LogoNews
Importations : Quels sont les leviers pour une industrie forte ?

Importations : Quels sont les leviers pour une industrie forte ?

 Maîtriser les importations pour mieux produire en Algérie : tel est l’enjeu d’une politique qui vise à aligner les achats à l’étranger sur les besoins réels des entreprises et sur ce que l’appareil productif local peut fournir. La Commission permanente d’étude et de traitement des demandes d’importation en est l’un des instruments : elle instruit les dossiers, évalue les besoins et veille à ce que les entreprises disposent de ce dont elles ont besoin, tout en orientant les flux vers les objectifs industriels du pays.

Par Kahina Ait Yahia 
Au-delà de l’aspect réglementaire, l’enjeu est la capacité des entreprises à produire sans interruption, à rendre leurs produits plus compétitifs et à investir dans les secteurs capables de répondre à la demande intérieure. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre ce que réclame le marché et ce que peut offrir la production nationale, afin de réduire la dépendance extérieure et de créer davantage de valeur ajoutée sur place.
L’expert en économie Houari Tighersi y voit une question de méthode : les demandes doivent être examinées selon des critères économiques rigoureux, qui pèsent sur la nature des produits, les besoins des opérateurs, les capacités des entreprises nationales et l’effet des décisions sur les coûts de production.
Intrants, produits finis : deux logiques différentes
L’économiste insiste sur une distinction de base. Les matières premières et les composants industriels alimentent directement les chaînes de fabrication : sans eux, les usines tournent au ralenti. Pour les produits finis, la question est différente : peut-on les trouver sur place, et le producteur local est-il en mesure de livrer les volumes voulus, à la qualité et au prix attendus ?
Cette grille de lecture aide à fixer des priorités, en réservant une attention particulière aux demandes qui nourrissent l’activité productive. Elle permet aussi d’adapter l’analyse à chaque filière (agroalimentaire, pharmaceutique, électronique, mécanique), dont les besoins ne se ressemblent pas. Une approche par secteur donne ainsi une image plus fidèle du terrain, puisque la demande et le degré d’intégration locale diffèrent d’une activité à l’autre, et permet de privilégier les projets les plus rentables pour l’économie.
Sécuriser l’approvisionnement des producteurs
Pour les fabricants qui dépendent de matières ou de pièces venues de l’étranger, la régularité des arrivages conditionne les délais de livraison, le respect des commandes et le maintien de l’emploi. Il faut donc tenir compte, dossier par dossier, de l’activité de l’entreprise, de son volume de production et du lien entre les produits demandés et son cycle de fabrication.
Tighersi souligne aussi le poids de la visibilité : des procédures claires et des délais de réponse connus améliorent le climat des affaires, car les entreprises doivent programmer leur production, leurs investissements et leurs engagements commerciaux. Un suivi régulier des secteurs permet de réajuster les estimations au gré de la demande, et renforce la coordination entre les institutions et les opérateurs.
La production locale, clé de la baisse de la facture
Selon lui, la réussite de cette politique est indissociable du développement des capacités nationales. Plus l’offre locale s’étoffe, moins le pays dépend des produits importés. Cela passe par davantage d’investissement industriel, une qualité en hausse et une compétitivité accrue sur le prix et la disponibilité, ce qui suppose d’identifier les produits fabriqués en Algérie, d’évaluer la demande et d’encourager les projets capables de les fournir de façon régulière.
Les retombées sont attendues sur plusieurs plans : emplois, valeur ajoutée, mais aussi financement de l’équipement et de la technologie. La sous-traitance a ici un rôle à jouer. Si les PME fournissent composants et services aux grands industriels, la base de fournisseurs algériens s’élargit, l’intégration locale progresse et de nouvelles possibilités d’investissement apparaissent au sein des chaînes de production. Réduire la facture d’importation suppose, en somme, que les entreprises nationales proposent des produits à la hauteur des attentes, ce qui lie intimement production, qualité et distribution.
Des données et des outils numériques pour décider
Pour classer les priorités, l’économiste préconise de s’appuyer sur des chiffres fiables et à jour : production locale, capacités des entreprises, demande, volumes importés. Leur croisement permet de confronter les besoins exprimés aux moyens disponibles et de repérer les segments où investir pour renforcer l’offre locale.
Les plateformes numériques facilitent par ailleurs la circulation de l’information entre l’administration et les opérateurs, le suivi des dossiers et la lisibilité des étapes d’instruction. Elles peuvent alimenter une base de données complète pour suivre l’évolution des besoins et de la production, et donc affiner les décisions. Importation, production, commerce, investissement et approvisionnement étant étroitement liés, une bonne coordination entre ces domaines est indispensable : ce qui se décide dans l’un se répercute sur tous les autres. Des indicateurs suivis à intervalles réguliers permettent enfin de mesurer l’effet des mesures sur les coûts, les prix, la disponibilité des produits et la pérennité des entreprises, puis de les ajuster.
Protéger la production, garantir l’équilibre du marché
Pour Houari Tighersi, réguler les importations revient à conjuguer soutien au produit national et accès aux biens pour les consommateurs comme pour les entreprises, en tenant compte des niveaux de production, de la demande et des coûts de fabrication et de distribution. Les produits algériens gagneront en présence à mesure qu’ils offriront un bon rapport qualité-prix et une disponibilité suffisante, ce qui passe par plus de productivité, une meilleure gestion et des investissements en équipements et en technologie.
Suivre le marché aide aussi à distinguer ce qu’il faut importer de ce qui peut être produit localement, et la concertation entre institutions affine l’estimation des besoins secteur par secteur. L’économiste y voit une vocation de développement : relier l’examen des dossiers à l’essor de l’industrie nationale, à l’efficacité du marché et à la capacité des entreprises de servir la demande intérieure, depuis l’approvisionnement en matières premières jusqu’au consommateur final.
Quels indicateurs pour évaluer les résultats ?
Pour juger de l’efficacité des mesures, l’économiste recommande de suivre la production nationale, la stabilité de l’approvisionnement, l’investissement dans les secteurs productifs, l’emploi et l’intégration locale. Il convient d’y ajouter la part des produits algériens dans la couverture des besoins, ainsi que l’évolution des coûts et des prix, en particulier pour les entreprises tributaires d’intrants importés. Fixer des objectifs mesurables permet de concentrer les moyens sur les activités qui ont un réel potentiel de développement, de repérer les points à améliorer dans le traitement des dossiers et de donner de la visibilité aux opérateurs sur les opportunités industrielles. En conclusion, Houari Tighersi estime que la réussite de cette politique se jugera à sa capacité à soutenir la production nationale et à renforcer la compétitivité des entreprises, tout en garantissant un approvisionnement régulier en intrants.
K. A. Y. 
Source : Le jour d'Algérie

A lire également