Une question mérite d’être posée, peut-être plus simplement, peut-être plus profondément : peut-on véritablement aimer l’Algérie sans aimer ses enfants ? Car l’Algérie de demain ne se trouve pas uniquement dans nos discours. Elle est aujourd’hui assise sur les bancs de nos écoles.
Par Hafit Zaouche
L’Algérie de demain aura le visage de la manière dont nous aurons traité ses enfants aujourd’hui.
Nous parlons souvent de
l’amour de l’Algérie.
Nous parlons de patriotisme, de drapeau, d’histoire, de nos martyrs, de notre terre, de nos villes, de nos villages, de nos montagnes et de notre Sahara.
Nous disons que nous aimons ce pays.
Mais une question mérite
d’être posée, peut-être plus simplement, peut-être plus profondément : peut-on véritablement aimer l’Algérie sans aimer ses enfants ?
Car l’Algérie de demain ne se trouve pas uniquement dans nos discours.
Elle est aujourd’hui assise sur les bancs de nos écoles.
Elle est dans les cours de récréation.
Elle est dans les salles de classe.
Elle est dans les clubs sportifs et culturels.
Elle est dans les enfants qui réussissent brillamment, mais aussi dans ceux qui peinent, ceux qui doutent, ceux qui décrochent, ceux qui se sentent différents, ceux qui sont parfois considérés comme «difficiles» et ceux dont personne ne croit plus vraiment à la réussite.
Ce sont tous les enfants de l’Algérie.
Et c’est justement là que commence notre responsabilité.
L’école ne doit pas seulement célébrer ceux qui réussissent
Il est facile de se réjouir lorsqu’un élève obtient une excellente moyenne.
Il est facile de publier sa photo, de lui remettre un diplôme, de le féliciter devant ses camarades et de dire que l’établissement est fier de lui.
Et il faut évidemment le faire.
Mais peut-être que la véritable grandeur d’un établissement scolaire se mesure aussi ailleurs.
Combien d’enfants a-t-il empêchés de décrocher ?
Combien d’élèves a-t-il réussi à remettre sur le chemin de la réussite ?
Combien de jeunes qui se dirigeaient vers l’échec ont-ils été accompagnés ?
Combien d’enfants qui avaient perdu confiance en eux ont-ils retrouvé l’envie d’apprendre ?
Combien de jeunes qui frôlaient l’exclusion ont-ils été
récupérés avant qu’il ne soit trop tard ?
Combien d’élèves ont-ils été encouragés alors qu’ils ne croyaient plus en eux-mêmes ?
Voilà aussi les réussites dont une école devrait s’enorgueillir.
Parce qu’un élève qui obtient 18 de moyenne est une belle réussite. Mais un élève que l’on croyait perdu et que l’on réussit à remettre debout est aussi une immense victoire.
Derrière chaque élève, il y a une histoire
Un enfant qui arrive en retard.
Un enfant qui ne fait plus ses devoirs.
Un adolescent qui devient silencieux.
Un autre qui devient agressif.
Un élève qui perturbe constamment la classe.
Un jeune qui refuse de travailler.
Derrière ces comportements, il n’y a pas toujours simplement de la mauvaise volonté.
Il peut y avoir une difficulté familiale.
Un manque de confiance.
Une souffrance.
Une rupture.
Une incompréhension.
Une peur de l’échec.
Ou simplement un enfant qui ne sait plus comment demander de l’aide.
C’est là que le rôle de l’éducateur devient immense.
Sanctionner lorsque cela est nécessaire, bien sûr. Mais comprendre avant de condamner.
Parce qu’une sanction peut parfois corriger un comportement. Mais une parole juste peut changer une vie.
L’éducateur ne forme pas seulement un élève
Chaque enseignant, chaque éducateur, chaque responsable d’établissement devrait garder à l’esprit une réalité extraordinaire : il ne travaille pas seulement avec des enfants d’aujourd’hui ; il travaille avec les adultes de demain.
Parmi les élèves que nous voyons aujourd’hui dans une classe se trouvent peut-être les futurs médecins, ingénieurs, enseignants, entrepreneurs, journalistes, sportifs, artistes, chercheurs, agriculteurs, artisans, policiers, militaires, responsables associatifs et responsables publics de notre pays.
