De notre envoyé spécial aux Etats-Unis : Omar Boudjedou
Ce fut un magnifique témoignage de communion sportive et culturelle. Le temps d’un match intense, Gouiri et ses camarades ont fait vibrer une ville américaine au rythme des chants algériens. La sélection algérienne a transformé des inconnus en supporters passionnés. Le football, la Coupe du monde en particulier, a cette magie unique de rassembler les peuples. N’est-ce pas le but suprême de cette discipline ?
L’Equipe nationale algérienne a encore une fois martyrisé ses supporters, mais reste quand même en vie dans cette Coupe du monde 2026. Mais cette fois-ci, elle a emporté tout un comté américain dans sa ferveur. Menés à la pause par une vaillante équipe de Jordanie, au Levi’s Stadium de Santa Clara, les Fennecs ont su renverser la vapeur pour s’imposer sur le score de 2 buts à 1. À plus de 2 500 kilomètres du stade, dans la petite ville universitaire de Lawrence, au Kansas, la nuit s’est transformée en un théâtre de liesse populaire unique, scellant une histoire d’amour improbable entre le Midwest américain et le football algérien.
Venus des quatre coins de Lawrence, quelques centaines de personnes, Algériens, Américains, une Japonaise et un Jordanien se sont donné rendez-vous au centre-ville pour regarder le match ensemble. Un écran géant, des chaises, de la nourriture, des boissons, deux voitures de police et un DJ, tout était prêt pour une soirée qui s’annonçait déjà historique. La première période a figé les sourires. Dominateurs mais stériles, les Algériens se font surprendre à la 36e minute par un but de Nizar Al-Rashdan. Sur place, les champs et la joie ont cédé place à la frustration, aux énervements et aux cris. Les locaux, venus soutenir massivement leurs hôtes d’adoption, ont partagé chaque instant, chaque émotion avec une sincérité frappante. Ruth et ses compatriotes n’étaient pas là seulement pour l’ambiance, ils étaient venus pour supporter leur team. La délivrance est finalement venue des coups de pied arrêtés en seconde mi-temps. À la 69e minute, l’égalisation rageuse de la tête par Nadhir Benbouali a fait trembler les murs de la ville. Dès lors, le vent a tourné. Portés par une possession étouffante (75%), les Verts ont continué de pousser jusqu’à la 82e minute, moment choisi par l’attaquant de l’Olympique de Marseille, Amine Gouiri, pour endosser le costume de sauveur en glissant le ballon sous le gardien jordanien. Un ouf de soulagement monumental pour Brahim et ses amis, venus équipés à l’occasion d’un tambour et d’une derbouka. Ce fut le début d’un grand basculement festif pour le Kansas. Hier soir, la tristesse de la première mi-temps a rapidement laissé place à une joie électrique. Des grappes de supporters, mêlant des Kansanais, des étudiants de la prestigieuse Université du Kansas et des familles algériennes, ont envahi les rues. Les percussions traditionnelles, portées par les battements lourds des derboukas et des tambours, conjugué aux chansons raï de Cheb Khaled, Cheb Belo et Kader Japonais, ainsi que le répertoire «Zenkaoui», ces chants de rue nés dans les virages des stades algériens, a résonné en boucle, repris en chœur par des Américains ravis d’apprendre ces hymnes à la gloire des Fennecs, choisis par le DJ américain de la soirée ont donné à la nuit US des allures de place publique d’Alger. Les barrières culturelles ont volé en éclats au coup de sifflet final. La célébration s’est prolongée jusqu’au petit matin, transformant latéralement le paysage sonore du Midwest. Le point d’orgue de la nuit est sans conteste le mythique slogan «One, Two, Three, Viva l’Algérie !», scandé avec cœur par les habitants de Lawrence. Pour les remercier, les supporters algériens ont à leur tour scandé plusieurs fois le slogan : «USA, USA, USA», des cris de ralliement qui symbolisent cette communion transatlantique qui rappelle pourquoi ces compétitions existent.





























