Le savoir et la bonne gouvernance sont le fondement de tout processus de développement. La diaspora africaine peut être un levier pour le développement du continent qui doit mettre une politique pour garder ses chercheurs, car un pays sans son élite est comme un corps sans âme.
Sur le plan de projets économiques au niveau du continent, le savoir-faire de la diaspora permet de sauter des étapes technologiques (Leapfrogging) dans des secteurs clés dans la création de centres d’excellence privés ou de laboratoires de recherche clinique par des médecins de la diaspora (ex : fabrication locale de dispositifs médicaux, cliniques de spécialités aux normes internationales), favoriser le développement des énergies renouvelables et la lutte contre le réchauffement climatique du fait de nombreux ingénieurs de la diaspora africaine sont formés aux technologies solaires, éoliennes ou d’efficacité énergétique ayant conçu des micro-réseaux (mini-grids) adaptés aux zones rurales et la diaspora peut contribuer à la modernisation des chaînes de valeur agricoles (intégration de drones, de capteurs IoT pour l’irrigation, optimisation de la logistique de distribution). Dans le domaine du consulting stratégique et l’aide à la gouvernance publique, les experts de la diaspora avec un cout largement inférieur aux normes internationales car voulant aider leurs pays , peuvent aider , du fait de leurs expériences dans les institutions publiques et privées africaines dans la formulation des politiques publiques dont la rédaction de plans stratégiques sectoriels (transition numérique, stratégies industrielles, réformes fiscales) pour les ministères africains, l’ingénierie financière pour la structuration de grands projets d’infrastructure (Partenariats public-privé – (PPP), émissions d’obligations de la diaspora ou Diaspora Bonds).
Des lors ses pose cette question comment faire participer l’élite africaine à l’étranger au développement local ? A l’échelle continentale, des plateformes comme l’African Diaspora Network (ADN) ou des répertoires d’experts comme l’ADN Hub s’efforcent de cartographier et de connecter les scientifiques africains à travers le monde. L’Union Africaine encourage également chaque État membre à structurer sa «6e région» (la diaspora) pour soutenir le développement scientifique et économique du continent. Par exemple l’Algérie a créé le Haut Conseil de la communauté scientifique nationale à l’étranger pour le développement national , un organe consultatif placé sous l’autorité de la Présidence de la République algérienne (décret présidentiel n° 26-293 signé le 7 septembre 2026). Certes, il n’existe pas d’autre instance officielle portant exactement ce nom et rattachée directement à une Présidence dans les autres pays d’Afrique.
Le format institutionnel spécifique de ce Haut Conseil reste, à ce jour, une particularité algérienne. Cependant, de nombreux pays africains ont mis en place des initiatives et structures équivalentes pour mobiliser leur diaspora scientifique et technologique, bien que sous d’autres formes. Ainsi, le Maroc s’appuie sur le réseau FINCOME (International Network of Moroccan Competences Abroad) ainsi que sur des structures thématiques visant à connecter les chercheurs et ingénieurs marocains du monde entier avec les universités locales ; en Tunisie, plusieurs ministères collaborent avec des associations de l’élite scientifique tunisienne à l’étranger (comme la Tunisian Association for Academic Sciences) pour impliquer les chercheurs expatriés dans des projets nationaux ; le Mali, le Sénégal et le Togo disposent de directions ministérielles dédiées à la diaspora et bien que ces instances soient généralistes, elles intègrent des commissions spéciales pour les cadres, scientifiques et experts afin de piloter des transferts de compétences.
Pour en revenir au cas Algérie – et mes observations s’appliquent aux pays africains, certes, ce comité regroupe des scientifiques et chercheurs de renom mais dont une partie sont en retraite. Mais pour ne pas renouveler les mêmes erreurs du passé, la diaspora est très attentive au sort de leurs collègues dans les différentes universités et centre de recherche. Car il faut savoir que selon les experts chez les adultes, l’innovation connaît généralement deux pics ,le premier vers 25-35/40 ans (l’innovation conceptuelle, la tranche en Algérie et en Afrique qui connaît l’exode le plus important , car, par exemple , le nombre d’algériens envoyés pour formation à l’étranger et qui reviennent est marginal pour ne pas dire nul ) et le second vers 55 ans et plus la synthèse et l’expérience qui concerne le comité installé). Pour qu’il ait un véritable impact loin de toute démarche bureaucratique, sa réussite, le comité devra travailler d’une manière permanente et non sporadique en étroite collaboration avec les compétences locales, mais son action sera tributaire de l’action du gouvernement par une gouvernance axée sur le savoir afin d’ éviter cet exode massif de cerveaux de jeunes devant retenir ce qui reste. Cet exode n’est pas propre à l’Algérie car en Afrique, il représente une perte majeure de compétences et de capitaux humains, bien plus important que toutes les richesses de matières premières.
En conclusion, sans compter l’apport financier existant de nombreux entrepreneurs africains qui ont réussi à l’étranger, , la diaspora africaine dispose d’un capital intellectuel, scientifique et technique estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars en valeur ajoutée, dont le transfert peut transformer durablement le continent. Au-delà des simples transferts financiers, ce savoir-faire s’injecte directement dans les économies locales à travers des mécanismes structurés de partage de compétences.
Abderrahmane Mebtoul
Professeur des Universités
Expert international
(Suite et fin)






















