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Algérie : protéger la nature, condition première du tourisme national

Algérie : protéger la nature, condition première du tourisme national

  • L'article plaide pour faire de la protection de la nature le socle incontournable de la politique touristique algérienne.
  • L'Algérie dispose de près de 1 200 kilomètres de côtes et d'une diversité naturelle présentée comme premier produit touristique.
  • Les incendies récents ont réduit en cendres des forêts, sentiers et habitats, illustrant la vulnérabilité du patrimoine touristique.
  • Aménager sans dénaturer : routes entretenues, signalétique, parkings et sentiers balisés plutôt que davantage de béton autour des sites.
  • Les Zones d'expansion touristique (ZET) doivent définir préalablement les espaces à préserver et la capacité réelle d'accueil du territoire.

Avant de promouvoir nos plages, nos forêts, nos montagnes et nos paysages, il faut les protéger. Les incendies qui ont ravagé plusieurs régions du pays cet été nous rappellent une évidence : la nature n’est pas seulement notre patrimoine, elle est le socle même de notre avenir touristique.

Il faut peut-être commencer par changer notre manière de parler du tourisme.
Nous parlons beaucoup d’hôtels, de lits touristiques, de nouvelles infrastructures, de promotion, d’investissement et d’attractivité. Nous parlons de la nécessité d’attirer davantage de visiteurs étrangers et d’encourager les Algériens à découvrir leur propre pays.
Tout cela est nécessaire.
Mais il existe une condition préalable, incontournable, non négociable : la protection de la nature doit être au cœur de la politique touristique.
Car que restera-t-il de notre tourisme si nos forêts disparaissent, si nos plages se dégradent, si nos montagnes sont défigurées et si nos paysages naturels sont progressivement sacrifiés ?
Nous pouvons construire des hôtels.
Nous pouvons aménager des routes.
Nous pouvons lancer les plus belles campagnes de communication.
Mais nous ne pourrons jamais reconstruire rapidement une forêt vieille de plusieurs décennies, recréer une dune détruite ou rendre à une côte urbanisée son paysage originel.
Le tourisme algérien doit donc commencer par une politique de protection.

Notre première richesse touristique est naturelle
L’Algérie possède un avantage exceptionnel : sa diversité naturelle.
Une Méditerranée généreuse sur près de 1 200 kilomètres de côtes, des plages de sable et de galets, des falaises, des caps, des baies, des criques, des dunes littorales, des montagnes, des forêts, des vallées, des lacs, des zones humides, des sources thermales, des steppes et, au sud, l’immensité du Sahara.
Cette diversité constitue notre premier produit touristique.
Avant même l’hôtel, avant le restaurant, avant l’agence de voyages, il y a le paysage.
C’est lui qui attire.
C’est lui qui émerveille.
C’est lui que les visiteurs photographient.
C’est lui que les randonneurs parcourent.
C’est lui que les familles viennent découvrir.
Et c’est précisément parce qu’il constitue notre principale richesse touristique qu’il doit être considéré comme un patrimoine à protéger.

Les incendies : un avertissement que nous ne pouvons pas ignorer
Les incendies qui ont récemment frappé plusieurs régions algériennes ont donné à cette question une dimension dramatique.
Des forêts qui avaient accueilli des générations de promeneurs et de randonneurs ont été réduites en cendres.
Des paysages familiers ont changé de visage en quelques heures.
Des arbres ont disparu.
La faune a été durement touchée.
Des sentiers ont été détruits.
Et avec eux, une partie de la mémoire de ceux qui avaient appris à aimer ces endroits.
Pour les amoureux de la nature, la douleur est immense.
Une forêt n’est pas seulement un ensemble d’arbres.
C’est un lieu de respiration, de promenade, de découverte et de contemplation.
C’est aussi une destination touristique.
Quand une forêt brûle, c’est donc une partie de notre patrimoine touristique qui disparaît.
Cette réalité doit nous obliger à revoir nos priorités.
La lutte contre les incendies ne peut plus être considérée uniquement comme une question de protection civile ou de gestion forestière.
Elle doit également devenir une priorité de la politique touristique.
Nous devons également revoir notre conception de l’aménagement touristique.
Trop souvent, lorsqu’on parle de développement touristique, la première idée qui vient est celle de construire.
Construire des hôtels.
Construire des résidences.
Construire des restaurants.
Construire des équipements.
Mais le développement touristique ne doit pas forcément signifier davantage de béton.
Le véritable défi consiste à aménager sans dénaturer.
Une montagne n’a pas besoin d’être couverte de constructions pour devenir touristique.
Une forêt n’a pas besoin
d’être transformée en parc artificiel. Une plage n’a pas besoin d’être bordée d’immeubles pour attirer les visiteurs.
Parfois, il suffit d’une route correctement entretenue, d’une signalétique intelligente, d’un parking organisé, de sanitaires propres, d’un sentier balisé, d’un point d’information et d’une présence permanente pour permettre au public de découvrir un site tout en le respectant.
C’est cela, aussi, le tourisme durable.

