La disparition de Hamid Tahri est celle d’un journaliste d’une génération qui aura accompagné, et parfois écrit, plusieurs chapitres de l’histoire de la presse algérienne. Son parcours commence à l’Agence Algérie Presse Service, où il fait ses premières armes dans le journalisme sportif. Il rejoint alors une rubrique sportive nouvellement constituée par Ahmed Bessol Lahouari en vue, en 1974, une véritable école de journalisme avec les Koubéens, Ouardi Noredine, Saîd Selhani et bien d’autres journalistes talentueux qui participèrent à l’instauration de la réforme sportive… De formation sociologue, parfait bilingue et excellent caricaturiste, Hamid Tahri y apprend la rigueur de la dépêche, la précision de l’information, mais aussi le contact avec les hommes du sport et la nécessité de raconter l’événement au-delà du simple résultat.
Il choisit de quitter l’anonymat de l’agence pour le quotidien d’El Moudjahid et poursuivra son parcours où il élargira progressivement son champ d’activité. Le sport restera une partie importante de sa culture journalistique. En 1990, lorsque naît le quotidien privé algérois, Hamid Tahri fait partie de l’aventure. Il figure parmi la vingtaine de journalistes (actionnaires) qui participent à sa création et trouve progressivement son territoire journalistique, après une courte expérience à la tête du quotidien sportif Olympic (propriété d’El Watan),
Hamid Tahri va peu à peu s’intéresser à l’histoire, à la politique, à la culture et surtout aux hommes qui ont marqué l’Algérie. C’est cette curiosité qui deviendra, avec le temps, sa véritable signature. Il devient notamment l’un des spécialistes du portrait, genre auquel il apportera une touche très personnelle. Il aimait partir à la rencontre d’un personnage, écouter, questionner, fouiller les souvenirs et faire émerger, derrière une personnalité publique, un homme avec ses contradictions, ses blessures, ses convictions et ses souvenirs.
Ce qui frappe dans son travail, c’est cette volonté de faire parler les témoins. Hamid Tahri ne cherchait pas seulement l’information immédiate. Il voulait comprendre, replacer les faits dans leur contexte et surtout laisser une trace. Même lorsqu’il revenait au football, il le faisait avec le regard d’un journaliste qui connaissait son histoire. Avec les années, Hamid Tahri était devenu en quelque sorte un journaliste-archiviste. Ses articles constituaient une mémoire parallèle de l’Algérie : une mémoire faite de rencontres, de témoignages, de portraits et de récits personnels.
Il appartenait à cette génération de journalistes qui avaient appris le métier avant l’avènement d’Internet, lorsque l’information se cherchait dans les archives, les bibliothèques, les salles de rédaction et surtout auprès des témoins. Une génération pour laquelle la relation humaine était au cœur du métier. Sa disparition laisse donc un vide qui dépasse largement les colonnes d’un journal.
Elle marque la disparition d’un témoin d’une époque où l’on pouvait passer d’une rubrique sportive à la grande actualité nationale, puis de la presse publique à la presse indépendante, sans jamais perdre le goût du journalisme. De l’APS à El Moudjahid, puis à El Watan, Hamid Tahri aura traversé plusieurs vies de la presse algérienne. Il aura surtout laissé derrière lui ce que tout journaliste rêve de laisser : des traces. On lui connaît qu’une seule infidélité qu’il assumait avec un large sourire. Natif de Kouba, il était un supporter convaincu de l’USM. Alger. Tchao Hamid !
À sa famille, à ses proches et à ses anciens confrères, Botola adresse ses condoléances. Avec Hamid Tahri, c’est une page de l’histoire du journalisme algérien qui se tourne.
Avec YANIS. B
























