne peut compter que sur sa propre cohésion. Au delà des souffrances et des agressions barbares, il est difficile de voir dans le silence de cet Occident autre chose que de la complicité.



















