La réforme de l’organisation pédagogique de l’enseignement secondaire annoncée pour la rentrée 2026-2027, ouvre une nouvelle étape dans l’évolution du système éducatif algérien. Entre nécessité d’allègement du nombre des épreuves de cet examen et la préservation du socle des connaissances des élèves, les décisions ne font pas l’unanimité.
Par Fatima Arab
Le ministre de l’Education nationale présente les nouvelles dispositions comme étant «des mesures qui ambitionnent de rapprocher davantage le parcours scolaire des élèves des exigences de l’enseignement supérieur et des besoins futurs du pays». Il s’agit, selon le projet présenté il y a quelques jours, d’une nouvelle conception du parcours au lycée qui se dessine. L’élève est appelé à se spécialiser progressivement, à approfondir davantage les disciplines correspondant à son orientation et à construire un parcours cohérent avec ses futures études universitaires.
Le ministre de l’Education nationale a clairement expliqué que la réorganisation du secondaire «répond à une logique de spécialisation progressive». Il ne s’agit plus seulement de répartir les matières entre les trois années du lycée, mais de construire des parcours davantage différenciés en fonction des profils de formation recherchés.
Selon M. Sadaoui, la détermination des filières, de leurs matières et de leurs volumes horaires, relève d’une vision prospective destinée à répondre aux besoins futurs de la société et à préparer les compétences dont le pays aura besoin dans différents domaines.
Dans cette logique, la troisième année secondaire doit être davantage consacrée aux disciplines fondamentales et caractéristiques de chaque filière. Certaines matières qui étaient auparavant enseignées en troisième année, mais qui ne sont pas directement liées à la spécialisation ou aux parcours universitaires correspondants, seront ainsi reprogrammées en première ou en deuxième année secondaire.
Le ministère insiste sur le fait qu’aucune matière n’est totalement supprimée du parcours secondaire dans le cadre de cette réorganisation. «Il s’agit essentiellement de revoir leur programmation et leur répartition entre les trois années, afin de dégager davantage de temps pour les matières fondamentales en terminale».
Plus de temps pour les matières de spécialité
L’un des objectifs affichés est d’accorder aux élèves des volumes horaires plus importants dans les disciplines centrales de leur filière. Cette mesure doit permettre non seulement d’approfondir les connaissances, mais également de développer les travaux pratiques et les applications.
Dans les filières scientifiques, les mathématiques, les sciences naturelles et les autres matières fondamentales bénéficieront ainsi d’un approfondissement. La technologie sera renforcée dans la filière ingénierie, tandis que les langues étrangères seront davantage développées dans la filière des langues.
Le ministère annonce également une place plus importante pour la littérature et la philosophie dans les filières concernées. L’informatique sera introduite en troisième année dans les filières mathématiques et ingénierie. Une mesure qui traduit la volonté d’intégrer davantage les compétences numériques et la logique informatique dans les formations scientifiques et techniques. En résumé, il y aura renforcement des coefficients des matières de spécialité et suppression de certaines matières secondaires. Les élèves des filières scientifiques et techniques se verront allégés des épreuves des langues arabe et française, de philosophie et de géographie. Ceux des filières littéraires ne passeront pas les épreuves de mathématiques. Les épreuves d’histoire et de sciences islamiques sont maintenues pour toutes les filières.
Le débat sur la culture générale relancé
C’est précisément sur ce terrain que les premières réserves apparaissent. L’ancien syndicaliste Nouar Larbi estime que la réduction ou la réorganisation de certaines matières selon les filières doit être examinée avec prudence. Pour lui, «les disciplines qui ne sont pas directement liées à la spécialité choisie jouent néanmoins un rôle essentiel dans la construction intellectuelle du jeune».
L’exemple des mathématiques dans les filières littéraires et celui de la philosophie dans les filières scientifiques sont particulièrement révélateurs de cette problématique. Selon cette lecture critique, limiter l’enseignement d’une discipline à son utilité immédiate dans une filière donnée pourrait conduire à sous-estimer son rôle dans le développement de compétences transversales : analyse, raisonnement, synthèse, argumentation et résolution de problèmes. Le débat ne porte donc pas uniquement sur le nombre de matières ou d’heures d’enseignement. Il concerne surtout la conception même de la formation secondaire.
