Lors de son installation, en mars 2026, à la tête de l’Office national des statistiques (ONS), le professeur Kamal Oukaci, qui était auparavant enseignant-chercheur en sciences économiques à l’Université de Béjaïa, a donné les orientations devant présider au fonctionnement de l’appareil statistique national et à sa stratégie de développement. Il a rappelé la nécessité d’adopter une vision renouvelée du système statistique national, alignée sur les orientations stratégiques des hautes autorités du pays.
Cela devrait se traduire par un arrimage impératif de l’organisme aux technologies modernes pour la production, le traitement et la diffusion de la donnée statistique. De même, l’accent a été mis sur le déploiement d’une approche territoriale de la collecte et de la gestion des données pour mieux refléter les réalités locales.
Enfin, pour une véritable centralisation des données et de leur exploitation ouverte à tous les secteurs et intervenants, le directeur général de l’ONS a évoqué la nécessité impérative d’atteindre le stade de l’interopérabilité des systèmes pour une exploitation optimale des informations dans l’élaboration et la conduite des politiques publiques économiques, sociales et environnementales.
Cette phase de maturité du système d’information statistique, projetée pour le court terme par les pouvoirs publics et les gestionnaires des organismes relatifs aux statistiques, est l’un des outils majeurs permettant de piloter une économie en pleine mutation et de répondre aux exigences d’une croissance durable. Ainsi, disposer de données fiables, récentes et traçables, est devenu un impératif souverain.
L’époque où les politiques publiques s’appuyaient sur des projections approximatives est appelée à être rapidement dépassée. L’Algérie a engagé une modernisation en profondeur de ses appareils de mesure pour en faire de véritables instruments d’anticipation et d’orientation.
Une priorité nationale pour le président de la République
Le président de la République a fait de la transparence statistique et de la numérisation intégrale les piliers centraux de la stratégie de gouvernance et de réforme économique du pays.
À plusieurs reprises lors des conseils des ministres, des rencontres gouvernement-walis et des entrevues périodiques avec la presse nationale, il est revenu de manière insistante sur ces deux orientations fondamentales.
Il a souligné que des décisions économiques efficaces ne peuvent reposer sur des données approximatives ou falsifiées, comme cela a été constaté souvent auparavant, comme il a dénoncé la gestion passée, basée sur des chiffres gonflés ou inexacts, qualifiant cette pratique de menace pour la sécurité nationale et le développement. Il a exigé que les données sur la production agricole, les importations, le chômage et la croissance reflètent strictement la réalité du terrain.
En effet, l’exécutif gouvernemental ne peut pas élaborer de véritable politique publique ni cibler les aides sociales de manière équitable sans un appareil statistique rigoureux et moderne. Dans ce contexte, « la vérité des chiffres est destinée à servir de baromètre pour évaluer le travail des ministres et des gestionnaires locaux ». Toute déclaration statistique non fiable constitue incontestablement une entrave à la bonne marche de la planification et de la programmation budgétaire.
Afin de garantir la fiabilité des données et lutter contre la bureaucratie et la corruption, le président de la République a instruit les différents organes de l’État pour une accélération du chantier de numérisation, lequel, il faut le rappeler, a connu un retard reconnu et déploré par le président lui-même. Il a imposé des échéances strictes au gouvernement pour numériser l’ensemble des secteurs administratifs et économiques, insistant sur le fait que « la numérisation ne doit pas se limiter à une simple vitrine technique, mais interconnecter les institutions de l’État dans un système d’interopérabilité optimal ».
Un accent particulier a été mis sur la numérisation de la fiscalité, du domaine national, des douanes et du commerce extérieur. L’objectif principal est de tracer le circuit des marchandises, de maîtriser les flux financiers et de lutter contre l’évasion fiscale, le marché parallèle, la surfacturation et la sous-facturation, comme il s’agit également de maîtriser le foncier en tant que réserve urbaine, exploitation agricole et offre pour l’activité industrielle ou touristique.
Réseau réactif et numérisé
À l’heure où l’Algérie accélère sa diversification économique et affine ses politiques de soutien social, la donnée statistique s’impose comme l’un des puissants leviers du développement général du pays.
En transformant le système statistique national en un réseau réactif et numérisé, le gouvernement, le Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) et d’autres organismes participant à la conception des politiques publiques, ne se contentent plus d’analyser le passé, mais ils se dotent d’une véritable boussole décisionnelle capable de guider le pays face aux défis complexes de l’économie moderne.
Le saut technologique qu’est en train de réaliser l’Algérie a rapidement trouvé ses premières applications concrètes lors des grandes enquêtes structurelles menées à travers le territoire national. Le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) ainsi que le 5ᵉ Recensement Général de l’Agriculture (RGA) ont marqué un tournant majeur dans les opérations de recensement.
L’abandon progressif du papier au profit de tablettes électroniques interconnectées et de géolocalisations satellitaires a permis une collecte en temps réel, éliminant les biais d’encodage manuel et réduisant considérablement les délais de traitement des résultats.
De même, la traçabilité rigoureuse des données renforce la transparence de l’action publique et garantit l’intégrité de l’information économique, un signal fort envoyé aussi bien aux gestionnaires locaux qu’aux investisseurs nationaux et étrangers.
Une donnée fiable, traçable et instantanément accessible offre une visibilité inédite, permettant un ciblage précis des infrastructures selon les besoins réels, une cartographie exacte de la production agricole et du tissu industriel grâce aux données sectorielles actualisées, et enfin, une meilleure traçabilité des flux financiers et commerciaux pour une intégration progressive des activités informelles dans le circuit officiel.
A. N. M.





