Les ZET doivent intégrer la protection environnementale
La même exigence doit s’appliquer aux Zones d’expansion touristique (ZET).
Une ZET ne devrait jamais être pensée uniquement comme un espace disponible pour construire.
Avant tout projet, il faut déterminer ce qui doit absolument être préservé : forêts, dunes, zones humides, falaises, cours d’eau, paysages remarquables, habitats naturels et espaces agricoles.
Il faut ensuite définir la capacité réelle d’accueil du territoire.
Combien de visiteurs peut-il supporter ?
Quelle quantité d’eau sera nécessaire ?
Comment seront traités les déchets ?
Comment seront gérées les eaux usées ?
Quel sera l’impact sur la circulation ?
Quelle sera la conséquence sur les paysages ?
Ces questions doivent être posées avant, et non après, la réalisation des projets.
Car une erreur environnementale commise aujourd’hui peut devenir irréversible demain.

Le littoral : protéger notre première vitrine touristique
Cette exigence est particulièrement importante pour le littoral.
L’Algérie possède une côte d’une extraordinaire diversité. Mais cette richesse est fragile.
Une plage propre attire.
Une plage sale repousse.
Une crique préservée fait rêver.
Une crique envahie par les déchets devient un mauvais souvenir.
Une côte naturelle constitue une richesse.
Une côte défigurée par l’urbanisation anarchique devient une perte collective.
Il faut donc faire de la protection du littoral une priorité absolue : lutte contre les déchets, traitement des eaux usées, protection des dunes, préservation des espaces sensibles, contrôle de l’urbanisation et sensibilisation des estivants.
Notre littoral doit être considéré comme un patrimoine national avant d’être considéré comme une opportunité immobilière.

La propreté : le premier geste touristique
Il existe une autre forme de protection, plus simple et pourtant fondamentale : la propreté.
Il faut cesser de considérer le nettoyage des plages, des forêts et des sites naturels comme une opération saisonnière.
La propreté doit être permanente.
Une destination touristique commence par un environnement propre.
Elle se poursuit par des sanitaires accessibles, des poubelles adaptées, une collecte efficace et des espaces publics entretenus.
Mais la responsabilité ne revient pas uniquement aux collectivités.
Elle appartient également aux visiteurs.
Aimer la nature, c’est aussi repartir avec ses déchets.
C’est ne pas abandonner une bouteille dans une forêt.
C’est ne pas allumer un feu dans un espace à risque.
C’est respecter les sentiers.
C’est préserver les animaux.
C’est laisser derrière soi un paysage aussi beau qu’on l’a trouvé.
La meilleure politique environnementale est celle qui associe la population.
Les familles, les randonneurs, les associations, les clubs sportifs, les habitants des villages, les professionnels du tourisme et les jeunes doivent devenir les premiers acteurs de la protection.
Les clubs de randonnée peuvent jouer un rôle important.
Ils connaissent les sentiers.
Ils connaissent les sources.
Ils connaissent les forêts.
Ils savent souvent où se trouvent les endroits fragiles.
Pourquoi ne pas les associer davantage aux programmes de sensibilisation, de nettoyage, de signalement et de surveillance ?
Pourquoi ne pas faire de chaque grande destination naturelle un espace où les visiteurs sont également des gardiens du lieu qu’ils viennent découvrir ?
Car il existe une règle
simple : on protège mieux ce que l’on aime, et on aime mieux ce que l’on connaît.
Le tourisme peut justement créer ce lien.
Il faut enfin revoir notre communication touristique.
Nous voulons montrer au monde nos plus belles plages, nos forêts, nos montagnes et nos paysages.
C’est légitime.
Mais chaque image diffusée doit nous rappeler une responsabilité.
Lorsque nous publions la photographie d’une magnifique crique, nous faisons la promotion d’un lieu que nous devons protéger.
Lorsque nous montrons une forêt, nous devons penser à sa fragilité.
Lorsque nous valorisons une montagne, nous devons préserver ses sentiers.
Lorsque nous faisons découvrir une plage, nous devons garantir sa propreté.
La promotion touristique et la protection environnementale doivent avancer ensemble.
L’une ne peut plus précéder l’autre.
L’Algérie a aujourd’hui l’occasion de construire un modèle touristique qui lui ressemble.
Un modèle fondé non pas sur la quantité à tout prix, mais sur la qualité.
Non pas sur le béton, mais sur l’intégration.
Non pas sur l’exploitation rapide des paysages, mais sur leur valorisation durable.
Non pas sur la fréquentation massive de quelques sites, mais sur une répartition intelligente des visiteurs. Le tourisme de demain doit faire vivre les territoires sans les détruire.
Il doit créer de l’emploi sans sacrifier les paysages.
Il doit accueillir les familles sans défigurer les plages.
Il doit attirer les étrangers sans perdre l’âme des villages.
Il doit permettre aux générations futures de découvrir les mêmes merveilles que nous.
Hafit Zaouche

Source : Le jour d'Algérie

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