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Tentative de déstabilisation armée: Niamey accuse l’Élysée

Tentative de déstabilisation armée: Niamey accuse l’Élysée

Accusée officiellement par Niamey d’avoir armé la main des mutins de la base 101, la France dément en bloc. Mais l’histoire, elle, ne joue pas en sa faveur : de Bamako à N’Djamena en passant par Niamey, Paris traîne un lourd passif d’ingérence sur le continent qui rend son démenti bien difficile à croire.

Par Kahina Ait Yahia

Dans la nuit du vendredi 28 au samedi 29 août 2026, des soldats en rupture avec leur hiérarchie ont tenté de séquestrer certains de leurs camarades à la base aérienne 101 de Niamey, jouxtant l’aéroport international Diori-Hamani, avant d’ouvrir le feu sur plusieurs sites sensibles de la capitale, dont les abords du palais présidentiel et de la Télévision nationale. Les mutins, menés selon plusieurs sources par de jeunes officiers venus de garnisons de l’intérieur, sont parvenus à s’emparer d’une partie de la base 101 pendant près d’une journée entière.
Ce n’est que dans la soirée du 29 août que la Garde présidentielle, restée fidèle au général Abdourahamane Tiani, a repris le contrôle du site, avec l’appui déterminant des paramilitaires russes de l’Africa Corps déjà présents sur place. La télévision publique RTN a diffusé des images de soldats arrêtés, faisant état de dizaines de militaires tués ou interpellés.
Réuni le vendredi 4 septembre sous la présidence du général Tiani, le Conseil des ministres nigérien a tranché sans détour : la mutinerie a été «orchestrée par les éléments du Bataillon spécial du renseignement du Commandement des opérations spéciales», avec à sa tête, selon les mots mêmes du communiqué, «le régime français de M. Macron». Des militaires «félons et renégats», à qui l’on aurait fait miroiter monts et merveilles, auraient été chargés d’exécuter ce que Niamey qualifie de dessein inabouti de la France dans le pays.
Le texte pointe aussi le «double visage» de certains pays africains ayant servi de relais à cette entreprise de déstabilisation, tout en saluant chaleureusement la solidarité affichée par les États de l’AES, l’Algérie et la Russie. Niamey affirme avoir compilé un ensemble de preuves et se réserve le droit de saisir les juridictions internationales – une démarche qui, si elle aboutit, pourrait pour la première fois donner un cadre juridique aux accusations récurrentes portées contre Paris par les régimes sahéliens.

L’Algérie, un allié qui assume ses responsabilités
Dès le lendemain de la mutinerie, dimanche 30 août, l’Algérie a répondu présent à la demande expresse des autorités nigériennes en dépêchant à Niamey quatre avions de chasse Soukhoï Su-30, armés de missiles air-air, accompagnés d’un avion ravitailleur Iliouchine Il-78. Le ministère algérien de la Défense a précisé que ce déploiement intervenait «en exécution des instructions du Président Abdelmadjid Tebboune» et «en réponse à la demande des autorités nigériennes», dans le contexte de la tentative de déstabilisation du pays. Ce geste, une première depuis l’indépendance algérienne, illustre une solidarité africaine concrète et assumée, loin des postures ambiguës habituellement reprochées à d’anciennes puissances coloniales : quand un pays du Sahel est menacé, c’est un voisin africain qui répond présent, pas une puissance étrangère qui vient réclamer des comptes.

Le déni de Paris, une habitude bien rodée
Interrogé hier sur RFI, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a rejeté les accusations nigériennes, parlant de «pures fantaisies» et assurant qu’il n’y avait eu «ni intention ni moyen» mobilisés par la France. Un démenti qui s’inscrit dans une longue tradition : depuis le retrait forcé de ses troupes du Mali en 2022, du Burkina Faso en 2023 puis du Niger en 2023, Paris nie systématiquement toute implication chaque fois qu’un régime sahélien pointe sa responsabilité dans une tentative de déstabilisation.
Car le passif est lourd. Depuis les indépendances des années 1960, la France a multiplié les interventions militaires directes sur le continent – au Tchad, au Gabon, en Côte d’Ivoire, aux Comores – souvent pour maintenir au pouvoir des dirigeants alignés sur ses intérêts ou, à l’inverse, pour en écarter d’autres devenus gênants. Le réseau informel qualifié de «Françafrique», fait de relations occultes entre l’Élysée et certains chefs d’État africains, de réseaux d’affaires et de services de renseignement, a longtemps servi à sécuriser l’accès de la France aux ressources stratégiques du continent, uranium nigérien en tête, indispensable à son parc nucléaire. La zone franc CFA, dont le franc CFA reste un symbole persistant de dépendance monétaire pour plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale, illustre cette même logique de tutelle économique héritée de la période coloniale.
Dans ce contexte, difficile pour Niamey, comme pour Bamako ou Ouagadougou avant elle, de ne pas voir dans chaque épisode de troubles internes la trace possible d’une France qui peine à digérer la perte de son influence dans son ancien pré carré. Le communiqué du Conseil des ministres nigérien ne fait, en somme, que remettre sur la table un contentieux vieux de plusieurs décennies, que les seuls démentis de Paris ne suffisent plus à éteindre.

Le Sahel se réorganise sans la France
L’épisode confirme surtout une tendance de fond : la France se retrouve aujourd’hui reléguée au rang de simple accusée, sommée de se défendre depuis Paris, pendant que les solidarités africaines et eurasiatiques se recomposent sur le terrain. Russie, Algérie et Alliance des États du Sahel avancent, chacune à leur manière, quand la France, elle, n’a plus que des démentis à opposer à un continent qui tourne la page.
K. A. Y.

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