La réunion de l’Union arabe de football (UAFA) à Djeddah est celle du Comité exécutif et non de son assemblée générale. Une nuance qui n’est pas anodine. Aussi faut-il parfois se méfier des chiffres qui donnent immédiatement le tournis. Dans le dossier qui oppose désormais Gianni Infantino à une partie de ses adversaires, chaque soutien est scruté, comptabilisé et présenté comme une démonstration de force. L’UAFA n’échappe pas à cette règle.
Il importe d’appeler les choses par leur nom. On ne peut parler d’une position de l’ensemble du football arabe qui introduit l’amalgame. Selon les observateurs, le communiqué ne donne ni feuille de présence ni résultat détaillé du vote. Il serait donc hasardeux de transformer une décision ou une déclaration du Comité exécutif en un vote représentant automatiquement l’ensemble des fédérations arabes. C’est-à-dire son assemblée générale.
La nuance est d’autant plus importante que l’UAFA n’est pas une confédération continentale comparable à l’UEFA, la CAF ou l’AFC. Son poids politique peut être réel, notamment en raison de l’influence des fédérations du monde arabe, mais il ne faut pas lui attribuer une représentativité institutionnelle qu’elle ne possède pas ou qu’elle n’est pas parvenue à imposer, malgré son immense poids financier.
Il y a également une autre question, plus politique : derrière l’UAFA, plusieurs fédérations du Golfe entretiennent des relations étroites avec les structures asiatiques du football. Leur position dans le futur rapport de forces autour de la FIFA devra donc être observée avec attention. Un soutien ponctuel ne signifie pas nécessairement un alignement définitif. Il y a un risque de division au sein de cette institution. Qui en tirera profit ?
Dans la bataille qui se dessine autour de la présidence de la FIFA, les communiqués, les lettres de soutien et les réunions régionales ne constituent pas encore les bulletins de vote du prochain Congrès. Bien entendu, notre propos n’est pas de minimiser la position prise par le Comité exécutif de l’UAFA, mais nos lecteurs de plus en plus nombreux ont aussi droit à une information débarrassée des raccourcis.
Entre «le Comité exécutif de l’UAFA soutient» et «le football arabe soutient», il existe une différence que le journalisme ne devrait précisément pas effacer, contrairement à certains médias occidentaux. Toutefois, après l’Afrique, l’Europe et la CONCACAF, le moindre mouvement du côté arabe sera désormais interprété comme un indice de la bataille à venir.
Les apparences peuvent être trompeuses. Avant de compter les soutiens, il serait peut-être plus prudent de commencer par compter les votants.
– AHMED BESSOL




