La réforme ne concerne d’ailleurs pas uniquement le lycée. Dans le primaire, l’anglais sera enseigné dès la troisième année, tandis que le français débutera en quatrième année. Le ministère justifie cette nouvelle organisation par «la volonté de donner aux élèves une meilleure maîtrise des langues étrangères et de les préparer aux exigences d’un monde marqué par les échanges scientifiques, technologiques et culturels».
Au collège, l’enseignement de l’anglais sera renforcé à travers une augmentation du volume horaire et du coefficient.
Le ministre a également insisté sur le maintien de la place des langues nationales et de l’identité culturelle dans le système éducatif. L’ouverture sur les langues étrangères, les sciences et les technologies doit, selon lui, aller de pair avec l’enracinement dans les langues et le patrimoine nationaux.
Syndicats : une réforme dans le cadre d’une «réflexion pédagogique»
Les prises de position de Meziane Meriane, ancien syndicaliste et professeur de français à la retraite, et de Boualem Amoura du SATEF, mettent en évidence une même préoccupation : la nécessité de réformer le baccalauréat, mais dans le cadre d’une véritable réflexion pédagogique et non à travers des suppressions de matières décidées de manière isolée.
Pour Meziane Meriane, si la diminution du nombre de matières enseignées doit avoir pour conséquence de réduire automatiquement le nombre de jours consacrés au baccalauréat, «il serait alors plus cohérent de mettre en œuvre la réforme du baccalauréat déjà élaborée et travaillée à l’époque de Mme Benghebrit». Il rappelle qu’un travail important avait été réalisé, y compris pendant les vacances d’été, afin de concevoir une organisation différente de l’examen.
Son principal argument porte sur «la distinction entre les matières enseignées et les matières examinées au baccalauréat». Selon cette conception, «il est possible d’alléger les épreuves sans supprimer pour autant certaines disciplines du programme scolaire». La philosophie constitue pour lui un exemple particulièrement significatif : elle pourrait éventuellement ne plus faire partie des épreuves du baccalauréat, mais sa disparition du programme scolaire constituerait une erreur pédagogique.
Cette même préoccupation se retrouve chez Boualem Amoura, qui rappelle que le SATEF revendique depuis longtemps une refonte générale du système éducatif, incluant l’organisation du baccalauréat. Il considère que certaines mesures actuelles sont insuffisamment réfléchies et juge notamment «inacceptable» la suppression de la philosophie dans les classes terminales scientifiques. Selon lui, cette discipline participe au développement de l’esprit critique et de la capacité d’analyse.
Boualem Amoura élargit également la critique à la suppression des mathématiques dans les filières littéraires. Il estime que les mathématiques ne constituent pas seulement une discipline scientifique, mais contribuent également à l’éveil intellectuel, au raisonnement et à l’analyse. Il s’interroge également sur la suppression de la géographie dans plusieurs filières et sur la cohérence globale des choix opérés.
Les deux syndicalistes se rejoignent ainsi sur un point fondamental : «Alléger le baccalauréat ne signifie pas nécessairement alléger ou appauvrir les programmes scolaires. Une matière peut ne plus faire l’objet d’une épreuve nationale tout en conservant toute sa place dans la formation de l’élève».
Meziane Meriane rappelle, à ce propos, que «la réforme élaborée antérieurement prévoyait que les matières non examinées au baccalauréat puissent continuer à être enseignées et que leurs résultats soient consignés dans une fiche de synthèse, avec un coefficient soigneusement étudié, afin de compléter la note obtenue à l’examen. Une telle formule aurait permis de réduire la pression du baccalauréat tout en maintenant une formation générale équilibrée».
Boualem Amoura insiste, de son côté, sur le fait que «le dossier de révision de l’organisation du baccalauréat avait déjà fait l’objet d’un travail approfondi. Une année entière de concertation avait réuni le ministère, les partenaires sociaux, les représentants des parents d’élèves».
F. A.





























