Logoالأخبار
COL : Andrés Escobar ou la mort au bout du pied (Malik Mohamed)

COL : Andrés Escobar ou la mort au bout du pied (Malik Mohamed)

Le 15 juillet dernier, en pleine Coupe du monde, la Fédération colombienne de football (FCF) publiait un communiqué à travers lequel elle condamnait fermement les menaces de mort proférées à l’encontre du joueur Jaminton Campaz, suite à l’élimination de la sélection nationale de ce pays face à la Suisse, aux tirs au but (0-0, 3 à 4). La Fédération colombienne, relayée par plusieurs médias et personnalités, a exprimé son soutien indéfectible au footballeur ainsi qu’à sa famille, condamnant toute forme d’intimidation et de violence, tout en réaffirmant qu’un résultat sportif ne saurait en aucun cas justifier la haine ni toute agression envers ceux qui représentent le pays.

Cet incident, amplifié par les réseaux sociaux et ayant pris d’autres tournures que certains ont liées à une affaire de paris sportifs, a ravivé la mémoire des Colombiens sur l’un des épisodes les plus sanglants de l’histoire du football mondial, celui de l’assassinat d’un international de la «Tricolor», il y a 32 ans, à l’issue de la Coupe du monde 1994, aux États-Unis. Lors de cette édition, la Colombie avait une belle équipe composée d’une pléiade d’excellents joueurs, à savoir les Valderrama, Asprilla, Valencia, Pacheco et le gardien Mondragón, mais aussi un défenseur au nom un peu évocateur, Andrés Escobar Saldarriaga.
Ce dernier a eu le malheur de marquer malencontreusement contre son camp lors d’un match contre les États-Unis, dans le groupe A, contribuant à la défaite de son équipe (1 à 2) et, surtout, à son élimination.

De retour au pays, plusieurs membres de la sélection nationale ont reçu des menaces de mort, créant une ambiance de psychose, avant que le drame ne survienne à Medellín, avec l’assassinat d’Andrés Escobar, le 2 juillet 1994, au sortir d’un bar. Un crime qui a provoqué une onde de choc mondiale, et pas seulement en Colombie, pays déjà confronté, durant des années, aux cartels de la drogue incarnés par le baron de la cocaïne Pablo Escobar ! Dans une Amérique du Sud débordante de passion pour le football, la mort d’Andrés Escobar est devenue le symbole des conséquences dévastatrices nées de l’intolérance et de la violence liées au sport-roi.

Depuis ce malheureux et tragique incident, la plaie s’est plus ou moins cicatrisée. Le suspect, reconnu coupable, Humberto Muñoz Castro, n’ayant certainement pas agi seul, a retrouvé la liberté en 2005, alors qu’il avait été condamné à 43 ans de prison. Escobar, lui, a eu droit à un monument à sa mémoire érigé dans sa ville de Medellín, là où il a longtemps porté le maillot du Nacional. Et son histoire est souvent racontée dans les livres d’histoire, surtout celle de la Coupe du monde de la FIFA, instance qui, lors de l’édition 2026, a déjà relevé, à travers ses outils, plus de 7 millions de messages haineux adressés aux joueurs.

En Colombie, l’inquiétude plane de nouveau sur les joueurs, et plus particulièrement sur l’international Jaminton Campaz, suite à cette recrudescence de violence, sous toutes ses formes. Un fléau accentué également par la pression exercée par les paris sportifs en ligne sur les joueurs et autres acteurs du football, que la FIFA tente d’éradiquer à travers plusieurs mesures, comme l’expulsion de tout joueur mettant la main sur la bouche lorsqu’il s’adresse à un joueur adverse, dont deux ont déjà fait les frais de cette mesure.
Un défi que tentent de relever toutes les instances du sport et les États vis-à-vis des sportifs, notamment ceux qui évoluent au plus haut niveau dans un environnement souvent difficile à contrôler, car amplifié par les médias et les réseaux sociaux.
– MOHAMED MALIK

إقرأ أيضا