Le Salon international dédié à l’électricité et aux énergies renouvelables, qui s’est tenu au nouveau pavillon Palestine de la Safex à Alger du 13 au 15 octobre dernier, est édifiant quant à l’intérêt que portent les entreprises chinoises pour les projets dans le segment des énergies renouvelables en Algérie, où elles font un véritable forcing.
Les entreprises emblématiques de cette offensive, CWE et CSCEC, présentes à ce salon, ont décroché à elles deux huit lots sur les vingt projets de centrales photovoltaïques, soit une capacité totale de 1 330 MW sur les 3 200 MW attribués, a-t-on appris auprès de leurs représentants.
Ce sont en effet les Chinois qui dominent cette tranche de 3 200 MW, laquelle s’inscrit dans le cadre du programme national visant à atteindre 15 000 MW de capacité d’ici 2035. Parmi les autres compagnies chinoises majeures ayant raflé des projets de centrales photovoltaïques, on retrouve PowerChina avec 600 MW et CRCC avec 200 MW.
Au total, l’ensemble de ces entreprises chinoises s’est adjugé plus de 2 000 MW sur cette tranche. Leurs projets ont été équipés en panneaux solaires importés de Chine.
Les producteurs locaux de panneaux solaires n’ont pas réussi à placer leurs produits, ces derniers s’étant avérés plus chers que leurs concurrents chinois. Il convient de rappeler que la Chine est le leader mondial des énergies renouvelables et le premier producteur mondial de panneaux solaires.
Il est également à noter que les deux premières centrales photovoltaïques mises en service dans le cadre de ce programme, en mai 2026, ont été réalisées par CSCEC et PowerChina (200 MW chacune).
Capacité installée et perspectives pour 2026
Rencontré lors de l’événement à la Safex, le représentant de CSCEC a indiqué qu’une troisième centrale de 300 MW, située à Foulia (wilaya d’El Oued), a été achevée par sa compagnie mais n’a pas encore été officiellement mise en service par Sonelgaz. Il a ajouté qu’une quatrième centrale sera livrée fin 2026, à Touggourt, avec une capacité de 150 MW.
Ainsi, la nouvelle capacité solaire installée en Algérie pourrait passer à 850 MW en 2026 dans le cadre de ce programme. La capacité totale du pays en énergie solaire pourrait atteindre 1 350 MW à la fin de l’année 2026 (elle dépasse déjà les 1 000 MW), offrant une capacité énergétique supplémentaire disponible de 700 MW.
À titre de comparaison, en 2025, selon World Energy, l’Afrique du Sud s’est classée premier producteur d’énergie solaire sur le continent avec 11 000 MW, suivie de l’Égypte (3 200 MW) et du Maroc (1 086 MW). L’Algérie pourrait donc faire son entrée dans le Top 3 ou consolider sa place dans le Top 4 des plus grands producteurs d’énergie solaire en Afrique en 2026.
Cependant, tous ces projets accusent un glissement dans le planning des travaux. Selon le cahier des charges, les grandes centrales d’une capacité située entre 200 et 300 MW devaient être achevées dans un délai de 14 à 22 mois. La grande majorité des chantiers avait pourtant été lancée en 2024.
Lancement imminent de l’éolien
Les représentants de CWE et CSCEC ont en outre indiqué que leurs entreprises s’intéressent à l’appel d’offres portant sur la réalisation de deux fermes éoliennes de 100 MW chacune (soit 200 MW au total), récemment lancé par la filiale Sonelgaz Énergies Renouvelables.
Situées dans les wilayas de Laghouat et de Djelfa, ces fermes suscitent l’intérêt des deux géants qui ont bien l’intention de soumissionner. Le dépôt des plis est prévu pour le 28 novembre prochain, bien que le cahier des charges, tant attendu par les soumissionnaires, ne soit pas encore disponible, selon le représentant de CSCEC.
K. R.
Le CDER et les acteurs locaux en pointe
L’exemple d’Enicab, également présente à ce salon, illustre bien cette dynamique du contenu local à parachever. Cette entreprise, leader du marché avec 35 % de parts de marché selon son directeur commercial, a fourni l’ensemble des câbles électriques pour ces nouvelles centrales photovoltaïques. Quant au stand du Centre de recherche en énergies renouvelables (CDER), on y apprend que l’établissement mène des recherches poussées dans la valorisation des déchets, l’hydrogène vert et les énergies renouvelables. Une micro-éolienne conçue par le centre y était d’ailleurs exposée. Le CDER accompagne en outre les étudiants dans la préparation de leurs masters dans ces domaines d’avenir. Le cap est donc résolument mis sur la maîtrise technologique des énergies propres.
K. R.
Formation et transfert de savoir-faire
CWE et CSCEC sont des géants du marché international de la construction : CSCEC s’est classée 6ᵉ plus grande entreprise mondiale du secteur en 2023. En Algérie, elle a réalisé plus de 100 000 logements, de grands complexes hôteliers (Hyatt Regency, Sheraton d’Alger, d’Oran et d’Annaba, Marriott de Constantine, La Renaissance de Tlemcen), le Centre international des conférences (CIC) d’Alger, le siège du Ministère de l’Habitat, des pé- nitenciers dans 13 wilayas, ainsi que des axes routiers majeurs comme l’autoroute reliant Bou Ismail à Cherchell. CWE (filiale du groupe CCCG, pré- sent dans plus de 150 pays) est figurée pendant des décennies parmi les leaders mondiaux des grandes infrastructures (hydraulique, électricité, autoroutes). Elle compte plus de 800 projets réalisés dans 80 pays et bénéficie d’une notation financière AAA en Chine. En Algérie, elle a décroché le contrat d’ingénierie du barrage de Mahouane (achevé) et des projets photovoltaïques d’une capacité globale de 780 MW.
PowerChina, spécialisée dans l’électricité, l’irrigation, les mines et le ferroviaire, a réalisé un chiffre d’affaires de 100 milliards de dollars en 2024 et s’est classée 7ᵉ plus grande entreprise énergétique mondiale. CRCC est également un leader mondial de la construction d’infrastructures ferroviaires, de métros et de tramways. Présente dans 130 pays, elle affiche un chiffre d’affaires de 168 milliards de dollars.
Grâce à ce déploiement, les entreprises locales pourraient tirer profit de l’expérience de ces multinationales pour intégrer et développer le contenu local. L’objectif est de diversifier les équipements fabriqués localement et de maîtriser l’ingénierie des installations solaires, alors que le génie civil, la fabrication des câbles et les structures de support sont déjà réalisés à 100 % en Algérie. Il convient également de rappeler que ces sociétés chinoises ont formé de nombreux ingénieurs et cadres algériens dans le secteur du BTP et des énergies propres.
K. R.





























