Quatre hommes dorment en prison depuis dimanche, un cinquième court toujours. Le parquet du pôle judiciaire spécialisé près du tribunal de Sidi M’hamed a rendu public, ce 8 novembre, le démantèlement d’une structure criminelle soupçonnée d’avoir détourné de l’huile alimentaire subventionnée par l’État pour l’écouler, hors de tout circuit légal, auprès d’un fabricant de chips. Le cinquième protagoniste a été formellement identifié par les enquêteurs.
L’affaire touche à un produit sensible, financé par le Trésor public pour rester accessible aux ménages, et détourné ici vers une activité industrielle privée. Les chefs d’inculpation retenus vont de la spéculation illicite au blanchiment d’argent.
La Gendarmerie de Chaïba à l’origine du dossier de l’huile subventionnée
Tout part d’une enquête préliminaire menée par la brigade territoriale de la Gendarmerie nationale implantée à Chaïba, dans la wilaya de Tipaza. Les gendarmes ont reconstitué la chaîne, du transport jusqu’au point de livraison final.
Deux cadres de l’entreprise de chips figurent parmi les mis en cause : celui qui la dirige et celui qui gère ses approvisionnements. Trois autres individus complétaient le dispositif. Le produit, pourtant réservé à la consommation des familles, changeait de mains sans qu’aucune facture ne soit établie.
La justice algérienne multiplie les dossiers de ce type depuis plusieurs mois. En octobre dernier, le parquet général d’Alger avait déjà déclenché des enquêtes sur des denrées alimentaires jetées volontairement pour provoquer artificiellement une pénurie.
Un matériel conséquent saisi par les enquêteurs
Les constatations sur le terrain donnent la mesure du trafic. Les agents ont intercepté un camion transportant quatre citernes de 1 000 litres chacune, remplies de 3 500 litres de produit subventionné sans le moindre document commercial. Dans un entrepôt, les gendarmes ont mis la main sur une cinquantaine de bidons de 5 litres.
Six autres cuves vides portant encore des traces d’huile ont également été récupérées, ainsi qu’un engin de levage servant à les manipuler. Un second véhicule, de marque JAC, transportait quant à lui environ sept cents récipients vides estampillés de deux marques commerciales connues, produites respectivement par Nedao et SIM, là encore sans facture.
Ce recyclage d’emballages de marques réputées interroge sur la destination réelle d’une partie de la marchandise. Les investigations se poursuivent sur ce point précis.
Spéculation, défaut de facturation et blanchiment devant le juge
Présentés au magistrat instructeur le 8 novembre, les suspects font l’objet d’une information judiciaire ouverte pour quatre qualifications pénales : spéculation illicite, détournement d’une marchandise de sa destination privilégiée, absence de facturation et blanchiment de capitaux. Après interrogatoire, le juge d’instruction a ordonné leur placement en détention provisoire.
Le parquet a diffusé l’identité des personnes poursuivies, dont le gérant de la société de chips, âgé de 57 ans, ainsi que son responsable des achats, de 41 ans. Les trois autres mis en cause, âgés de 27 à 41 ans, complètent la liste. L’enquête restant ouverte, la présomption d’innocence demeure pleinement applicable.
Le volet financier du dossier rappelle d’autres procédures récentes où les enquêteurs ont remonté les flux d’argent issus de circuits parallèles, à l’image de cette affaire de blanchiment impliquant devises et métaux précieux.




























