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Les athlètes algériens et la lutte pour l'indépendance par l'excellence sportive

Les athlètes algériens et la lutte pour l'indépendance par l'excellence sportive

  • En 1956, les grands clubs musulmans algériens ont arrêté leurs activités pour soutenir la lutte pour l'indépendance.
  • Le 13 avril 1958, des footballeurs ont quitté clandestinement la France pour fonder la glorieuse équipe du FLN.
  • Alain Mimoun a décroché la médaille d'or au marathon des Jeux Olympiques de Melbourne en décembre 1956.
  • Chérif Hamia a été sacré champion d'Europe des poids plumes en 1957 sur le ring.
  • Ahmed Boughéra El Ouafi avait remporté le marathon olympique d'Amsterdam en 1928.

Du boycott historique des grands clubs musulmans à l’exil clandestin des stars du football, en passant par les triomphes planétaires de boxeurs ou de marathoniens, les athlètes algériens ont été extrêmement nombreux à s’engager.

Ces Algériens inexpugnables

En mettant leur talent, leur notoriété et leur carrière au service de l’idéal d’indépendance, ils ont transformé les stades en tribunes politiques et prouvé que le sport était, lui aussi, une arme de libération massive. En ce jour anniversaire, retour sur ces destins d’exception qui ont bravé l’oppression coloniale par excellence.

Le sacrifice des armes a tracé le chemin vers la liberté

En ce jour anniversaire du déclenchement de la Révolution de Libération nationale, l’Algérie se souvient. Si le sacrifice des armes a tracé le chemin vers la liberté, une autre bataille, tout aussi cruciale, s’est jouée sur le terrain des idées, des stades et de la culture. Face à un système colonial qui niait leur identité et limitait leur horizon, des Algériens exceptionnels ont réussi à briller au firmament international, opposant le génie et le talent à la marginalisation.

Le boycott et l’exil : quand les clubs et les crampons choisissent la patrie

L’année 1956 marque un tournant décisif dans l’histoire sportive et politique du pays. En réponse à l’appel historique du Front de Libération Nationale, les grands clubs musulmans nationaux ont choisi de sacrifier leurs ambitions sportives sur l’autel de la liberté. Des institutions comme le MC Alger, l’USM Alger, l’USM Blida ou encore la JS Kabylie ont marqué l’histoire en arrêtant purement et simplement leurs activités. En mettant un terme définitif à leur participation aux compétitions coloniales, ces clubs ont opposé un refus catégorique au système en place, scellant une solidarité indéfectible avec la lutte pour l’indépendance.

Ces hommes ont fondé la «glorieuse équipe du FLN»

Cette résistance par le sport a culminé deux ans plus tard, le 13 avril 1958. Sous l’impulsion du FLN, plusieurs des meilleurs footballeurs algériens évoluant dans le championnat français quittent clandestinement la France. Parmi eux, Rachid Mekhloufi, prodige de l’AS Saint-Étienne, et Mustapha Zitouni, pilier de l’AS Monaco. En renonçant à la gloire, à la fortune et à l’équipe de France à l’aube de la Coupe du Monde, ces hommes ont fondé la «glorieuse équipe du FLN», devenant les ambassadeurs itinérants d’une nation en devenir à travers le globe.

Du marathon de Melbourne au ring de boxe : triompher contre le destin

Sur la scène internationale, la force et la résilience de la jeunesse algérienne s’imposaient parfois là où on ne s’y attendait pas. En décembre 1956, en pleine guerre d’Algérie, un natif de Telagh, en Oranie, marque l’histoire de l’athlétisme mondial. Alain Mimoun décroche la médaille d’or au marathon des Jeux Olympiques de Melbourne. Bien qu’il ait couru sous la bannière française à cette époque, ce triomphe planétaire arraché sous une chaleur caniculaire met en lumière l’excellence des athlètes d’origine algérienne au moment précis où le conflit national s’intensifie, offrant une fierté immense et tacite à tout un peuple.

Cette quête de dignité par le sport individuel s’est également écrite sur les rings. Comment ne pas évoquer Chérif Hamia ? Né à Guenzet, ce boxeur au style flamboyant est sacré champion d’Europe des poids plumes en 1957. Sur le ring, chaque victoire soulevait une vague d’espoir au sein d’une population en quête de repères et de reconnaissance. Bien avant eux, en 1928, Ahmed Boughéra El Ouafi (Ouled Djellal) avait ouvert la voie en remportant le marathon olympique d’Amsterdam dans un dénuement total, prouvant que le génie algérien pouvait éclore des conditions les plus modestes.

La force des mots : combattre par l’esprit

Sur le front intellectuel, la résistance s’est écrite à l’encre de la vérité. Mouloud Feraoun, fils de paysans pauvres de Kabylie devenu instituteur, a pris la plume pour raconter la réalité brute et la dignité du peuple algérien. Son œuvre, dont le célèbre roman « Le Fils du pauvre », a brisé les stéréotypes coloniaux en opposant une sensibilité littéraire remarquable au mépris ambiant. Dans le même élan, Assia Djebar brisait les barrières académiques. En devenant la première femme algérienne à intégrer l’École normale supérieure en France en 1955, elle publiait ses premiers écrits en pleine guerre, portant la voix doublement marginalisée des femmes algériennes au centre du débat intellectuel mondial.

Une leçon d’histoire pour l’avenir

Didouche Mourad, Souidani Boudjemaâ, Harcha Hacene étaient aussi des talentueux sportifs.

Célébrer le 1er Novembre à travers ces figures, c’est rappeler que la quête de liberté de l’Algérie n’était pas seulement militaire, mais profondément humaine, sportive et culturelle. Malgré les discriminations systémiques, ces hommes, ces femmes et ces clubs sportifs ont refusé d’être les spectateurs passifs de leur propre histoire. Aujourd’hui encore, leur héritage nous rappelle que l’excellence reste la plus belle des victoires et le plus noble des hommages à la patrie. Parmi les pères fondateurs de l’insurrection, de grands dirigeants étaient aussi des sportifs accomplis : le chef historique Didouche Mourad, adepte de boxe et de gymnastique à Alger, et Souidani Boudjemaâ, talentueux footballeur de l’ES Guelma, sont tous deux tombés au combat les armes à la main. Enfin, l’emblématique joueur de Guelma, Harcha Hacène, a lui aussi rejoint les rangs de la libération avant de tomber en martyr.

Aujourd’hui, l’héritage de ces héros nationaux survit. En gravant leurs noms au fronton de nos plus grandes salles omnisports ou dans l’histoire de nos clubs, l’Algérie indépendante rappelle que l’excellence sportive mène parfois au sacrifice absolu pour la patrie.

Source : La Nouvelle République

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