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Quand les boussoles du Nord s’affolent…

Quand les boussoles du Nord s’affolent…

Le grand échiquier de l’économie planétaire traverse une phase de turbulences exacerbées, où les certitudes d’hier se heurtent de plein fouet aux réalités d’une fragmentation structurelle globale.

La semaine se clôturant ce dimanche 9 août 2026 restera comme le témoin d’un basculement profond des polarités géopolitiques, mettant à nu les contradictions insolubles des anciennes puissances face à la montée en puissance méthodique de nouvelles architectures de souveraineté.

Entre un Occident pris de vertige face à ses propres paradoxes monétaires et un Sud Global résolu à dicter ses règles de connectivité, le monde n’évolue plus à la même vitesse ni selon les mêmes axes.

Euphorie boursière sur fond de détresse réelle

La locomotive économique américaine envoie des signaux de grippage que les marchés, dans une cynique lucidité, ont choisi de célébrer. Contre toute attente, l’économie des États-Unis a détruit 23.000 emplois au mois de juillet, une douche froide pour les analystes qui projetaient un gain de 80.000 postes.

L’éditorialiste de Bloomberg a d’ailleurs qualifié cette séquence de « rupture inattendue dans la résilience du marché du travail ». Paradoxalement, Wall Street a réagi par l’euphorie : le S&P 500 et le Nasdaq ont atteint de nouveaux sommets historiques cette semaine, portés par la certitude que la Réserve fédérale (Fed) écartera toute perspective de hausse des taux.

Une déconnexion pathologique entre l’économie réelle et la spéculation financière qui pousse l’or vers des sommets stratosphériques, atteignant un record historique de 4.401,30 dollars l’once.

Pendant ce temps, la vieille Europe se fracture sous le poids de ses impasses sécuritaires et migratoires. À la suite d’une crise migratoire exceptionnelle dans l’enclave espagnole de Ceuta, l’Italie a suspendu l’accord de Schengen avec l’Espagne, provoquant immédiatement une réplique de Madrid par des contrôles stricts aux frontières ce samedi.

Cette déstabilisation interne de l’Union européenne, couplée au rachat par le fonds américain Apollo de la compagnie EasyJet pour 6,7 milliards d’euros, souligne une perte de contrôle progressive de l’Europe sur ses propres actifs industriels et ses espaces souverains.

De la dépendance à la gouvernance des flux

Loin de cette fébrilité occidentale, le Sud Global structure son émancipation avec une rigueur géostratégique remarquable. L’accord technique historique validé cette semaine entre Téhéran et Mascate pour réorganiser le transit dans le détroit d’Ormuz — où le trafic s’était effondré à seulement 10 navires par jour en juillet — illustre cette volonté de reprendre en main les artères du commerce mondial. Les pays émergents refusent désormais de voir leurs corridors vitaux dictés par des arbitrages extérieurs.

Sur le plan de la sécurité collective, l’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont scellé un pacte de défense tripartite inédit, traduisant la naissance d’un pôle technologique et militaire autonome, capable de s’affranchir des cadres multilatéraux traditionnels de l’Occident.

Toutefois, ce chemin vers la souveraineté absolue n’est pas dénué d’obstacles structurels majeurs. Le durcissement asymétrique des frontières américaines en est la preuve flagrante : l’administration Trump vient d’imposer des cautions financières obligatoires oscillant entre 10.000 et 20.000 dollars pour l’obtention de visas de tourisme et d’affaires. Une mesure restrictive visant 50 pays, dont 30 nations africaines, et frappant d’une interdiction totale les États du Sahel comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Ces barrières financières constituent de véritables freins au déploiement commercial international des cadres du continent, forçant le Sud à accélérer la création de ses propres circuits de financement et de connectivité.

Algérie : des fondamentaux en pleine expansion

Au milieu de cette reconfiguration mondiale, l’Algérie avance avec une sérénité remarquable, consolidant sa position de pivot stratégique et de puissance industrielle montante en Afrique. Alors que la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont revu à la hausse les projections de croissance de l’Algérie pour l’année 2026, l’établissant à un taux robuste de 3,8 %, le pays démontre une résilience économique hors pair.

Cette dynamique est largement soutenue par les réformes de numérisation rigoureuses menées sous l’égide du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, notamment lors des récentes orientations du Conseil des ministres.

Sur le plan industriel et des ressources, Alger concrétise sa rupture historique avec la dépendance à la rente brute. Le pays a franchi des paliers décisifs, s’imposant parmi les leaders mondiaux de la transformation d’engrais phosphatés avec un objectif de production de 10 millions de tonnes par an.

De plus, le décret exécutif n° 26-273 publié le 1er août 2026 vient de déclarer d’utilité publique les tronçons El Meniaâ-In Salah et In Salah-Tamanrasset pour le projet titanesque de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset. Cette infrastructure monumentale désenclavera le grand Sud et propulsera l’intégration commerciale avec l’Afrique subsaharienne.

En parallèle, l’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) a sécurisé cette semaine l’achat de 720.000 tonnes de blé tendre, tandis que le Centre de développement des énergies renouvelables (CDER) a finalisé un pilote semi-industrialisé pour transformer les huiles usagées en biodiesel. Ces réalisations chiffrées confirment que la stabilité institutionnelle de l’Algérie se traduit par une souveraineté économique concrète.

Le verdict du dimanche

Le bilan de cette semaine achève de tracer une ligne de démarcation claire entre deux mondes. Le verdict est d’abord monétaire : la fragilisation de l’emploi américain et la hausse de l’or prouvent que la valeur refuge ne réside plus dans les promesses fiduciaires occidentales, mais dans les actifs tangibles.

Le verdict est ensuite géopolitique : face au protectionnisme et au repli identitaire de l’espace européen, qui suspend ses propres accords de libre circulation par simple réflexe de panique, le Nord choisit le cloisonnement.

Le verdict est enfin stratégique pour l’Algérie et son ancrage africain : face aux barrières arbitraires des visas américains et à l’instabilité des marchés, la diversification industrielle nationale, la sécurisation des approvisionnements et les grands projets d’infrastructures transsahariens s’avèrent être les seuls boucliers efficaces. L’Algérie ne subit pas le nouveau monde ; elle le construit à sa propre cadence.

L. K.

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