Après trois jours d’auditions et des réquisitions de dix ans de prison ferme, la défense a eu le dernier mot. Quinze avocats ont plaidé l’acquittement et retourné l’audience en réquisitoire contre l’accusation. Jugement le 27 octobre.
Trois anciens présidents, deux secrétaires généraux, deux directeurs de l’administration générale, cinq anciens membres du Bureau fédéral et deux employées sont poursuivis, notamment pour dilapidation de deniers publics, abus de fonction et octroi d’avantages injustifiés. Dimanche, près de douze heures de plaidoiries ont tourné autour d’une seule question : où est le préjudice ?
«La FAF ne réclame rien»
Jeudi soir, l’avocat de la FAF s’est contenté de demander «la sauvegarde de ses droits». L’avocate de Mohamed Saad, Ouali Nacera, s’y est engouffrée : si la fédération et le ministère, parties civiles, ne réclament rien, «cela signifie que la FAF n’a subi aucun préjudice». Son client, accusé de détournement, n’a jamais été interrogé sur l’argent prétendument détourné. Dimanche, Me Lyes Hammoum, son second avocat, a enfoncé le clou : l’IGF, les expertises et le commissaire aux comptes n’ont trouvé aucune trace d’argent public. «Il n’y a pas d’affaire, le dossier est vide.»
Saoud et les 915 dinars
Me Sofiane Saoud, premier avocat de Kheïreddine Zetchi, a répondu sur les faits, pièces comptables à l’appui. L’instruction est partie des déclarations de l’actuel secrétaire général de la FAF, Nadir Bouznad, selon qui la fédération « reçoit » des subventions du MJS. «Il n’a pas dit qu’elle en a reçu.» Bilans certifiés à l’appui : pas un centime d’argent de l’État, pas de contrat- programme. Le seul compte destiné aux subventions affichait 915 dinars à l’arrivée de Zetchi et n’a pas bougé jusqu’à son départ. Sans argent public, pas d’agent public : une association est régie par sa propre loi, qui ne renvoie nulle part à la loi 06-01 sur la corruption.
Adidas ? Un sponsoring en nature, exécuté à 90 % selon l’expertise complémentaire de l’expert Saoudi, ordonnée par la juge d’instruction, contre 45 % selon l’IGF. Le règlement intérieur ne prévoit d’appel d’offres que pour les achats et les travaux, pas pour le sponsoring. Concorde Voyages ? «Une simple lettre qui a été qualifiée de contrat», et deux virements de moins de 1,5 million de dinars au total, autorisés par la Banque d’Algérie.
Feddag : «Où est le problème ?»
Me Abdelkrim Feddag prend le relais sur le terrain du droit. La FAF est une association régie par la loi 12-06 : le code des marchés publics ne s’y applique pas. Les bilans de l’ère Zetchi ont obtenu le quitus de l’assemblée générale
et du Trésor. «Pas de réserve du représentant du ministère, pas de réserve du commissaire aux comptes.» Sur Adidas : «Comment parler de détournement quand il n’y a pas d’argent ?» Le contrat d’Amine Labdi, que l’accusation dit introuvable, il le brandit devant la juge : «Reste à répondre : pourquoi a-t-il disparu de la fédération ?» Puis il s’attaque aux trois piliers de l’accusation : la qualité d’agent public, l’existence d’argent public, sa dépense. Aucun ne tient, plaide-t-il, et l’ordonnance de renvoi n’est pas motivée. Et, encore et encore : «Alors, où est le problème ? Moi, je ne comprends pas.»
«On parle de maillots»
Pour Djahid Zefizef, Me Kamel Allag frappe fort : «Deux ans d’enquête, on parle de maillots, d’appels d’offres, et ces gens sont en prison.» Selon lui, la juge d’instruction a traité la FAF comme une entreprise publique. Et l’accusation se trompe d’enjeu : «Ce n’est pas la réputation des cadres du MJS, c’est l’image de laFAFauprèsdelaCAFetdela FIFA, c’est l’image de l’Algérie.» Sa consœur Me Madina Azzizi s’attaque au calcul du préjudice : «Ils ont pris factures n° 1, n° 2, n° 3 et ont estimé que le total constituait le préjudice !» Quant à la FAF, venue « timidement » : «Si elle avait réellement subi un préjudice, elle l’aurait elle-même signalé et demandé réparation.»
Et Walid Sadi ?
MeYacine Gazem, avocat de Berraf Abdelmoumen, pose la question qui fâche. «Je vais me contenter du droit.» Au nom du parallélisme des formes, «pourquoi entendre trois présidents, deux secrétaires généraux et deux directeurs de l’administration générale, sans que l’actuel président de la FAF, Walid Sadi, soit entendu, ne serait- ce que comme témoin ? Peut-être parce qu’il est ministre ?» La juge le coupe : «Il ne dispose d’aucune qualité légale.» L’avocat insiste. Walid Sadi, ministre des Sports depuis novembre 2024, est selon lui «en situation de cumul de fonctions interdit par les textes.» «S’il n’était que président de la FAF, il serait venu. C’est lui qui les a ramenés ici, c’est lui la partie civile.»
Chaque avocat son dossier
Pour Mounir Debichi, Me Boukrouh assume les trois factures Concorde, d’environ 65 000 euros chacune, soit à peu près les 29 millions de dinars retenus par l’expertise : l’article 21 du règlement intérieur les permet sans appel d’offres. Il accuse la FAF de «rétention de documents» et l’expert d’avoir outrepassé ses prérogatives en interprétant un texte de loi. L’IGF elle-même, rappelle-t-il, ne relève aucune infraction dans le choix de l’hôtel Tazrout (page 41 de son rapport). Pour Charaf-Eddine Amara, ses avocats jugent réglementaire le recrutement d’Amine Labdi à 750 000 DA par mois, quand des managers de clubs touchent trois fois plus. Il n’a rien inventé, le poste existait des années plutôt avec des salaires entre 1 à 2,5 millions. Soixante salariés ont été régularisés, du jardinier au manger général. «L’expertise dit ne pas avoir trouvé de dossier, ce n’est pas trois ans après et le passage de trois Bureaux fédéraux successifs, il fallait venir demander des explications quand mon client était là-bas. La FAF n’est pas logique, Amara est responsable jusqu’au 31/03/2022.»
Pour Abdelghani Nekkache, Me Abderrezak Sebaa rappelle que le rapport sur le stock remis à la passation de consignes a été validé par la fédération, le commissaire aux comptes et le Trésor public. «Triste, une fédération avec des archives et des ordinateurs qui nous dit ne pas trouver de documents.» Il va jusqu’à invoquer la prescription, et cite le président Abdelmadjid Tebboune, qui a rappelé le droit du gestionnaire à l’erreur, tant qu’elle ne l’enrichit pas, lui ou ses proches. «Le doute doit profiter à l’accusé.»
– NAZIM BESSOL
























