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L’Afrique doit se réapproprier son histoire

L’Afrique doit se réapproprier son histoire

  • Les tomes I à VIII ont été publiés par l’Unesco entre 1981 et 1994 et les trois derniers volumes ont paru le 17 octobre 2025.
  • La recherche scientifique s'appuyant sur les sources orales a permis de réhabiliter la mémoire africaine et d'ouvrir de nouveaux champs d'exploration.
  • Le volume IX propose de remplacer le terme de préhistoire par celui d'histoire initiale pour éviter les connotations idéologiques et péjoratives.
  • Le volume XI explore l'identité de l'Afrique dans un contexte global grâce aux contributions de 69 chercheurs issus de 32 pays.
  • Cette somme historique doit être diffusée au-delà des cercles d'initiés grâce aux médias et aux moyens de communication modernes.

Les tomes I à VIII ont été publiés par l’Unesco entre 1981 et 1994 et les trois derniers volumes (IX, X et XI), le 17 octobre 2025 sont disponibles en ligne en 12 langues, notamment en français et en anglais, mais aussi en kiswahili, hausa and fulani.

1.-Réhabiliter la mémoire africaine

Selon Theodore Nicoue Gayibor, l’un des contributeurs du volume IX, les recherches ont produit une évaluation extrêmement positive de la recherche et des résultats scientifiques basés sur les sources orales. Cela a démontré les nombreuses réalisations en termes de consolidation de méthodologie et de nouveaux champs ont été ouverts à l’exploration par les chercheurs. Des perspectives de recherche renouvelées à partir du corpus oral ont déjà été reconnues, mettant en évidence les pièges auxquels l’historien de terrain doit faire attention : la nécessité de recourir à des disciplines autres que l’histoire, l’intervention des récits de vie pour combler les grandes lacunes de l’histoire moderne. Rappelons que déjà en 1981 Ahmadou Mahtar M’Bow, à l’époque directeur général de l’Unesco, avait décrit les puissantes chimères, dont les mythes et préjugés de toutes sortes qui ont caché au monde l’histoire réelle de l’Afrique. Les sociétés africaines passaient pour des sociétés qui ne pouvaient avoir d’histoire De manière plus profonde avec la traite négrière et la colonisation, sont apparus des stéréotypes raciaux générateurs de mépris et d’incompréhension et si profondément ancrés qu’ils faussèrent jusqu’aux concepts mêmes de l’historiographie. Selon Mahtar M’Bow, les africains étaient repérables à la pigmentation de leur peau, devenus une marchandise parmi d’autres, voué au travail de force, l’Africain venant à symboliser, dans la conscience de ses dominateurs, une essence raciale imaginaire et illusoirement inférieure de nègre. Ce processus de fausse identification ravala l’histoire des peuples africains dans l’esprit de beaucoup au rang d’une ethno-histoire où l’appréciation des réalités historiques et culturelles ne pouvait qu’être faussée. Mais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la vague d’indépendances, les choses ont profondément changé et ce grâce à une élite africaine souvent formée en Occident. Des historiens y compris des chercheurs occidentaux de plus en plus nombreux ont ébranlé les certitudes coloniales en rétablissant sur des bases solides l’historicité des sociétés africaines car à moins d’opter pour l’inconscience et l’aliénation, on ne saurait vivre sans mémoire, ni avec la mémoire d’autrui, l’Histoire étant la mémoire des peuples.

2.-Rompre avec les fausses idées

Le volume IX propose l’abandon du terme de « préhistoire » qui maintiendrait une séparation pleine de sous-entendus idéologiques et lui préfère celui « d’histoire initiale ». Pour le professeur Augustin Holl, la dichotomie préhistoire/histoire est un peu surannée et a tendance à prendre une connotation péjorative. C’est l’assimilation de la préhistoire à la barbarie et à la sauvagerie. D’où l’importance de faire changer le regard sur l’histoire du continent, d’articuler l’histoire de l’Afrique à celle de ses diasporas et d’adopter une approche mondiale de la contribution africaine à l’histoire universelle. Et toujours selon le professeur Holl dès qu’on commence à creuser on a d’énormes surprises sur la présence africaine dans plusieurs parties du monde. Les diasporas africaines ont été beaucoup plus anciennes en Asie qu’en Amérique, puisqu’on a la révolte du Zanj au IXème siècle, la révolte des esclaves africains qui travaillaient la canne à sucre dans les plaines du sud de la Mésopotamie et qui ont failli renverser la dynastie Abasside , sans compter les importantes diasporas africaines en Turquie, en Iran, en Arabie saoudite, aux Émirats. Ainsi, le volume XI explore l’identité de l’Afrique dans un contexte global, au travers des textes de 69 chercheurs issus de 32 pays mettant en relief la quête de l’Afrique pour l’unité dans la diversité et la souveraineté. Durant la période contemporaine ont été mis en relief les impacts pour l’Afrique de la guerre froide, du Mouvement des non-alignés, des tensions persistantes au sein du panafricanisme et les fortunes diverses des jeunes États africains, tout en ouvrant des perspectives de renouveau et de coopération. Mais tout en notant la vitalité et la créativité des cultures africaines et diasporiques , se projetant sur l’avenir , les contributions rassemblées décrivent les grands défis de notre temps dont la croissance démographique, l’ urbanisation rapide, la santé publique, les migrations, la dette, l’égalité de genre et la justice environnementale.

Quelle conclusion ?

Cette somme historique est considérable mais non encore achevée, devant sortir des cercles d’initiés restant à amplifier un travail de vulgarisation et de diffusion et c’est l’apport indispensable des médias. Le nerf du pouvoir en ce XXIe siècle étant l’information devant transformer ces apports historiques en matière pédagogique par les moyens de communication modernes et utilisant l’intelligence artificielle.

Source : La Nouvelle République

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