Le projet algéro-qatari «Baladna Algérie» franchit une nouvelle étape dans sa concrétisation. Après les travaux préparatoires, le lancement des premières opérations agricoles et la signature d’une deuxième tranche de contrats de plus de 635 millions de dollars, le projet commence désormais à préparer son capital humain. Une caravane de recrutement a ainsi fait escale à Adrar le 5 septembre 2026, afin de constituer une banque de compétences en prévision de la sélection progressive d’environ 1 000 travailleurs.
Par Nazim Farès
Le changement de rythme est significatif. Jusqu’ici, l’attention était principalement concentrée sur les infrastructures, l’irrigation, les terres agricoles, les équipements et la préparation du futur cheptel. Désormais, la question des hommes et des femmes appelés à faire fonctionner cet immense complexe agricole et industriel prend une place centrale. La caravane de «Baladna Algérie» a commencé son parcours à Adrar, avec l’objectif d’identifier les compétences susceptibles d’intégrer progressivement les différentes activités du projet. Selon les responsables de l’entreprise, cette opération constitue avant tout une démarche anticipative : il ne s’agit pas simplement de pourvoir immédiatement 1 000 postes, mais de constituer un véritable vivier de ressources humaines qui pourra être mobilisé au fur et à mesure de l’entrée en exploitation des différentes composantes du projet. Après Adrar, la caravane doit se poursuivre notamment à Constantine, Oran puis Alger, afin d’élargir le recrutement à différentes régions et profils professionnels.
La sélection sera effectuée progressivement, en fonction de l’avancement du projet et en coordination avec les organismes chargés de l’emploi. Cette démarche donne ainsi une indication importante sur l’évolution du projet : Baladna ne se situe plus uniquement dans une logique de construction d’infrastructures. Elle commence également à préparer l’organisation humaine nécessaire à l’exploitation d’un complexe qui doit réunir agriculture, élevage et industrie. Les besoins en ressources humaines correspondent directement à l’organisation intégrée du projet. Trois grands domaines se dégagent : la production végétale et les opérations agricoles ; l’élevage et la production laitière ainsi que la transformation industrielle, notamment la production de lait en poudre et les différentes fonctions techniques et opérationnelles nécessaires au fonctionnement de l’usine.
Faut-il rappeler que le projet «Baladna Algérie» est implanté dans la wilaya d’Adrar, sur une superficie annoncée d’environ 117 000 hectares. Son ambition est de regrouper sur un même espace une grande partie des différentes étapes de la chaîne de production laitière : production des aliments, élevage bovin, production de lait et transformation industrielle. À pleine capacité, le projet vise une production annuelle de l’ordre de 1,7 milliard de litres de lait, avec un cheptel cible pouvant atteindre 270 000 vaches laitières. Selon les données communiquées par Baladna, le projet pourrait à terme couvrir jusqu’à 50 % des besoins algériens en lait en poudre. L’année 2026 a déjà apporté un premier résultat agricole concret. Le 4 mai 2026, une première opération expérimentale de récolte d’orge a été lancée dans le périmètre agricole du projet, dans la commune de Tamest, au sud d’Adrar. L’opération concernait une superficie de 300 hectares irrigués par aspersion pivotante et s’inscrivait dans la première phase agricole du projet, consacrée notamment à la production d’aliments pour le futur cheptel. Cette récolte peut sembler limitée au regard des 117 000 hectares annoncés à terme, mais
elle constitue un indicateur important : elle marque le passage de la phase purement préparatoire à des opérations agricoles effectivement réalisées sur le terrain. Autrement dit, Baladna commence à tester concrètement le modèle sur lequel reposera une partie de son futur fonctionnement.
Avril 2026 : une deuxième tranche de contrats de plus de 635 millions de dollars
Autre étape majeure : le 23 avril 2026, une deuxième tranche de contrats d’un montant supérieur à 635 millions de dollars a été signée pour la réalisation du projet.
Ces contrats portent notamment sur les travaux, les services, la constitution du cheptel et différentes infrastructures nécessaires au développement du complexe. Le Groupe Baladna avait de son côté annoncé cette étape comme un jalon important de son projet algérien, dont l’investissement global est présenté autour de 3,5 milliards de dollars. Le Groupe a également indiqué que le projet devrait générer plus de 15 000 emplois locaux à terme, au-delà de la première vague de recrutements actuellement préparée.
Le prochain grand rendez-vous se situe à partir de novembre 2026, avec le lancement du programme d’importation des premières vaches laitières. Le dispositif annoncé prévoit notamment l’acheminement aérien de 30 000 bovins depuis neuf États américains, sur une période pouvant s’étendre sur une dizaine de mois.
Fin 2027 : objectif annoncé pour le démarrage des premières productions commerciales de lait.
À l’heure actuelle, le projet «Baladna Algérie» semble donc entrer dans une phase différente de celle des premières années.
À terme, l’ambition reste considérable : produire massivement du lait et du lait en poudre en Algérie, intégrer une grande partie de la chaîne de valeur à Adrar, créer des milliers d’emplois et contribuer à renforcer la sécurité alimentaire nationale.
N. F.





























