Marché du corail: la nécessaire relance soulignée par les professionnels du bijou

TIZI-OUZOU – Les différents intervenants dans le métier de bijouterie et d’artisanat ont souligné, à l’occasion de la fête en cours du bijou d’Ath Yenni, au Sud de Tizi-Ouzou, l’impératif réouverture et réglementation de l’exploitation du corail.

L’approvisionnement en cette matière première essentielle entrant dans la fabrication du bijou, en argent notamment, « indisponible » sur le marché, est aujourd’hui « un grand dilemme et relève du parcours du combattant pour les artisans », a estimé Samy Cherrat, artisan bijoutier de la région.

Le corail, « étant un produit protégé, son acquisition, en plus de son prix élevé qui atteint les 100.000 DA/Kg, nécessite beaucoup de procédures et implique même, parfois, des tracasseries juridiques », a-t-il fait-il savoir. Une réalité qui, selon lui, « freine le développement de l’activité artisanale et pousse beaucoup d’artisans à abandonner leur métier ».

L’artisan bijoutier lance, à cet effet, un appel aux pouvoirs publics pour « faciliter l’accès à cette intrant essentiel en balisant son usage à des fins d’activité artisanale ». Il rappelle, à ce propos, l’existence d’un décret datant de 1996, date de la 2e édition de la fête du bijou d’Ath Yenni, portant sur « l’octroi d’une partie de la production nationale aux artisans bijoutiers de la région ».

Or, depuis 2001, la pêche au corail est officiellement suspendue. « Ce qui a provoqué une grande pénurie en la matière et ouvert la voie à son exploitation frauduleuse et à une activité spéculative ruineuse, et pour l’artisan et pour le pays » a-t-il regretté.

Mêmes constat et ton chez Nacer Sadeg, exerçant la même profession qui a plaidé pour « la réouverture et l’organisation de l’activité de pêche au corail ».

De son côté, Mourad Achour, artisan en corail à El Taref, exposant à cette fête, a aussi considéré que la reprise de l’exploitation du marché du corail est une « nécessité », estimant, en outre, qu' »elle ne sera que bénéfices pour le pays ».

« Aujourd’hui, l’activité de pêche au corail est clandestine et les quantités extraites sont acheminées de la même manière vers des pays voisins qui en bénéficient en le transformant et l’exportant », relève-t-il.

Pour s’approvisionner, les transformateurs et artisans en corail guette les enchères des douanes, or, fait -il remarquer, celles-ci ne sont pas « régulières et dépendent des résultats des opérations de répression de la contrebande ».

La réglementation de cette activité permettra, a-t-il soutenu, « la disponibilité sur le marché et la baisse du coût de cette matière, ce qui impliquerait une relance de l’activité artisanale et assurerait des entrées en devises pour le pays ».

Mohamed Chaïb, propriétaire d’une entreprise de pêche et de transformation de corail à El Taref, indique quant à lui, que « les professionnels du métier sont toujours en attente des textes d’application et du cahier de charge du décret ministériel de 2015 autorisant la reprise de l’activité de pêche au corail.

« L’activité de pêche au corail, suspendue en 2001, a été autorisée en 2015, sauf qu’à ce jour, nous attendons toujours les textes d’applications de ce nouveau décret », a-t-il dit, soulignant que cette réglementation « mettra fin à l’exploitation frauduleuse de cette matière et relancera l’activité artisanale ».

Cependant, poursuit-il, « la relance de l’activité devra avant tout profiter aux gens du métier, pêcheurs et transformateurs disposant de capacités et de savoir, et cadrer avec l’intérêt national ». Ce qui exige, « une minutie et une fermeté pour traduire cette vision globale et stratégique dans la confection du cahier de charge », a-t-il conclu.

Pour rappel, le 28 juillet, à l’ouverture de la 16e édition de la traditionnelle fête du bijou d’Ath Yenni, le ministre du tourisme et de l’artisanat, Yacine Hammadi, avait déclaré que la chasse au corail est en voie de réglementation.

Le ministre, qui a donné le coup d’envoi de cette manifestation dans le cadre d’une visite de travail et d’inspection à la wilaya, a évoqué avec les artisans exposants, les contraintes et perspectives du métier, et a affirmé la « disponibilité » de l’Etat à apporter « tout son soutien » à son développement.

Il a relevé à l’occasion, que le corail existait « en abondance » en Algérie, mais qu’il était « mal exploitée » jusque là, soulignant que le ministère de la pêche travaille à actualiser les textes et réglementer l’activité de chasse du corail pour assurer une meilleure disponibilité sur le marché.


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