La Lituanie ayant appartenu à l’ex-URSS durant près de cinq décennies, a gardé une attitude très hostile vis-à-vis de la Russie moderne, craignant constamment que Vladimir Poutine ne décide de « reprendre » le pays. Cette semaine le petit pays de près de trois millions d’habitants avance dans cette optique vers la levée de l’interdiction constitutionnelle des armes nucléaires. Le vote décisif des députés pouvant intervenir en janvier prochain. « Nous réagissons à l’agression de la Russie. Si la Russie n’avait pas déclenché la guerre en Ukraine, nous n’aurions pas de délibérations comme celles d’aujourd’hui », a déclaré le ministre lituanien de la Défense, Robertas Kaunas, cité par des médias locaux. En conséquence, le Kremlin a averti de son côté mardi que cette décision pourrait entraîner une nouvelle escalade dans la région. « Si l’infrastructure militaire (des États-Unis) se rapproche de nos frontières, alors, bien sûr, cela ne peut être perçu que comme une étape vers une escalade des tensions », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. Il a ajouté que le déploiement d’armes nucléaires sur le territoire d’un État voisin aurait le même effet. Selon lui, aucun de ces déploiements ne contribuerait à la stabilité du continent européen, mais marquerait au contraire, « à notre grand regret, une nouvelle escalade significative des tensions ». Mardi, le Parlement lituanien a approuvé l’amendement à la Constitution par 106 voix pour, 18 contre et six abstentions. Le prochain et ultime vote entérinant l’adoption de cet amendement ne pourra avoir lieu qu’en janvier 2027, conformément à l’exigence légale d’un intervalle d’au moins trois mois entre les votes sur les modifications constitutionnelles, qui doivent réunir une majorité des deux tiers de voix au Parlement. Vilnius affirme que l’interdiction actuelle de stationner des armes nucléaires sur son sol empêcherait ses alliés de potentiellement déployer ou déplacer des armes nucléaires tactiques via son territoire, ajoutant que la Lituanie est le seul pays du flanc oriental de l’Otan à avoir une telle interdiction inscrite dans sa Constitution. Les responsables baltes soutiennent que la Russie utilise une rhétorique nucléaire pour faire pression sur l’Otan, en évoquant des précédents de menaces nucléaires et d’exercices militaires impliquant le vaste arsenal nucléaire du pays. La Russie a déjà annoncé le déploiement de missiles nucléaires tactiques en Biélorussie, pays voisin des membres de l’UE et de l’Otan que sont la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. En 2022, le ministre lituanien de la Défense de l’époque, Arvydas Anusauskas, avait déclaré que la Russie détenait déjà des armes nucléaires dans l’enclave de Kaliningrad, sur la côte Baltique, coincée entre la Pologne et la Lituanie. Début octobre, le président russe Vladimir Poutine a également menacé d’utiliser « tous les types d’armes » pour défendre Kaliningrad. Si la culpabilité de Moscou dans l’enclanchement de la guerre en Ukraine ne fait pas de doute, les anciens pays de l’URSS ont toujours montrés une méfiance extrême vis-à-vis du Kremlin, n’hésitant pas souvent à attribuer à la Russie les pires desseins mut par la crainte de voir l’armée rouge tenter de reprendre leurs territoires. Toutefois, l’escalade actuelle ne semble être profitable à aucune partie et ne fait que tendre une situation déjà tendue à l’extrême. Surtout alors que Moscou a déjà en début de semaine protesté contre les nouveaux essais nucléaires français, y voyant là une démonstration de force envers l’ex-géant soviétique, qui cette semaine encore dévoilait pour sa part de nouvelles technologie militaires. F. M.

- La Lituanie envisage de lever l’interdiction constitutionnelle des armes nucléaires en réaction à l’agression de la Russie en Ukraine.
- Le Parlement lituanien a approuvé un amendement à la Constitution par 106 voix pour, 18 contre et six abstentions.
- Le prochain et ultime vote entérinant l’adoption de cet amendement pourrait intervenir en janvier prochain.
- Le Kremlin a averti que cette décision et un éventuel rapprochement militaire pourraient entraîner une nouvelle escalade des tensions dans la région.
- La Lituanie est le seul pays du flanc oriental de l’Otan à posséder une interdiction des armes nucléaires inscrite dans sa Constitution.


















