À la faveur des extensions urbaines en cours et des programmes de logements, toutes formules confondues, fortement soutenus par l’État, d’une part, et dans la foulée du mouvement de la relance économique marquée par des activités en croissance continue au niveau des zones industrielles et des zones d’activités créatrices d’emplois et génératrices de mobilité des populations, principalement en direction des villes, d’autre part, ces dernières sont en train de traverser une mutation démographique et urbaine sans précédent.
Impactés par un rythme de croissance et de métamorphose territorial, les paysages urbains et le cadre de vie des populations sont mis à rude épreuve.
Afin de faire face au mouvement de l’exode rural persistant et à la pression démographique croissante, l’État a déployé des programmes de logements d’une ampleur inédite (AADL, logement social, promotionnel public…).
Cette production massive de logements s’alimente naturellement de l’attractivité des grandes agglomérations, stimulée par l’expansion des zones industrielles et des parcs d’activités économiques, grands pourvoyeurs d’emplois. Ce cercle vertueux de l’emploi génère une demande continue en logements, poussant les périmètres urbains au-delà de leurs limites connues jusqu’ici.
La croissance des grandes villes algériennes, et parfois même des villes moyennes (de 50 000 à 70 000 habitants), a conduit, dans un grand nombre de cas, au phénomène de bétonisation à outrance, jusqu’à dissiper dans certains endroits toutes les couleurs qui évoquent la nature, principalement le vert.
Cette bétonisation rapide s’est faite souvent au détriment de la valeur paysagère, source d’une esthétique urbaine, d’une détente pour des habitants et travailleurs éreintés par le bruit de la circulation et des usines suburbaines et de lieu de récréation pour les familles et les enfants.
Espaces verts : loin des normes mondiales
Ainsi, la ville s’accroît, s’étend, s’étire, se prolonge, déborde sur les anciens terrains agricoles ou en friche, reçoit des milliers de nouveaux habitants vivant dans le quasi-anonymat des bâtiments, ne se connaissant pas entre eux, car venus de différents horizons géographiques, et peu enclins à s’organiser autour de l’idée d’améliorer leur cadre de vie dans un cadre associatif ou de comités de quartier. Si cela se fait dans quelques villes ou cités, le phénomène demeure minoritaire.
Le fait est que même l’ancien parc d’espaces verts hérités des premières années de l’Indépendance ou de l’administration coloniale se trouve mis à mal par la pression pesant sur le milieu urbain, sans perdre de vue que l’étalement du tissu urbain en surface au-delà d’une certaine limite favorise l’émergence de constructions illicites et rehausse la vulnérabilité aux inondations par l’imperméabilisation incontrôlée des sols.
Globalement, pour l’ensemble des villes algériennes, le ratio de surfaces végétalisées par habitant reste bien inférieur aux normes internationales. Ces dernières sont de 10 m² par habitant. Le ratio des villes algériennes, en moyenne consolidée, est de 4,01 m² par habitant. Mais de gros contrastes existent entre les villes, faisant que certaines d’entre elles voient leur ratio descendre au-dessous de 1.
Les pouvoirs publics ont déployé des efforts dans la création de forêts récréatives. Ce sont des forêts urbaines ou suburbaines appartenant à l’État qui ont bénéficié d’un arrêté de création les érigeant en espaces de détente et de loisirs pour les populations des villes. 141 forêts sont élevées à ce statut dans 36 wilayas, mais seules 24 d’entre elles sont réellement exploitées à ce jour.
Des initiatives à consolider et à pérenniser
Les nouveaux ensembles résidentiels créés aux confins des anciens périmètres urbains pâtissent, dans un grand nombre d’agglomérations, d’un déficit des aires de détente et de récréation. Avec les changements climatiques qui affectent toute la planète, les villes en déficit de verdure souffrent du rehaussement de températures dû à la bétonisation du sol et à l’absence de couverture végétale susceptible de créer de l’ombrage.
D’après des mesures faites par des urbanistes, une couverture végétale créant de l’ombrage peut réduire la température de l’air en ville de 1,5 °C à 5 °C, tandis que la température ressentie par l’homme, créant son confort thermique, peut baisser de 2 °C à 8 °C sous le houppier des arbres. Sur un sol directement protégé du soleil (béton ou goudron), la chute de la température peut même atteindre 10 °C à 20 °C.
Face à l’urgence de corriger le tir, de réajuster les règles du cadre de vie dans les villes de moyenne et grande étendue et de se rapprocher des normes mondiales en vigueur, les pouvoirs publics ont intervenu, au cours de ces dernières années, par différentes initiatives consistant, par exemple, en de vastes opérations d’amélioration urbaine (mise à niveau des voiries, extension et modernisation de l’éclairage public, y compris par l’utilisation de l’énergie solaire dans certaines villes, réaménagement des places publiques et opérations de nettoiement).
Ces opérations permettent de conférer une nouvelle esthétique et une meilleure fonctionnalité aux anciens quartiers ou à ceux récemment créés. De même, sous l’impulsion du ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire, il a été décidé la mise en œuvre de la « Ceinture verte » autour des grands centres urbains, visant à créer des boucliers écologiques, des réservoirs d’absorption des poussières urbaines, et des moyens d’atténuer les températures dans les boulevards et quartiers, tout en offrant de nouveaux espaces naturels aux habitants, dédiés à la détente et à la récréation.
A. N. M.




