Mais il y a aussi ceux dont nous ne connaissons pas encore le destin.
Et c’est justement cela qui rend la mission éducative si particulière.
Nous ne savons jamais jusqu’où peut aller un enfant que nous avons encouragé.
Un simple «je crois en toi» peut parfois avoir plus de valeur qu’une longue leçon.
Un enseignant qui refuse
d’abandonner un élève peut devenir, des années plus tard, celui dont cet ancien élève se souviendra en disant : «Il a été l’une des personnes qui m’a empêché de renoncer».
L’avenir de l’Algérie se construit aujourd’hui
Nous voulons une Algérie plus forte. Une Algérie plus propre. Plus juste. Plus prospère. Plus instruite. Plus ouverte. Plus respectueuse.
Mais toutes ces ambitions commencent par l’être humain. Et cet être humain, nous sommes en train de le former aujourd’hui.
L’Algérie de demain aura le visage de la manière dont nous aurons traité ses enfants aujourd’hui.
Si nous leur apprenons le respect, ils construiront davantage de respect.
Si nous leur apprenons la responsabilité, ils deviendront davantage des citoyens responsables.
Si nous leur apprenons la solidarité, ils seront capables de tendre la main à leur tour.
Si nous leur donnons confiance, ils oseront construire.
Mais si nous humilions un enfant, si nous le réduisons à ses mauvaises notes, si nous le condamnons définitivement à cause d’une erreur, si nous lui faisons croire qu’il n’est «bon à rien», nous risquons de lui faire porter cette blessure pendant des années.
La plus belle réussite d’une école ?
Peut-être faudrait-il changer quelque peu notre manière de mesurer la réussite de nos établissements.
Bien sûr, les résultats scolaires sont importants. Les distinctions sont importantes. Les réussites au BEM et au baccalauréat sont importantes. Mais il faudrait également raconter les histoires que les statistiques ne racontent pas.
L’histoire de cet enfant qui ne voulait plus venir à l’école et qui a finalement repris le chemin des cours.
L’histoire de cet élève en grande difficulté qui a retrouvé confiance.
L’histoire de ce jeune qui risquait l’exclusion et que l’équipe éducative a réussi à récupérer.
L’histoire de cet adolescent qui n’avait aucun projet et qui a finalement trouvé sa voie.
Ces histoires-là méritent elles aussi d’être célébrées. Car parfois, la plus belle victoire d’un établissement n’est pas celle qui obtient la meilleure moyenne. C’est celle qui refuse de laisser un enfant derrière.
Aimer l’Algérie, c’est aussi aimer ceux qui la construiront
Nous pouvons aimer nos montagnes, nos plages, nos villes, notre histoire et notre patrimoine. Nous pouvons être fiers de notre drapeau et de notre identité. Mais l’amour d’un pays ne devrait pas s’arrêter à ce que nous possédons. Il doit aussi se mesurer à ce que nous faisons pour ceux qui vont nous succéder.
Et parmi eux, il y a ces millions d’enfants qui franchissent chaque matin les portes de nos établissements scolaires. Ils sont notre avenir. Mais surtout, ils sont déjà notre présent.
Alors, à tous ceux qui travaillent dans nos écoles, collèges et lycées, nous voulons rappeler une chose simple : ne mesurez pas seulement votre réussite au nombre d’élèves qui réussissent sans difficulté.
Regardez aussi ceux que vous avez réussi à sauver de l’échec.
Regardez ceux qui ont retrouvé confiance. Ceux qui ont retrouvé le goût d’apprendre.
Ceux qui ont découvert un talent grâce à un club, une activité sportive, culturelle ou scientifique.
Ceux qui, un jour, partiront de votre établissement avec un diplôme, mais surtout avec la conviction qu’ils ont de la valeur.
C’est peut-être cela, au fond, la plus belle mission de l’école.
Former des citoyens, mais surtout ne jamais renoncer à un enfant.
Car nous ne savons pas encore quel visage aura l’Algérie de demain.
Mais une chose est certaine : elle portera le visage de ses enfants.
Et ce visage sera, en partie, le reflet de la manière dont nous les aurons regardés, accompagnés, encouragés et aimés aujourd’hui.
H. Z.




























