Ces derniers jours, l’Algérie a une nouvelle fois été durement frappée par de violents incendies qui ont touché plusieurs wilayas du nord et de l’est du pays.
Derrière les images impressionnantes des flammes et les chiffres qui commencent à mesurer l’ampleur de la catastrophe, il y a d’abord des vies humaines.
Des femmes et des hommes ont perdu la vie, des dizaines de personnes ont été blessées, des familles ont dû quitter leur domicile et des territoires entiers ont vécu pendant plusieurs jours avec la peur de voir le feu progresser.
Je veux avant toute chose adresser mes pensées les plus sincères aux victimes, à leurs familles et à leurs proches, ainsi que tout mon soutien aux blessés et aux populations sinistrées.
Un État mobilisé face à l’urgence
Face à l’ampleur et à la multiplication des foyers, l’État algérien a engagé d’importants moyens humains, matériels et aériens.
La Protection civile, les services de l’État, les collectivités locales et l’ensemble des personnels mobilisés ont mené, au sol comme dans les airs, un combat particulièrement difficile pour protéger les populations, les habitations, les villages, les terres agricoles et les espaces naturels.
Des moyens aériens importants ont notamment été déployés pour intervenir sur les foyers les plus difficiles d’accès et soutenir les équipes engagées au sol.
Il convient de saluer cette mobilisation des pouvoirs publics et, plus encore, le courage et le dévouement des femmes et des hommes qui ont été en première ligne pendant ces journées éprouvantes.
Après plusieurs jours d’un combat intense contre les flammes, les autorités ont annoncé la maîtrise des incendies déclarés entre le 26 et le 30 août. Un peuple tout entier debout face aux flammes. Mais au-delà des moyens engagés par l’État, ce que nous retiendrons aussi de ces journées, c’est l’extraordinaire mobilisation du peuple algérien.
Face au feu, chacun a voulu être utile. Chacun à son niveau, selon ses possibilités, selon ses moyens. Certains ont combattu directement les flammes. D’autres ont transporté de l’eau, apporté de la nourriture, ouvert leur maison, accueilli des familles, aidé à évacuer des habitants ou simplement prêté leurs bras à ceux qui en avaient besoin. Et puis il y a ces images, simples mais bouleversantes, qui resteront.
Celles de jeunes, parfois même d’enfants, venant apporter de l’eau aux pompiers et aux personnels mobilisés pour qu’ils puissent simplement se désaltérer au milieu de cette lutte épuisante contre les flammes.
Un geste qui peut paraître modeste face à l’immensité d’un incendie, mais qui dit beaucoup. Il dit qu’au cœur de l’épreuve, personne ne voulait rester spectateur.
Il dit cette solidarité spontanée qui ne se décrète pas et ne s’organise pas toujours : elle vient d’un peuple qui, lorsque l’essentiel est en jeu, sait se retrouver et faire corps.
Dans ces moments-là, il n’y avait plus ceux qui avaient beaucoup à donner et ceux qui avaient peu. Il y avait simplement celles et ceux qui pouvaient faire quelque chose — et qui le faisaient.
Un verre d’eau, un repas, une voiture, une maison ouverte, quelques heures de son temps, une paire de bras : chacun a donné ce qu’il pouvait.
C’est probablement l’une des images les plus fortes de ces journées. Car face à une catastrophe d’une telle ampleur, les moyens de l’État sont indispensables. Mais cette mobilisation populaire, venue compléter et soutenir l’action des professionnels et des pouvoirs publics, constitue elle aussi une force considérable.
Dans l’épreuve, l’État a mobilisé ses moyens et le peuple a mobilisé son cœur, son courage et sa solidarité. Et c’est ensemble qu’ils ont fait face.
Une solidarité qui traverse la Méditerranée
Cette mobilisation ne s’est pas arrêtée aux frontières de l’Algérie. Partout en Europe, la diaspora algérienne s’est immédiatement sentie concernée. Les réseaux familiaux, associatifs et citoyens se sont mobilisés, les messages de soutien se sont multipliés et beaucoup ont cherché à savoir comment aider concrètement les populations touchées.
Cette réaction dit quelque chose de profond sur la relation qu’entretiennent des millions d’Européens d’origine algérienne avec l’Algérie.
On peut vivre à Paris, Marseille, Bruxelles, Londres, Madrid, Rome ou ailleurs en Europe, y être né, y avoir construit sa vie et appartenir pleinement à son pays, tout en conservant un attachement profond à la terre de ses parents ou de ses grands-parents.
Lorsque l’Algérie souffre, une partie de l’Europe a mal avec elle. C’est aussi cela, la réalité humaine qui unit les deux rives de la Méditerranée.
Tirer les enseignements de ces catastrophes
Mais l’émotion et la solidarité ne peuvent pas être les seules réponses. Les incendies à répétition qui frappent l’ensemble du bassin méditerranéen doivent nous conduire à réfléchir collectivement à la prévention, à l’entretien des massifs forestiers, à l’aménagement du territoire, aux capacités d’intervention et à l’anticipation des épisodes climatiques extrêmes.
L’Algérie, comme de nombreux pays du sud de l’Europe et du pourtour méditerranéen, est confrontée à un risque qui dépasse largement les frontières nationales.
Le feu ne connaît ni frontières ni nationalités. La Méditerranée devrait donc devenir davantage encore un espace de coopération en matière de prévention des incendies, de surveillance, de partage d’expertise, de formation et, lorsque les circonstances l’exigent, de mutualisation des moyens d’intervention.
L’Algérie et l’Europe disposent de compétences, d’expériences et de moyens considérables qui pourraient être davantage mis en commun face à des risques qui, eux, ne connaissent aucune frontière.
Il existe là un terrain concret de coopération entre les deux rives de la Méditerranée : une coopération utile, pragmatique et directement tournée vers la protection des populations et de notre patrimoine naturel commun.
Faire de la solidarité une force pour demain
Ces incendies laisseront des blessures humaines, environnementales et économiques. Il faudra accompagner les familles, réparer ce qui peut l’être, restaurer les territoires touchés et tirer tous les enseignements de cette nouvelle épreuve. Mais au milieu de ces journées douloureuses demeure une certitude : l’Algérie n’est pas seule.
Elle peut compter sur ses institutions et ses services publics, sur le courage de celles et ceux qui interviennent en première ligne, sur la formidable capacité de mobilisation de son peuple, mais également sur cette immense diaspora qui, de l’autre côté de la Méditerranée, continue de regarder vers elle avec affection, inquiétude et solidarité.
Ces derniers jours, des moyens considérables ont été mobilisés pour combattre le feu. Mais nous avons aussi vu quelque chose qu’aucun avion, aucun camion et aucune technologie ne peuvent remplacer : la force d’un peuple qui refuse de laisser l’un des siens seul face à l’épreuve.
Et peut-être est-ce finalement l’image qu’il faudra retenir de ces incendies : celle d’une Algérie éprouvée, mais debout, solidaire et rassemblée.
K. A.





























