Selon une étude publiée en 2026 dans le Journal of Economics and Rural Development, les financements bancaires, les dispositifs de soutien aux agriculteurs et le développement de projets stratégiques dans le Sud constituent les principaux axes de cette politique, avec pour objectif d’améliorer les rendements et de moderniser les exploitations agricoles.
Le secteur agricole bénéficie d’un effort financier soutenu, notamment à travers la Banque de l’agriculture et du développement rural (BADR), qui a mobilisé 221 milliards de dinars en 2024 pour financer différents projets agricoles, soit une progression d’environ 7 % par rapport à 2023, selon les données rapportées par l’étude de Khadidja Redda et Assia Bourezak, publiée en mars 2026.
Ces financements sont principalement orientés vers la modernisation des équipements, le développement des infrastructures de stockage, la transformation agroalimentaire et l’amélioration des systèmes d’irrigation. Toutefois, les auteures soulignent que la ventilation détaillée des crédits par type d’investissement n’est pas disponible, ce qui limite l’évaluation précise de leur impact sur les performances du secteur.
Au-delà des ressources financières mobilisées, l’enjeu consiste désormais à transformer l’investissement en gains durables de productivité, dans un contexte marqué par les tensions sur les marchés internationaux, la volatilité des prix des produits alimentaires et les contraintes climatiques.
Le Sud, nouveau pôle de développement agricole
Le développement des grandes exploitations agricoles dans les wilayas du Sud constitue l’un des axes structurants de la stratégie nationale visant à accroître les capacités de production et à réduire les importations. Le décret exécutif n° 24-55 du 23 janvier 2024 prévoit, à cet effet, l’attribution exceptionnelle de terres relevant du domaine privé de l’État sous forme de concession pour la réalisation de projets agricoles à caractère stratégique.
Ces projets concernent notamment les céréales, les cultures fourragères, les oléagineux, la betterave sucrière, l’élevage bovin, la production laitière et carnée, ainsi que la multiplication des semences.
L’étude recense trois projets sélectionnés, illustrant l’ampleur des investissements envisagés dans les régions sahariennes. Il s’agit de TAFADIS SPA, avec une superficie de 20.000 hectares à Ouargla et Touggourt, destinée notamment aux céréales, à la betterave sucrière et au tournesol ; de BF Al Djazair SPA, avec 36.000 hectares à Timimoun pour les céréales et les légumineuses ; et de BALADNA El Djazair SPA, avec 117.000 hectares à Adrar, consacrés aux céréales, aux cultures fourragères et à l’élevage.
L’objectif est de valoriser le potentiel foncier des régions sahariennes, en s’appuyant sur l’irrigation localisée, les techniques agricoles modernes et le développement de nouvelles surfaces cultivées. Cette orientation pourrait contribuer à élargir la base productive nationale, à condition de maîtriser les contraintes liées à la disponibilité de l’eau, à la qualité des sols et à la durabilité des systèmes de production.
Des dispositifs de financement pour soutenir les exploitations
Le financement constitue un autre levier essentiel de la politique de développement agricole. Parmi les mécanismes existants, les crédits ETTAHADI et R’FIG visent à répondre aux besoins des investisseurs et des agriculteurs, selon la nature de leurs projets et leurs cycles d’activité.
Le crédit ETTAHADI est destiné au financement des investissements agricoles, notamment l’aménagement des terres, les systèmes d’irrigation, l’acquisition d’équipements, l’élevage, la création de structures de stockage, la transformation, le conditionnement et la commercialisation des produits agricoles. Il couvre également les projets liés à la préservation des ressources génétiques végétales et animales.
De son côté, le crédit saisonnier R’FIG permet de financer les besoins courants des exploitations, tels que l’achat de semences, d’engrais, de produits phytosanitaires, d’aliments pour le bétail et de produits vétérinaires, ainsi que les travaux de labour, de semis et de récolte.
À ces dispositifs s’ajoutent des aides à l’acquisition de matériels agricoles fabriqués localement. Selon les modalités présentées dans l’étude, les subventions peuvent couvrir 30 % du prix TTC pour un achat individuel et 40 % pour un achat collectif. Le soutien à l’achat des engrais représente, quant à lui, 20 % du prix de référence.
Un nouveau mécanisme de financement, mis en place avec la participation de plusieurs banques publiques, prévoit également la prise en charge intégrale des intérêts par le ministère de l’Agriculture. Les plafonds annoncés atteignent 100 millions de dinars pour les projets individuels et 200 millions de dinars pour les projets collectifs. Ce dispositif vise notamment la création et la modernisation des exploitations, le stockage, la transformation, le conditionnement et l’exportation des produits agricoles.
Les résultats présentés dans l’étude font état d’une progression graduelle de la superficie agricole utile (SAU). Celle-ci est passée de 8,4 millions d’hectares en 2013 à 8,7 millions d’hectares en 2023, soit une augmentation de 300.000 hectares, correspondant à une hausse de 3,6 % sur dix ans.
Une progression des terres agricoles exploitées
Cette évolution reflète les efforts engagés pour développer de nouvelles terres, notamment dans le Sud, et renforcer les programmes d’aménagement et d’irrigation. Néanmoins, les auteures rappellent que l’extension des superficies agricoles reste limitée par les conditions climatiques arides et la qualité variable des sols.
Par ailleurs, l’étude relève une augmentation de la valeur de la production agricole, passée de 3.500 milliards de dinars en 2021 à 4.550 milliards de dinars en 2022, soit une progression de 31 %. Elle mentionne également une amélioration des rendements céréaliers, notamment du blé, avec des objectifs de progression de la productivité à l’hectare.
Ces indicateurs témoignent d’une évolution favorable de certaines composantes du secteur. Toutefois, la hausse de la valeur de la production ne permet pas, à elle seule, de mesurer l’évolution des volumes produits, des rendements réels ou de la rentabilité des exploitations.
La productivité, principal défi à relever
Malgré les financements mobilisés et le développement de projets structurants, la transformation de l’investissement en gains de productivité durables demeure un enjeu central. Pour les auteures, l’évaluation de l’efficacité des politiques agricoles nécessite un suivi plus précis des investissements réalisés et de leurs résultats sur le terrain.
La disponibilité de données détaillées sur la répartition des financements, les rendements par culture, les volumes produits et les performances des exploitations permettrait de mieux mesurer l’impact des dispositifs publics et d’orienter les ressources vers les segments présentant le plus grand potentiel de développement.
La maîtrise de l’irrigation figure également parmi les priorités, particulièrement dans les régions sahariennes, où l’expansion des surfaces cultivées doit s’accompagner d’une utilisation rationnelle des ressources hydriques. La modernisation des équipements, la formation des agriculteurs et le développement des capacités de stockage et de transformation constituent d’autres facteurs susceptibles d’améliorer la compétitivité des filières.
R. E.





























