Si le président taiwanais semble prendre au mot la maxime latine «si vis pacem, para bellum» (si tu veux la paix, prépare la guerre), il n’est pas certain que les autorités chinoises l’entendent de cette oreille. En effet, le président Lai Ching-te a annoncé cette semaine son intention d’augmenter considérablement les dépenses en matière de défense pour «empêcher une guerre» avec Pékin, qui continue à revendiquer la petite île d’Asie du Sud-Est comme part de son territoire. Ses 23 millions d’habitants vivent ainsi sous la menace constante d’une attaque de la Chine, qui a menacé d’utiliser la force pour annexer Taiwan. «Notre objectif, en augmentant les investissements dans la défense nationale, n’est pas de provoquer, mais plutôt d’empêcher une guerre», a déclaré le président Lai Ching-te dans un discours à l’occasion de la Fête nationale de Taïwan. Les gouvernements successifs ont augmenté les dépenses militaires au cours de la dernière décennie, alors que Taïwan améliore sa capacité à éviter une éventuelle attaque chinoise et à montrer aux États-Unis, qui aident militairement l’île, qu’elle prend sa propre défense au sérieux. Le gouvernement de Lai a réservé un montant record de 1 100 milliards de nouveaux dollars taïwanais (34,5 milliards de dollars américains, soit 30,8 milliards d’euros) pour les dépenses de défense en 2027, ce qui représente plus de 3 % du produit intérieur brut (PIB). «Nous ne cherchons pas (à imposer) l’hégémonie ni à dominer les autres», a déclaré Lai dans son discours annuel prononcé devant le Bureau présidentiel à Taipei, où une foule était réunie. «Cependant, la paix ne peut pas reposer uniquement sur des vœux, et la tolérance ne peut pas devenir un prétexte pour que les agresseurs empiètent toujours davantage», a poursuivi Lai, soulignant que la Chine continuait d’«exercer des pressions par des activités militaires et dans les zones grises, afin de tenter de modifier le statu quo dans le détroit de Taïwan». Sans surprise, en réponse, la porte-parole du Bureau chinois des affaires de Taïwan, Zhang Han, a accusé Lai de chercher à «faire avancer l’indépendance de Taïwan par des moyens militaires et en s’appuyant sur le soutien étranger, tout en attisant la confrontation dans le détroit de Taïwan», selon l’agence de presse officielle Xinhua. Lai s’est félicité des discussions entre les États-Unis et la Chine, mais a insisté sur le fait qu’il fallait «respecter le droit d’existence du peuple taïwanais». Des responsables américains et taïwanais ont répété à plusieurs reprises que la politique américaine à l’égard de Taïwan n’avait pas changé sous la présidence de Donald Trump, dont les propos ont parfois suscité de vives préoccupations. Bien que les États-Unis aient transféré leurs relations diplomatiques officielles de Taipei à Pékin il y a près de 50 ans, Washington reste le principal soutien sécuritaire de Taïwan. Des inquiétudes ont émergé à Taïwan après la suggestion en mai de Donald Trump, indiquant que les ventes d’armes à l’île pourraient servir de monnaie d’échange avec la Chine, ce à quoi le président taïwanais avait rétorqué que son pays ne pouvait pas faire l’objet d’un «marchandage». Taïwan attend la signature de M. Trump pour l’achat d’armes d’une valeur de 14 milliards de dollars (12,5 milliards d’euros), notamment le système de défense aérienne Patriot fabriqué aux États-Unis. Le président du Parlement, Han Kuo-yu, membre influent du principal parti d’opposition favorable à un rapprochement avec la Chine, a pour sa part déclaré que «le soutien des États-Unis (était) extrêmement important pour la sécurité de Taïwan», tout en soulignant les liens historiques et culturels avec la Chine. Le statu quo reste ainsi plutôt solide dans la zone et rien n’indique, pour le moment, que Pékin soit disposé à une attaque militaire, malgré ses occasionnelles démonstrations de forces militaires près des eaux taiwanaises. C’est d’ailleurs la position de Donald Trump, qui bien que refusant d’assurer un soutien militaire face à la Chine en cas d’attaque, préfère répéter que tant qu’il sera à la Maison-Blanche toute agression armée de la puissance communiste vis-à-vis de l’île est exclue.

- Le président taïwanais Lai Ching-te a annoncé l'intention d'augmenter considérablement les dépenses en matière de défense pour empêcher une guerre.
- Le gouvernement a réservé un montant record de 1 100 milliards de nouveaux dollars taïwanais pour la défense en 2027.
- La Chine a accusé Lai de chercher à faire avancer l'indépendance de Taïwan par des moyens militaires et en s'appuyant sur le soutien étranger.
- Washington reste le principal soutien sécuritaire de Taïwan et l'île attend la signature pour l'achat d'armes d'une valeur de 14 milliards de dollars.
- Le statu quo reste solide et rien n'indique pour le moment que Pékin soit disposé à une attaque militaire.


















